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Guerre

«Dans l'Europe médiévale, on faisait une distinction entre la bellum hostile (la guerre caractérisée par la retenue) et la bellum romanum (celle où tous les coups sont permis, et où tous ceux qui sont désignés comme ennemis, en armes ou non, devaient être tués sans discrimination). La chrétienté médiévale usa de cette distinction dans les Croisades contre l'Islam: une férocité absolue réservée aux incroyants. L'Islam répondit de la même façon; le djihad fut sa propre bellum romanum. Le particularisme moral de ces traditions, qui distinguent entre les victimes dignes et indignes, contraste avec l'universalime moral des conventions de Genève, qui demandent aux soldats de respecter toutes les victimes. »

Michael Ignatieff, L'honneur du guerrier. Guerre ethnique et conscience moderne. Presses de l'Université Laval, Éditions La Découverte, 2000


Définition tirée d'un traité de droit du début du 20e siècle:

«La guerre éclate lorsque les États n’ont plus une conscience claire de leurs devoirs, une intelligence nette de leurs droits, une notion exacte de leurs intérêts respectifs. Ils ne peuvent plus arriver à une entente commune, ils ne peuvent plus accepter les lois que leur traçait le droit des gens en temps de paix : ils s’y soustraient. La guerre est l’acte politique par lequel des États, ne pouvant concilier ce qu’ils croient être leurs devoirs, leurs droits et leurs intérêts, recourent à la lutte armée, et demandent à cette lutte de décider lequel d’entre eux étant le plus fort pourra en raison de sa force imposer sa volonté aux autres.» (Th. Funck-Brentano et Albert Sorel, Précis du droit des gens, Paris, Plon, 1900, p. 74)


Une définition cynique de la guerre, présentée par un des personnages du roman Le jardin des supplices (1899), de l'écrivain français Octave Mirbeau :

«Nous vivons sous la loi de la guerre… Or, en quoi consiste la guerre ?… Elle consiste à massacrer le plus d’hommes que l’on peut, en le moins de temps possible… Pour la rendre de plus en plus meurtrière et expéditive il s’agit de trouver des engins de destruction de plus en plus formidables… C’est une question d’humanité… et c’est aussi le progrès moderne… »


* * *


«À l'exception notable des guerres napoléoniennes et de la Guerre de Sécession, les guerres ont généralement été moins dévastatrices avant le XXe siècle qu'au cours de celui-ci, tant à cause de leur échelle réduite que de la pauvreté des moyens employés. À l'époque, les hommes d'État limitaient les affrontements pour préserver l'ordre mondial. Les morts se comptaient par milliers plutôt que par millions et, lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté, la plupart s'attendaient à un conflit de courte durée qui ne s'étendrait pas.

La période qui a précédé notre siècle a été marquée par ce qu'il conviendrait d'appeler la vision «clausewitzienne» de la guerre. Clausewitz, auteur du traité Vom Kriege (De la guerre), publié en 1832, voyait dans la guerre un moyen logique de poursuivre la politique nationale, une entreprise qui devait constamment viser un objectif bien défini, dont on devait évaluer le coût et les avantages et dont le but ultime devait être de favoriser les intérêts de l'État-nation. Clausewitz insistait aussi sur la nécessité de la suprématie des autorités civiles et professait qu'il ne fallait jamais faire la guerre pour la guerre.

Le XXe siècle a été témoin de quatre révolutions dans l'art de la guerre. La première a suivi l'apparition des perfectionnements techniques de la Première Guerre mondiale, notamment la mitrailleuse, le char d'assaut, le sous-marin et les gaz toxiques. Pendant la seule année 1915, l'armée française a perdu 1,4 million d'hommes et, en 1916, à la bataille de Verdun, l'Allemagne en a perdu 336 000 en dix mois. La deuxième révolution, qui a causé des morts innombrables parmi les populations civiles, est survenue au cours de la Seconde Guerre mondiale avec les innovations d'importance que représentaient les grandes forces aériennes, les porte-avions, le bombardement stratégique d'objectifs civils et le lancement des premières fusées par l'Allemagne. L'explosion des bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki a constitué la troisième révolution; ces armes se démarquaient nettement de toutes celles qui les avaient précédées, tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif.

La dernière révolution a suivi la mise au point du missile balistique intercontinental (ICBM). Les États-Unis, jusqu'alors à l'abri de toute attaque grâce à leur situation géographique, sont d'un seul coup devenus plus vulnérables qu'ils ne l'avaient jamais été. À cause des progrès technologiques réalisés pendant la Seconde Guerre mondiale et par la suite, tout le monde s'est trouvé également exposé aux ravages de la guerre, la mort s'étant elle aussi démocratisée.»

James Lee, Le contrôle des armements et le désarmement, Division des affaires politiques et sociales, Bibliothèque du Parlement canadien. 87-13F. Révisé le 15 février 1999

Essentiel

«... il y a trois façons de considérer la guerre au regard de la justice. L'une tient toutes les guerres pour injustes: c'est le pacifisme. L'autre, qui se réclame du réalisme, soutient qu'il n'y a pas de guerre injuste parce que, pour citer le Léviathan de Hobbes, là où il n'est pas de loi, il n'est pas d'injustice. La troisième, enfin, pense que certaines guerres sont justifiées et d'autres non: spontanément, la plus grande partie de l'opinion mondiale paraît acquise à cette idée, qu'ont développée, entre autres, chacun à sa manière, saint Augustin, saint Thomas d'Aquin ou Grotius. (...)»
    Thomas Ferenczi, La «guerre juste» contre le terrorisme, Le Monde, 20 septembre 2001

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