• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'hypothèse Dieu

         Un nouveau site consacré au dialogue entre croyants et non-croyants a été créé. Son titre « L’hypothèse Dieu » annonce-t-il un vira...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

      • L’îlot Louis Valcke

        Sur les traces de Louis Valcke (1930-2012), professeur, philosophe, essayiste, cycliste, navigateur et pèlerin. Spécialiste mondial de l’œuvre de Pic de la Mirandole.

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Fluxs RSS:

    Impression du texte

    Dossier: Éducation physique

    Coubertin: l'autonomie par le sport

    Bernard Lebleu
    Dans un monde dominé par la concurrence économique, le sport émerge comme une nouvelle religion laïque qui allie l'esthétique grecque à l'esprit pratique et actif de la vie moderne.
    Coubertin va récupérer la philosophie sportive d'Arnold en la dépouillant de sa dimension religieuse. Personnage singulier, à la poursuite d'idéaux en perpétuel mouvement, chacun trace de l'homme le portrait qui lui sied. La grande affaire de sa vie fut la poursuite de la réforme de l'éducation en France. Il disait avoir voulu combattre, dans sa grande croisade pour «rebronzer» la jeunesse française par le sport, cette «religion de la mort» qu'on enseignait dans les collèges jésuites, ce mépris du corps qui laissait la jeunesse, «veule et asservie », dépourvue de ressources face aux exigences du monde moderne.

    On ne refera ici ni l'histoire de la restauration des
    Jeux olympiques, ni le procès de l'olympisme et de ses dérives politiques ou économiques. Nous nous efforcerons de faire ressortir un côté moins connu du «coubertinisme», celui qu'ont tenté de mettre en lumière Louis Callebat et Pierre-Yves Boulonge dans leurs biographies respectives de Coubertin. Le seul principe qui permet de déceler une continuité à travers l'oeuvre de Coubertin est celui de l'autonomie, autonomie des individus, autonomie des institutions. À travers ce principe directeur, on peut établir que sa compréhension de la pédagogie arnoldienne n'était pas si superficielle que certains auteurs ont pu le laisser croire.

    Coubertin avait fréquenté dans sa jeunesse l'École des Sciences politiques, fondée avec l'appui de Taine, par Edmond Boutmy en 1872. Le corps professoral était formé de maîtres venus des horizons les plus divers, le plus souvent étrangers aux milieux académiques, et choisis «sans aucune condition de grade ou d'agrégation» parmi les penseurs les plus réputés. Il y eut pour maîtres, Albert Sorel, Alexandre Ribot, Boutmy, les Leroy-Beaulieu. On pratiquait déjà à l'époque l'approche transdisciplinaire: ainsi, Boutmy, critique littéraire et autrefois professeur d'architecture, enseignait l'histoire constitutionnelle comparée. Coubertin développe au contact de ces professeurs une totale indépendance d'esprit à l'égard des dogmes, des doctrines. Il apprend que l'esprit doit se forger ses propres outils pour pouvoir arpenter le monde et s'y tailler une place.

    L'influence de Tocqueville se traduit chez lui en une attitude critique à l'égard de l'emprise toute puissante de l'État moderne. Il adhère aux Unions de la Paix sociale, groupement fondé en 1871 par Frédéric Le Play, qui vise à propager les idées de décentralisation et le culte de l'initiative privée de l'individu opposée à l'action de l'État. Libéralisme économique, self-government et décentralisation administrative, indépendance et responsabilité intellectuelles sont les principes qui guident l'action de Coubertin.

    L'antique préjugé contre le sport est le même que celui qui condamne le travail manuel. À la jeunesse française, il cite l'exemple de saint Benoît de Nursie, fondateur des bénédictins. «C'est à saint Benoît, dit-il, qu'il faut se rapporter pour trouver la formule applicable à l'époque présente. En obligeant ses moines à manier l'outil une partie du jour et à mener le travail des bras concuremment à celui de l'esprit, saint Benoît visait à préparer une élite de "regénérateurs de la vie".» Au sport, encore plus que le travail manuel, il faut consacrer cette partie du jour que l'homme doit reprendre au travail de l'esprit, à cet «intellectualisme inopérant » inculqué dans les écoles françaises. Par le sport, on favorisera «l'opération du bronzage moral par le bronzage physique, du bronzage de l'âme par le bronzage du corps. » Comme chez Arnold, la vertu doit savoir montrer les poings : le sport exigera la «liberté de l'excès». On développera l'autonomie du jeune en «abandonnant au collégien le gouvernement de ses propres jeux sans restrictions et avec toutes ses conséquences ».

    Entre hellénisme et «animalisme»–nombreux étaient ceux qui attendaient avec Spencer la naissance grâce au sport d'une «race de pur sang humain»–, son cœur balance. Il admire l'équilibre et la beauté de la civilisation qui a produit les Jeux olympiques. Mais il sait le pouvoir de la science et la tentation de la mettre au service de la performance sportive. L'anthropométrie médicale qui préside déjà à son époque à la préparation des athlètes d'élite lui apparaît comme un mal nécessaire. On connait la formule célèbre: «Pour que cent se livrent à la culture physique... il faut que cinq soient capables de prouesses étonnantes.»

    La conception de la doctrine et des institutions olympiques demeure sans doute le plus grand accomplissement de Coubertin. Se méfiant des États tout-puissants, il confie aux cités la responsabilité de ces grandes fêtes solennelles du sport où l'on célèbre «une religion, un culte, un essor passionnel susceptible d'aller du jeu à l'héroïsme ». Car la caractéristique essentielle de l'olympisme moderne est d'être une religion. «En ciselant son corps par l'exercice comme le fait un sculpteur d'une statue, l'athlète moderne exalte sa patrie, sa race, son drapeau.» Au culte de Zeus, il substitue celui de l'internationalisme et de la démocratie, termes au seuil desquels s'arrête désormais l'histoire. Religion nouvelle qui unit, selon l'historien Guglielmo Ferrero, le sens esthétique des Grecs, la pudeur laissée en héritage par le christianisme, l'esprit pratique et actif de l'époque moderne. Il faut voir, avec Jacques Ulmann dans la religio athletæ olympique la «transposition moderne et laïcisée de la vieille conception platonicienne qui faisait de l'homme jouant, l'émule des Dieux.»
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Informations
    L'auteur

    Bernard Lebleu
    Mots-clés
    Sport, Jeux Olympiques, Pierre de Coubertin, olympisme
    Documents associés
    Bernard Lebleu
    Sport, Moyen Âge, tournoi
    Bernard Lebleu
    Bernard Lebleu
    Sport, éducation physique, sport
    Bernard Lebleu
    Sport, Grèce antique
    Emmanuel Kant
    Distinction de l’éducation physique et de l'éducation pratique, des différentes formes de culture, pédagogie, sport, enfance, Rousseau
    Aristote
    Éducation, gymnastique, sport, athlète, courage, férocité, corps, santé, adresse
    Bernard Lebleu
    Sport, gymnastique, gymnastique médicale, médecine, thérapie physique, Hippocrate, Galien, Antiquité
    Bernard Lebleu
    Éducation physique, sport, hygiène, médecine préventive et curative.
    Bernard Lebleu
    Sport, éducation physique,
    Le Chevalier de Jaucourt, ,
    Grèce antique, Gymmastique, gymnastique athlétique, gymnastique médicinale, sport, exercices du corps, hygiène, santé, Hippocrate, Galien, bains, Rome antique, décadence de la gymnastique à l'époque romaine

    0%
    Dons reçus (2018-2019):0$
    Objectif (2018-2019): 25 000$


    Nous avons reçu près de 11 407$ lors de la campagne 2017-2018. Nous vous remercions de votre générosité. Pour la campagne 2018-2019, notre objectif s'élève à 20 000$.

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.