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    Dossier: Éthique

    Éthique et postmorale

    Gilles Lipovetsky
    Le philosophe français Gilles Lipovetsky lançait récemment un recueil de quatre essais issus de conférences qu’il a prononcées à l’occasion d’un séjour au Canada en novembre 2001.
    Gilles Lipovetsky enseigne la philosophie à Grenoble. Il a publié, aux éditions Gallimard, L’ère du vide (1983), L’empire de l’éphémère (1987), Le crépuscule du devoir (1992) et La troisième femme (1997).
    Partout l'individualisme, dans la culture postsacrificielle, se développe en prenant deux formes radicalement opposées: plus de recherche des limites légitimes à fixer à la liberté de chacun d'un côté; plus d'oubli ou de négation du droit des autres d'un autre côté. Les sociétés postmoralistes produisent plus d'individualisme responsable, mais aussi plus d'individualisme irresponsable, plus d'autonomie raisonnable mais aussi plus d'autonomie débridée et sans règle. Dans ce contexte, ce qui fait sens aujourd'hui, ce ne sont plus les grands projets ni les grands sacrifices, mais l'idéal de responsabilisation humaine, l'ambition de faire reculer l'individualisme irresponsable. Faire gagner l'individualisme responsable, faire reculer autant que faire se peut l'individualisme irresponsable, voilà un but, un sens que chacun d'entre nous - parents, enseignants, chefs d'entreprise, thérapeutes - peut se fixer et dans lequel il peut se reconnaître.
    Mais je voudrais préciser que si l'éthique est nécessaire pour faire progresser l'individualisme responsable, elle est très loin d'être suffsante, si l'on veut améliorer l'existence des hommes et lutter contre le mal. On voit bien les limites de l'action humanitaire, qui n'arrête pas les massacres et qui souvent sert d'alibi à notre impuissance politique. On voit les limites des protestations écologiques. Rien ne se fera en fait sans les progrès de la technoscience. On condamne les techniques destructrices de la nature mais seule l'intelligence technicienne, les technologies propres permettront de mieux respecter la planète, et d'assurer l'avenir de nos enfants. On voit les limites de nos grandes déclarations vertueuses contre la drogue qui ne règlent rien, bien au contraire. C'est pourquoi je plaide la cause de l'intelligence responsable, c'est-à-dire d'une éthique de la responsabilité, d'une éthique qui prend en compte les conséquences objectives de nos choix, qui envisage les conditions sociales concrètes et non l'idéal absolu, qui juge moins les intentions que les réalisations effectives.
    L'éthique, de nos jours, ne doit pas être considérée uniquement comme une attitude individuelle pure. Il nous faut surtout des institutions politiques et économiques plus justes, plus intelligentes, plus efficaces. Plus de concertation et plus de compromis, plus de partage des responsabilités. Sans quoi, on ne réglera pas les questions obsédantes du chômage, de la marginalisation sociale, de la xénophobie. C'est vrai que la politique et l'économique sans la morale peuvent ressembler à l'enfer. Mais la morale sans l'intelligence politique, économique et technicienne est infirme, impuissante à résoudre les problèmes réels.
    Ce n'est pas avec de belles déclarations de générosité qu'on ira vers plus de justice et plus d'humanité. Il va falloir, pour faire reculer l'individualisme irresponsable, mobiliser les intelligences, former et qualifier les hommes, réguler le marché et la mondialisation, inventer des dispositifs plus favorables aux pays en développement. Il va falloir inventer de nouveaux dispositifs de solidarité. L'individualisme ne doit pas conduire au discrédit de l'action publique mais à sa redéfinition. Encore une fois, l'éthique n'est pas seulement dans les intentions nobles de générosité, elle est dans une solidarité intelligente, dans la recherche de compromis humanistes entre le possible et l'idéal, l'efficacité et la justice sociale.
    L'exigence s'impose de sortir de la sphère pure de la morale si l'on veut faire reculer l'inacceptable. Il faut que l'éthique s'incarne dans les lois et les institutions si l'on veut combattre le mal et l'injustice. Il nous faut peut-être plus d'esprit de solidarité, mais aussi plus d'intelligence organisationnelle et politique si l'on veut réaliser non pas le bien mais le mieux, seul objectif que les hommes vivant en société peuvent raisonnablement se fixer.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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