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La lecture est-elle un vice?

Chronique des lettres françaises
Discussion des idées exprimées par l'écrivain français Valery Larbaud au sujet de la lecture.
M. Valery Larbaud, subtil ami de la lecture, pense rehausser ce goût à ses propres yeux et lui gagner des adeptes en le présentant comme un vice. Ce raffinement d’immoralité imaginaire est du moins inoffensif. L’essentiel est de lire, et surtout de savoir lire. C’est bien l’avis de M. Valery Larbaud, qui apporte des vues ingénieuses dans cet article de Commerce. Il commence par soutenir agréablement son demi-paradoxe. Il raille Emerson d’avoir écrit: « Lisez n’importe quoi pendant cinq heures tous les jours, et au bout de peu d’années vous serez savant ». N’importe quoi? Évidemment non. D’ailleurs, on peut être sage et heureux en ne lisant rien : c’est le cas d’un certain nombre de saints, observe M. Valery Larbaud, et la remarque est juste, mais la sainteté n’implique donc pas forcément qu’on soit un homme complet. L’homme normal, d’après M. Valery Larbaud, est celui qui ne lit en effet que pour s’instruire, notamment par nécessité professionnelle, des ouvrages médicaux s’il est médecin, juridiques s’il est avocat : et il peut lire énormément sans devenir plus lettré…

M. Valery Larbaud observe que les adolescents épris de lecture se font mal voir de leurs maîtres et refuser aux examens. Cela prouve simplement qu’il y a temps pour tout, dit M. Paul Souday. Ce n’est pas l’heure de dévorer des romans quand on a son baccalauréat à préparer. Soyez bachelier, et vous lirez ensuite ce qui vous plaira, sans que nul y trouve à redire.

Mais voici une définition plus juste: si ce n’est pas un vice, c’est une passion. Et il est parfaitement exact en un sens que « la culture est fille du plaisir et non pas du travail », suivant une formule de l’écrivain espagnol Ortega y Gasset, citée par M. Valery Larbaud. Le travail y est certes nécessaire, mais il reste stérile si le plaisir n’apparaît pas. On n’a compris un grand écrivain que lorsqu’on en jouit vraiment.

M. Valery Larbaud analyse finement les étapes et les progrès de cette passion. Au début, tous les enfants, ou à peu près, aiment à lire : mais la troupe d’abord nombreuse s’éclaircit peu à peu, et rares sont ceux qui pénètrent dans l’Athènes intellectuelle. Le premier pas est la découverte des contemporains, proscrits des collèges. Le premier signe des élus, c’est le ravissement produit par cette découverte. Le second, c’est l’aptitude à la mettre au point, à éclairer les anciens par les modernes, et réciproquement, à ne plus considérer la récente période que comme un épisode de l’art éternel, à discerner et adorer la beauté de toute époque et de tout pays.

Il y a ensuite des tentations : la bibliophilie, l’érudition pure, qui pourraient détourner de ce culte du beau. La petite élite des vrais et purs lettrés triomphe de tous les obstacles et se maintient à travers le temps et l’espace; car elle est internationale, et quoique si faible numériquement, à la longue elle impose ses jugements aux foules (D’après Paul Souday, Le Temps, 8 septembre 1924)

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