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    L'Encyclopédie sur la mort


    Objets funéraires québécois

    André Lépine

    En tant que membre d'une famille directrice de pompes funèbres de plusieurs générations à Québec, capitale du Québec, Canada, André R. Lépine, professeur retraité en thanatologie a recours à sa riche expérience lors du colloque de l'Écomusée de l'Au-delà tenu à l'université du Québec à Montréal (UQAM), le vendredi 29 octobre 2010. Il fait ressortir le grand soin avec lequel des familles, souvent fort modestes, conduisaient leurs proches à leur dernière demeure. Notons le sens de l'adaptation manifesté dans l'invention d'objets et d'outils, d'un artisanat funéraire de plus en plus adapté aux besoins de la population et du progrès industriel.
    Saint-Vallier (Québec)Un peu d'histoire: depuis le début de la colonie on comptait sur la sage-femme pour laver, habiller et placer le corps sur un lit ou sur des planches avec oreillers pour élever le haut du corps; un menuisier ou ébéniste venait prendre les mensurations pour confectionner la bière; et le bedeau creusait la fosse. La veillée au corps se passait à la maison et après, un matin, on apportait le corps à l'église en procession pour la messe des funérailles et de là on se dirigeait au cimetière ou, en hiver, au charnier (parfois au sous-sol de la sacristie comme à Beauport) à moins que ce ne soit sous le banc de famille comme à Notre-Dame de Foy.

    Les villages s'agrandissant et les lieux d'inhumation devenant plus exigus, on les déménagea vers les périphéries des agglomérations comme ce fut le cas à Québec et à Montréal vers 1850 puis par la suite dans de nombreux villages. Comme les distances devenaient assez longues on se mit à avoir recours à des voitures hyppomobiles pour effectuer le transport et en hiver on procédait avec des traîneaux comme on peut le voir dans le film «Mon oncle Antoine» (1970). De la bière en pin rustique, on passa à la fabrication de divers modèles que des marchands généraux se mirent à offrir. Et certains plus adroits se confectionnèrent en plus de cercueils, un corbillard et se firent appeler entrepreneurs de pompes funèbres, offrant et installant aussi des objets comme des crêpes de porte, des supports pour les cercueils, des brassards noirs pour les porteurs du deuil et des gants d'apparats pour les porteurs du corps.

    Vers 1900 on avait entendu parler de la possibilité de traiter le corps pour le conserver au moins trois jours. L'exemple venait du sol américain où on avait promené le corps de Lincoln en train au moins pendant une semaine sans qu'il ne se décompose. L'embaumement au formaldéhyde, ainsi nommé, devint un service que des gens à l'aise voulaient offrir à leurs proches décédés s'évitant les conséquences insalubres dans la maison.

    C'est pour offrir la possibilité à des pauvres ne pouvant recevoir le cercueil dans des logements trop petits que l'on offrit un salon funéraire qui servait aussi de chapelle ardente où des religieux venaient prier, en attendant le départ vers le village de résidence, qui d'un bateau, qui d'un train, en vue de rapatrier le corps d'un proche mort à l'hôpital ou ailleurs dans une ville. On a dit de ceux qui avaient recours à ces salons qu'ils voulaient se débarrasser de leur mort. Je crois aussi que de la sorte les pique-assiettes étaient privés des vivres qui étaient offerts par les proches aux visiteurs.

    Un peu plus tard, vive le progrès, le corbillard-automobile fit son apparition et on disait que suivre ces machines ferait que les membres du cortège seraient couverts de suie. C'était sans compter, encore plus tard, l'apparition des limousines de luxe.

    Show me the way a nation takes care of its dead , and 1 can tell you with a certain degree of exactitude the level of ideals of its people (Gladstone).

    En 1964, mon père me dit que la révolution tranquille commençait avec l'éducation et qu'elle viendrait finalement jusqu'à changer les habitudes funéraires. En 1965, le concile Vatican II lève l'interdit sur la crémation*. Et voyant ce qui se passe aujourd'hui, même le rituel est en détresse.

    L'objet le plus imposant et sans doute le plus remarquable dans l'ensemble fut le corbillard; chaque firme de pompes funèbres se fit fort de s'en faire fabriquer un plus haut et un plus gros que la concurrence.

    Les Lépine, gérants de pompes funébres de trois générations ne furent pas en reste, le plus vieux que nous avons est un corbillard construit en 1867 et il fut modifié d'ovale qu'il était en plus carré et plus massif. Les vitres latérales ovales sont demeurées et les colonnes des coins avec les sculptures en forme de flambeaux qui les surmontent approchent les trois mètres, et à cela il faut ajouter la croix du dessus qui fait bien un mètre. Même les charnières des portes arrière sont en argent ciselé. De chaque côté, à l'avant, des crochets permettent de suspendre des fanaux en argent dans lesquels brûlaient derrière les vitres une chandelle ou lampion pendant le cortège. Dans le années 1950 les Lépine avaient en plus de deux corbillards pour adultes, acquis environ sept corbillards pour enfants.

    La demande se faisant plus grande car la population de la ville s'accroissait, vers 1900, Adélard Lépine dessina les plans d'un mastodonte de plus de six mètres incluant la croix. Plusieurs artisans furent requis pour le réaliser et la commande fut de taille. Par exemple, j'ai su que l'on avait demandé au forgeron de concevoir des axes de roues de fer forgé pouvant résister pendant 100 ans et aujourd'hui on peut prouver que c'est ce qui est arrivé, n'en déplaise aux cadillacs.

    québéc Le plancher du corbillard est fait d'acajou dans lequel sont insérés des rouleaux chromés: les vitres de chaque coté au nombre de trois sont arrondies et biseautées. Les rideaux de garniture des fenêtres sont de velours bourgogne sertis de galons dorés. Une pédale au pied des conducteurs commande des freins à l'arrière, de chaque côté devaient marcher des hommes avec des blocs prêts à bloquer les roues arrière en cas de recul dans les côtes d'Abraham ou Belvédère à Québec, les seules pouvant être pensées sur le parcours des cortèges. Sous le plancher des conducteurs on déposait, en hiver, des charbons ardents au départ, maintenant leurs pieds au chaud. De deux à huit chevaux de la race des percherons tous noirs pouvaient être requis selon les classes de services et des clochettes argentées étaient accrochées à leur crinière signalant leur passage aux passants qui se signaient enlevant leur coiffe ou parfois s'agenouillant. La pôle de bois de trente pieds de long devait être de chêne d'une seule venue, sans noeud, pouvant recevoir les attelages des bêtes. Les livrées d'apparat vêtaient tant les hommes que les bêtes. En hiver les hommes étaient coiffés de chapeau de fourrure d'ours noir, les mains couvertes de gants de peau d'ours noir, d'une cape d'ours noir et une couverture de peaux d'ours noir les protégeait jusqu'à la ceinture. Pendant la célébration ou à l'attente du départ devant la porte du lieu d'exposition, de lourdes couvertures noires étaient placées sur le dos des chevaux.

    L'arrivée des premiers corbillards automobile n'avait pas l'éclat des voitures hyppomobiles. Le logement du cercueil était complètement fermé ne permettant pas de voir la présence d'un cercueil. Puis vers 1950 des vitres latérales et arrière ont permis de voir aussi les fleurs naturelles même en hiver avec la possibilité de les importer par wagons tempérés et par avion. A voir des palmes autour du cercueil était courant et les côtés des corbillards automobile étaient construits de matériaux sculptés de palmes et aussi de similis de couronnes de lauriers.

    Depuis dix ans ce genre de voiture aurait pu être conçu pour se mouvoir à l'électricité. On procède parfois aujourd'hui à des funérailles avec l'urne et il se trouve que certains ont pensé à un véhicule standard sur la valise duquel on place un genre de cabine vitrée pouvant contenir une urne et des fleurs; on a nommé cette invention: corbiurne. Est-ce qu'on tient beaucoup au corbillard?

    L'arrivée des traitements de conservation et des aménagements des salons funéraires apporte aussi son lot d'objets divers, ces objets qu'on peut souvent transporter de la firme funéraire au lieu d'exposition. Souvent on constituait un décor dans la salle ou le salon familial. Une structure de bois et plus tard de métal était installée devant le mur près duquel devait être placé le cercueil. Un crucifix sur pied au centre de ce mur et de chaque côté, des supports recevant des plantes de verdure et plus tard des fleurs. Tout juste devant, un support pour placer le cercueil et devant, un prie-Dieu. À la tête et au pied du cercueil, des lampions et plus tard des lampes torchères tamisées. Devant les lampes, près de la tête, un support pour recevoir offrandes de messes, dons ou cartes de sympathies et à l'entrée ou à la sortie de la pièce un lutrin éclairé sur lequel est ouvert un registre que peuvent signer les visiteurs. À la porte extérieure du lieu d'exposition, on accrochait une couronne de fleurs artificielles que n'affectait pas le gel et souvent un tableau ou une carte donnant le nom de la personne décédée le jour et l'heure du service et le nom de l'église où se célébreraient les funérailles.

    Pour effectuer le traitement de conservation à domicile, deux valises étaient nécessaires: l'une contenait deux gros bocaux pour recueillir les liquides retirés du corps, et l'autre les tiges et tubulures ainsi que les instruments (bistouris, seringues, canules, crochet anévrisme, pompe manuelle, joints de tubulure, trocart et aiguilles). Une plus petite valise contenait deux bouteilles de produits de formaldéhyde et une mallette contenait une trousse de maquillage. Pour se servir de cette panoplie d'équipement il fallait prendre certaines précautions et il fallait un certain doigté. Un cours d'environ trois mois ou même trois semaines était suffisant. Il est bon de noter que les résultats n'étaient pas toujours concluants, surtout si des pathologies telles l'urémie étaient présentes.

    © André Lépine
    andrerlepine@videotron.ca

    IMAGES

    La maison Lépine
    Saint-Vallier, Québec

    Corbillard,
    Musée de la civilisation
    Québec, Canada
    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:-1-11-30

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