• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'hypothèse Dieu

         Un nouveau site consacré au dialogue entre croyants et non-croyants a été créé. Son titre « L’hypothèse Dieu » annonce-t-il un vira...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

      • L’îlot Louis Valcke

        Sur les traces de Louis Valcke (1930-2012), professeur, philosophe, essayiste, cycliste, navigateur et pèlerin. Spécialiste mondial de l’œuvre de Pic de la Mirandole.

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Fluxs RSS:

    Impression du texte

    Dossier: Loisir

    Le loisir entre oisiveté et désoeuvrement

    Bernard Lebleu
    Le plus bel exemple de résilience d'une communauté dans le temps nous a été donné par Frédéric Back dans le film L'homme qui plantait des arbres, tiré du roman de Giono. Celui qui plante un chêne le fait en sachant que plusieurs générations se seront écoulées avant que l'arbre ne se développe dans toute sa splendeur. Il accepte de ne jamais pouvoir contempler le résultat de son geste. Sentiment admirable qui suppose évidemment que l'on puisse donne un sens à l'avenir. C'est parce que le progrès avait encore un sens à ses yeux que John Adams, un des pères fondateurs des Etats-Unis, pouvait justifier ainsi son engagement politique : « Je dois étudier la politique et me battre pour que mes fils puissent être libres d'étudier les mathématiques et la philosophie. Mes fils doivent étudier les mathématiques et la philosophie, la géographie et l'histoire naturelle, le commerce et l'agriculture de façon à permettre à leurs fils d'étudier la peinture, la poésie, la musique, l'architecture, la sculpture. » Adams se battait pour permettre à ses petits-enfants de vivre la « bonne vie », car on croyait encore à l'époque qu'il existât une existence supérieure à l'existence dominée par la lutte et le travail.

    Cette vie aristocratique que nous assimilons à l'oisiveté depuis que vers la fin du Moyen Âge, l'Église a remplacé l'acedia par la paresse dans les péchés capitaux, est l'héritage lointain de la skolé grecque, de l'otium romain, de la vita contemplativa chrétienne. Hannah Arendt, dans La Condition de l'homme moderne, rappelle qu'en privilégiant le travail, nous nous sommes trouvés à renverser radicalement le rapport hiérarchique que les sociétés pré-modernes ont toujours maintenu entre le travail et le loisir.

    Dans la perspective grecque ou chrétienne, le loisir n'est pas oisiveté, le loisir n'est pas improductif : il est avant tout liberté. Pour l'homme antique, il est ce temps libre qui lui permet de s'adonner aux activités qui conviennent à un homme libre. Le travail ne confère aucune dignité à celui qui l'exerce car son objet est aussitôt consommé dans le cycle éternel de la reproduction et de la consommation. L'homme grec libre aspire avant tout à l'immortalité, à l'œuvre qui survit à l'usage qui en est fait. C'est uniquement dans la pleine lumière de la place publique qu'il affirme son individualité, par l'action et la parole qui témoignent de ses exploits, de sa valeur, de son areté.

    Dans la grande tradition chrétienne, chez saint Augustin de même que chez saint Thomas, la vie recherchée est celle qui nous rend libre de nous consacrer à la prière ; la vita activa est celle du non-repos, du nec-otium (d'ou nous vient le mot « négoce »), de l'a-skholia. Il importe avant tout de rechercher la tranquillité de l'âme pour se mettre en une disposition favorable à la contemplation. Si la doctrine chrétienne accorde une certaine valeur au travail — comme l'atteste la règle bénédictine, ora et labora , qui prescrit l'alternance de la prière et du travail — c'est dans la mesure où le travail « apaise les passions intérieures », occupe le corps sans empêcher l'esprit de se consacrer à la vita contemplativa.

    C'est ce même loisir que revendiquent les grands précurseurs de la science moderne, ceux à qui nous devons les concepts qui ont bouleversé notre conception du monde et mis en mouvement le monde moderne : Galilée, Leibniz, Descartes, Pascal. Il suffit de lire ce qu'écrit Descartes en conclusion du Discours de la méthode pour s'en convaincre : « Je me tiendrai toujours plus obligé à ceux par la faveur desquels je jouirai sans empêchement de mon loisir que je ne ferai à ceux qui m'offriraient les plus honorables emplois de la terre. »

    Nous entretenons un rapport complexe avec le loisir. Nous sommes tellement pétris de l'idée que nous réalisons notre essence par le travail — idée que récusent toutes les philosophies grecques et chrétiennes — que nous vivons souvent le loisir comme une absence : absence de travail, absence de projet, défaut d'un exutoire à notre énergie vitale. Au-dessus du loisir plane l'ombre de l'ennui, du désoeuvrement. La carence d'œuvre est une carence d'être, ontologique, car l'individu se définit désormais avant tout, et trop souvent hélas! uniquement par le travail. 1L'angoisse devant l'ennui jette l'homme dans ce que Pascal appelait le divertissement : « Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passions, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant. » Chez Kierkegaard, l'homme est coincé entre l'ennui et le désespoir métaphysique, mais la situation n'est pas entièrement bloquée : « L'oisiveté, dit-il, n'est nullement la mère de tous les maux, au contraire, c'est une vie vraiment divine lorsqu'elle ne s'accompagne pas de l'ennui. [..] On peut dire que quiconque ne le sent pas prouve par cela même qu'il ne s'est pas élevé aux humanités. »

    Notes
    1. Voir à ce sujet l'excellente synthèse sur le site de Jacques Bonniot
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Informations
    L'auteur

    Bernard Lebleu
    Mots-clés
    Loisir, oisiveté, désoeuvrement, otium, skolé, vita contemplativa, Kierkegaard, Pascal
    Extrait
    «Nous entretenons un rapport complexe avec le loisir. Nous sommes tellement pétris de l'idée que nous réalisons notre essence par le travail -- idée que récusent toutes les philosophies grecques et chrétiennes -- que nous vivons souvent le loisir comme une absence : absence de travail, absence de projet, défaut d'un exutoire à notre énergie vitale. Au-dessus du loisir plane l'ombre de l'ennui, du désoeuvrement.»
    Documents associés
    Jean Touchard
    loisir, travail, action, philosophie, études, temps, activités, repos
    Jacques Dufresne
    Travail, douleur, ennui, Schopenhauer
    Susan G. Davis
    loisirs, ville, industries culturelles, société de consommation, urbanisme
    Bernard Lebleu
    Travail, loisir, divertissement, oisiveté, ennui, Pascal, Kierkegaard, Jean Onimus
    Franck Michel
    Tourisme, Croisades, Révolution touristiques

    2%
    Dons reçus (2018-2019):609$
    Objectif (2018-2019): 20 000$


    Nous avons reçu près de 11 407$ lors de la campagne 2017-2018. Nous vous remercions de votre générosité. Pour la campagne 2018-2019, notre objectif s'élève à 25 000$.

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.