• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'homme, la nature, la techique

        Réflexions inspirées de Bernard Charbonneau et Jacques Ellul, avec la collaboration de l'Association Aquitaine B.Charbonneau J.Ellul, sous la présidence de Sébastien Mor...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Flux RSS:

    Impression du texte

    Dossier: Guerre

    Guerre et suprématie morale des peuples

    Remy de Gourmont
    (...) Est-elle possible, cette grande Paix internationale qu'une conférence, sous les arbres de La Haye, fait semblant de préparer pour le monde? Il m'est difficile de le croire, et cela pour des raisons exclusivement historiques et scientifiques. On ne doit pas supposer que l'espèce humaine puisse modifier sa mentalité, pas plus qu'elle ne peut renoncer à ses habitudes physiologiques. L'homme fera toujours la guerre parce qu'il l'a toujours faite; ce ne fut pas toujours la nécessité qui le poussa à la guerre, ce ne fut pas toujours la lutte pour la vie matérielle ; il faut compter aussi avec la passion du jeu. Beaucoup de guerres anciennes ou récentes sont inexplicables si on oublie que l'homme lutte pour la possession idéale d'une suprématie morale avec la même âpreté que pour la possession des biens nécessaires à l'existence physique. Il manque quelque chose à l'homme qui n'est que riche; il veut des honneurs et qu'on lui reconnaisse une valeur propre indépendante de sa fortune. Il manque quelque chose à un peuple heureux et prospère; il veut être encore le souverain, même nominal, du plus grand nombre possible d'autres peuples. Les récentes conquêtes coloniales se comprennent mal, éliminée la vanité nationale; et sans cette vanité, d'autre part, on ne parvient pas à s'expliquer qu'une bataille perdue avec des soldats soit plus sensible à une nation, et l'humilie davantage devant elle-même et devant les autres peuples qu'une bataille perdue avec des diplomates. On saura dans cent ans que l'abandon de Fachoda, qui a livré l'Afrique et notamment peut-être tout le Congo belge à l'Angleterre, fut pour la France plus désastreux que Sedan; cependant plusieurs Yves Guyots ont pu s'en réjouir conjointement avec quelques milliers d'imbéciles fanatisés (à peu de frais). Dans l'animalité, l'état de vaincu est un état de souffrance; dans l'humanité, il est surtout un état d'humiliation. Pour concevoir une humanité sans guerre, il faut concevoir d'abord une humanité sans colère, sans orgueil, sans passions, uniquement vouée à paître. Si cette humanité était possible, les hommes ne seraient plus des hommes; il s'agirait d'une espèce animale tellement modifiée que nul ne la peut concevoir. Cela est absurde.

    Il n'est question d'ailleurs, à la conférence de La Haye, que de la paix internationale. On suppose que les guerres de peuple à peuple éclatent, déterminées par une volonté consciente. Cette croyance est enfantine. Mais laissons, car il y a bien d'autres guerres, et d'abord la guerre civile. Ce besoin de se battre est si fort dans l'homme que, dénué d'ennemis véritables, il s'en crée aussitôt de factices parmi ses frères et ses proches : bien établie, la paix internationale aurait pour inévitable corollaire la guerre civile en permanence. Si nous y avons échappé ces dernières années, c'est précisément grâce à l'existence d'une formidable armée toujours prête à marcher à l'intérieur aussi bien, et peut-être mieux qu'à l'extérieur. Nulle révolution n'est possible en un pays où tous les hommes valides sont des esclaves qui doivent obéir à toute réquisition sous peine de mort. Avant qu'un parti eût pu réunir et armer vingt mille émeutiers, il y aurait pour les combattre plus d'un million d'hommes sous les armes. Les socialistes révolutionnaires, qui, pour le reste, ont des cerveaux d'enfants de treize ans, n'ignorent pas cela; aussi souhaitent-ils un désarmement qui délierait à leur profit le faisceau de la Force. Nous vivons, en somme, sur le pied de guerre, dans un camp retranché; le jour où on comblera les fossés, où on abattra les remparts, où on licenciera les hommes, ces hommes se battront entre eux, nécessairement, comme se dévorent entre eux les loups qui n'ont plus de proie commune à poursuivre.

    Il est agréable de discuter de telles questions; elles sont particulièrement faites pour être discutées, puisqu'elles sont insolubles. On soupçonne cependant que la guerre et la paix ne sont pas des antinomies, mais plutôt les noms différents d'un même état à des périodes successives et parfois enchevêtrées. La paix ne s'obtient que le sabre à la main.

    Remy de Gourmont, «138. L’"Iphigénie » et la Paix" (août 1899) , Épilogues - Réflexions sur la vie - 1899-1901. Deuxième série, Paris, Mercure de France, 1904; reproduit à partir de la sixième édition, 1923, p. 74-78.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Loading
    Informations
    L'auteur

    Remy de Gourmont
    Écrivain français mort en 1915. Pour en savoir plus sur lui, on visitera le magnifique site des Amateurs de Remy de Gourmont.
    Mots-clés
    paix, conflit, animalité, jeu, orgueil, supériorité, nécessité
    Extrait
    Ce besoin de se battre est si fort dans l'homme que, dénué d'ennemis véritables, il s'en crée aussitôt de factices parmi ses frères et ses proches : bien établie, la paix internationale aurait pour inévitable corollaire la guerre civile en permanence.
    Documents associés
    droit international humanitaire, génocide, crime de guerre, crime contre l'humanité, droit de la guerre
    Paul Léautaud
    guerre, représentations collectives, conflit, Kosovo, témoignage, génocide, médias
    Chronique des lettres françaises
    Joseph de Maistre, pacifisme, paix, relations internationales
    Jacques Dufresne
    Guerre, jeu, domination

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.