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    L'Encyclopédie sur la mort



    Lieux de mémoire funéraires

    Lieux de mémoire

    Dans son oeuvre Les Lieux de Mémoire : La République, La Nation, Les France, Pierre Norra explique ce qu'il entend par «lieux de mémoire»: « Ce livre est né d'un séminaire que j'ai tenu pendant trois ans, de 1978 à 1981, à l'EHESS. La disparition rapide de notre mémoire nationale m'avait semblé appeler un inventaire des lieux où elle s'est électivement incarnée et qui, par la volonté des hommes ou le travail des siècles, en sont restés comme les plus éclatants symboles: fêtes, emblèmes, monuments et commémorations, mais aussi éloges, dictionnaires et musées ».

    Les lieux de mémoire, ce ne sont donc pas « ce dont on se souvient, mais là où la mémoire travaille, non la tradition elle-même, mais son laboratoire ». Un lieu de mémoire « va de l'objet le plus matériel et concret, éventuellement géographiquement situé, à l'objet le plus abstrait et intellectuellement construit », écrit-il. Il peut donc s'agir d'un monument, d'un personnage important, d'un musée, des archives, tout autant que d'un symbole, d'une devise, d'un événement ou d'une institution. Or, Pierre Nora notait en 1992: « Étrange destinée de ces Lieux de mémoire », ils se sont voulus par leur démarche, leur méthode et leur titre même, une histoire de type contre-commémoratif, mais la commémoration les a rattrapés. » L'expression « Lieux de mémoire» désigne dans l'usage courant essentiellement un lieu «topographique, patrimonial et commémoratif. »

    Mémoire collective

    Sans entrer dans toute la controverse qui entoure la définition d'un « lieu de mémoire », il convient de lier ce lieu à la mémoire collective. Comme nous le suggère Marie-Claire Lavabre dans la conclusion de son article « Usages et mésusages de la notion de mémoire »:

    «...au-delà des faiblesses souvent soulignées de la théorie de la «mémoire collective » et du caractère parfois daté des observations de Halbwachs*, la mémoire collective vaut infiniment mieux que la caricature qui en est souvent faite dans l’usage fossilisé de la notion. Car si « la mémoire collective »ne s’exprime pas nécessairement dans les usages les plus étroitement institutionnels ou politiques du passé, en revanche, la question des conditions sociales de production des représentations partagées du passé, ou –autre manière de dire les choses– les mises en récit publiques ou autorisées du passé, qui donnent finalement sens aux souvenirs individuels, reste pertinente. D’ailleurs, n’est-ce pas précisément la question du souvenir de l’expérience – et de la transmission de celle-ci – qui, au bout du compte, se trouve posée quand on parle aujourd’hui de mémoire, qu’on exige la justice ou qu’on exprime le souci de la réconciliation? À cet égard, tandis que se dessine chez les historiens un mouvement de retour aux règles traditionnelles du métier et à la connaissance du passé tel qu’il s’est réellement passé, il n’est peut-être pas pertinent de diagnostiquer, par lassitude, la fin du règne de la mémoire et de renoncer à en comprendre les raisons et les effets. »
    http://www.ceri-sciencespo.com/publica/critique/article/ci07p48-57.pdf

    Par Les abus de la mémoire (titre de son livre publié par Arléa, 1995), Tzetan Todorov entend « une ferveur compulsive, mêlant la nostalgie et l'impératif moral ». Nous référons ici à Bernard Cottret et Lauric Henneton, « La commémoration, entre mémoire prescrite et mémoire proscrite » dans le livre publié sous leur direction: Du bon usage des commémorations. Histoire, mémoire et identité, XVI° -XXI° siècle, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 7-24. Les auteurs nous rappellent La mémoire, l'histoire, l'oubli de Paul Ricoeur (Paris, Le Seuil, 2000) où celui écrit: « [le] devoir de mémoire constitue à la fois le comble du bon usage et celui de l'abus dans l'exercice de la mémoire » (p. 106). Ils nous réfèrent aussi à l'article de Ricoeur »L'écriture de l'histoire et la représentation du passé» (Le Monde, 15 juin 2000) : «Je veux dire combien il importe de ne pas tomber dans le piège du devoir de mémoire. Pourquoi? Parce que le mot devoir prétend introduire un impératif, un commandement, là où il n'y a à l'origine qu'une exhortation dans le cadre de la filiation, le long du fil des générations: "Tu raconteras à ton fils...". Ensuite, parce qu'on ne met pas au futur une entreprise de remémorisation, donc de rétrospection, sans faire violence à l'exercice même de l'anamnèse, risquons le mot, sans une pointe de manipulation; enfin et surtout, parce que le devoir de mémoire est aujourd'hui volontiers convoqué dans le dessein de court-circuiter le travail critique de l'histoire, au risque de refermer telle mémoire de telle communauté historique sur son malheur singulier, de la figer dans l'humeur de la victimisation, de la déraciner du sens de la justice et de l'équité. C'est pourquoi je propose de dire travail de mémoire et non devoir de mémoire. » (cité par B. Cottret et Henneton, op. cit., p.9)

    Aujourd'hui les commémorations se multiplient jusqu'à la banalisation des événements dont elles font mémoire. Des collectivités et des groupes tendent à justifier et à légitimer leur idéologie ou leur politique en attribuant à un événement historique une interprétation qui occulte ou modifie le passé tel qu'il a eu lieu dans la réalité. On change le sens originel de l'événement que l'on commémore pour servir une cause du présent.

    Lieux de mémoire funéraires

    Nous empruntons le terme « Lieux de mémoire funéraire » à Michel Lauwers, qui nous renseigne sur le sens polysémique du mot « mémoire » utilisé souvent au Moyen Âge dans le contexte du culte des ancêtres et qui va jusqu'à désigner aussi bien un tombeau (mémoire matérielle) qu'une prière (mémoire immatérielle) pour les défunts. Ainsi, nous demeurons, nous l'espérons, fidèle au sens que Pierre Nora donne au lieu

    « Memoria, commemoratio : les termes sont abondamment utilisés dans les chartes et les diplômes médiévaux, comme dans les textes liturgiques. La memoria, c'est bien sûr la mémoire au sens où nous l'entendons: tout à la fois le souvenir et la faculté de se souvenir. Mais le terme avait d'autres significations précises, et des usages particuliers. Il pouvait tout d'abord désigner une notice ou une charte: notitia seu memoria. Parce que confier un accord ou un traité à l'écriture, c'était en assurer la mémoire: les actes le répètent à l'envi. La memoria, c'est aussi le souvenir que les vivants gardaient d'un défunt. Employé au génitif. le terme accompagne fréquemment le nom du défunt, dit "de bonne mémoire" (bone memorie) ou "d'heureuse mémoire" (felicis memorie). Les rites funéraires avaient pour fonction de fonder, puis de célébrer la mémoire des morts : dans les actes, la memoria désigne donc les suffrages pour les morts. Le terme est également employé pour évoquer la célébration des saints. Enfin, la memoria est un monument: une châsse, un autel, un tombeau ou une chapelle. Dans l'Occident médiéval, il désigna un tombeau imposant, tel que celui du comte de Looz [Loon dans les différentes langues germaniques est un ancien comté qui s'étendait approximativement sur la province belge actuelle du Limbourg belge] au XII° siècle. Puis un oratoire abritant des autels: le terme n'est pas utilisé avec cette signification dans les actes, mais un chroniqueur de l'abbaye de Saint-Hubert [Belgique] raconte la construction par l'abbé Thierry d'un oratoire à deux niveaux, dont l'étage supérieur abritait une memoria. L'analyse lexicale se révèle un excellent moyen d'investigation des institutions et des mentalités. Les différents usages médiévaux de memoria évoquent autant d'aspects du culte des morts, en les ramenant à leur racine commune. L'usage du terme connut toutefois une évolution entre l'Antiquité tardive et le Moyen Âge: memoria désigna de moins en moins souvent le tombeau ou la sépulture. Le mot renvoya surtout à la mémoire liturgique qui, on l'a vu, envahissait les institutions ecclésiastiques. » (Michel Lauwers, La mémoire des ancêtres, le souci des morts: morts, rites, et société au Moyen Âge, Beauchesne, 1997, p. 125-126)

    « Il n'est pas de meilleur exemple de cette union du deuil et de la mémoire que l'art funéraire, avec ses tombeaux, monuments et cimetières. On a beau chercher dans les cures psychanalytiques, un cimetière est quand même une création sociale exemplaire du rapport entre le deuil* et la mémoire. Le deuil n'est pas l'oubli, mais la mémoire apaisée. Ou plus exactement, c'est la souffrance qui s'oublie, le souvenir est toujours présent, mais justement il est restitué dans le présent, c'est-à-dire dans sa vérité. » (Marc-Alain Descamps, « La Psychanalyse des cimetières »)
    http://www.europsy.org/marc-alain/mort3cimetieres.html

    Insistons sur l'expression: « restituer dans sa vérité », à savoir: le travail critique d'une mémoire qui tente de retourner aux sources, à l'origine même du « lieu », matériel ou immatériel, que l'on célèbre.

    La dimension spatiale de la mort.

    Aujourd'hui, beaucoup d'études en sciences humaines sont consacrées à la dimension spatiale de la mort : le lieu où l'on meurt, le lieu où l'on prend soin des corps des défunts (cadavres), le lieu où l'on enterre ou l'on brûle les corps (inhumation et crémation), l'espace des morts (cimetière, mausolée, columbarium). Ces mêmes études s'intéressent à la matérialité de la mémoire (tombes, monuments, etc.), à l'écriture de la mort (la mort écrite, la thanatographie et la nécrographie). Dans un monde où l'on a parfois de la difficulté de se situer individuellement et collectivement par rapport au temps et à l'espace, la découverte et le maintien des sites physiques, géographiques et historiques de la sociabilité des vivants et des morts sont importants. Plusieurs articles de cette Encyclopédie développent l'un ou l'autre aspect de la spatialité de la mort et de la matérialité de la mémoire.

    Lieux de mémoire littéraires

    Notons qu'il existe aussi des « lieux de mémoire littéraires » pour désigner les lieux marqués par le souvenir d'une présence d'un écrivain ou d'un événement lié à la littérature. Parmi ces lieux de mémoires figurent au premier chef les tombeaux et les résidences des littérateurs.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Lieux_de_mémoire_littéraires

    Sur ce site, vous trouverez des photos de ces lieux de mémoire littéraires comme le Château de Saché (Balzac), le Moulin de Fontvieille (Alphone Daudet), Château de Monte-Cristo (Alexandre Dumas), la tombe d'Apollinaire* au cimetière Père Lachaise, la tombe de Baudelaire* au cimetière Montparnasse, etc. Mais les écrits, les lettres, les notes, voire même la pensée et les gestes d'un écrivain ne sont-ils pas aussi des lieux de mémoire littéraire?

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    Cimetière juif à Prague, le plus ancien de l'Europe.

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-16
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