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La pédagogie du Père Querbes

Jacques Dufresne
La pédagogie est peut-être le domaine où l'intelligence du Fondateur des C.S.V. s'est manifestée avec le plus d'éclat.[..]
Il a rechristianisé, réadapté, repensé, refiltré, ces diverses pédagogies existantes. Il a été un organisateur. C'était déjà beaucoup si l'on considère les délabrements, les déchirures, qui avaient éparpillé dans toute la terre et les enfers, idées, moeurs, sentiments, culture des Français depuis 1820.
C'est une idée reçue que le Père vivait dans un patelin à peu près inconnu, dans une France désemparée par son insolubilité politique et sociale, parce qu'il naquit à une époque où l'Européen, le savant comme le poète, s'émerveille éperdument devant les beautés et les secrets de la nature, oubliant souvent le respect des valeurs plus essentielles; pour toutes ces raisons, nous sommes peut-être portés à considérer le Père Querbes comme un idéaliste rêveur ou au contraire, comme un paysan d'une simplicité ne laissant place à aucune idée originale, à aucune trait de génie. Pour nous le Père Querbes, c'est un jeune zélé de paysan sans trop d'envergure qui confie tout à la Providence et qui marche avec les grâces de Dieu. Malheureusement, nous avons là une image fausse et injuste au premier C.S.V. En voulant monter le père Querbes sur un piédestal, voulant faire de lui un prédestiné, nous semblons ignorer que cet homme était libre, qu'il avait des défauts, qu'il avait du génie et qu'il eut à lutter, souffrir pour réaliser son oeuvre. Nous oublions que le Père Querbes était un homme-- quoi de plus insultant!

Oublions ces considérations et efforçons-nous de montrer que le Père avait du génie. Nous trouverons par là qu'il n'a pas été le jouet passif de la grâce.

La pédagogie est peut-être le domaine où l'intelligence du Fondateur des C.S.V. s'est manifestée avec le plus d'éclat.
Voyons quels enrichissements nouveaux, ce Père a apporté à la pédagogie de son temps: à la pédagogie héritée de Platon, de Quintilien, de Fénelon, de Jean-Jacques Rousseau.

Nous ne pouvons pas dire qu'il a créé de toutes pièces une nouvelle approche de l'éducation, (quels sont ceux qui ont créé de toutes pièces?).

Il a rechristianisé, réadapté, repensé, refiltré, ces diverses pédagogies existantes. Il a été un organisateur. C'était déjà beaucoup si l'on considère les délabrements, les déchirures, qui avaient éparpillé dans toute la terre et les enfers, idées, moeurs, sentiments, culture des Français depuis 1820.

Depuis la révolution, l'éducation n'était plus ce privilège exclusif de l'aristocratie et de la bourgeoisie. Paysans et ouvriers ne pouvaient pas songer s'installer dans le donjon du château ou dans le boudoir de Madame, pour y attendre leur précepteur.
Il fallait à tout prix s'arranger pour qu'un seul maître puisse enseigner à 20, 30 ou 40 enfants à la fois. Il fallait créer une pédagogie nouvelle.

Cette nouvelle obligation avait donné lieu à des excès. «L'enseignement mutuel» avait pris la vogue. Un seul maître pouvait enseigner à trois ou quatre cents à la fois. Il n'avait qu'à répéter les choses en petits groupes et chacun était présidé par un des membres, appelé le moniteur. Le maître n'avait plus qu'à surveiller, qu'à contrôler.

En plus d'apporter, une solution au problème de l'enseignement privé, le Père Querbes dut aussi réagir contre l'enseignement mutuel. Une fois ce travail de déblayage terminé, une fois les cadres extérieurs fixés, le Père put songer au problème qui l'intéressait le plus; il put élaborer ce qu'on appelerait aujourd'hui un nouveau programme et préciser les méthodes à employer pour arriver aux fins proposées.

«Le maître doit se souvenir qu'il est coadjuteur de Dieu». Pas de pélagianisme dans sa méthode; ce qui veut dire pas de confiance exclusive et abusive en ses propres forces, en son devoir, en son habileté et dans l'emploi d'aucune méthode simplement rationnelle et scientifique. Avant tout le retour à Dieu, maître des âmes et des coeurs.
Tel est, je crois, l'essentiel de la pédagogie du Père Querbes, l'orthocentre vers lequel doivent converger toutes les autres directives.

«Vous ne ferez rien de solide, affirme le directoire, pour le bien spirituel de vos écoliers si Dieu ne bénit vos efforts».
«Pour cela vous devez être l'ange de vos écoliers: l'affreuse chose si vous deveniez comme leur démon.» «Les enfants en prennent plus par les yeux que par les oreilles.» «Qu'en classe votre application à instruire inspire la diligence à bien étudier.»
«Inspirez-leur la douceur par votre patience et par une parfaite égalité d'humeur; la modestie, par votre gravité et votre retenue; l'horreur du pêché par une conduite irréprochable. Vous ne viendrez jamais à bout de tout ceci si vous n'êtes réellement tel que vous voulez paraître.»

Le Père Querbes multiplie les conseils du genre; l'exemple! l'exemple! Et sans avoir la prétention de porter un jugement, je cris que nous applaudir à une telle initiative. Prêcher par l'exemple, n'est-ce pas là tenir compte de la nature complexe de l'homme?

Pour ce qui est des moyens à suggérer pour captiver l'attention de l'enfant et le tenir en haleine, pour rendre l'enseignement plus intéressant, plus profitable, le Père Querbes fait preuve d'une très grande originalité.

Sans doute à cause de sa grande expérience et de ses nombreuses lectures, il a réussi à mettre sur pied une méthode d'enseignement très adaptée à la psychologie de l'enfant. Voici encore quelques conseils qu'il donne à ses maîtres:

«Coupez, tournez et retournez les questions en diverses manières pour que vos enfants comprennent bien la chose et n'en demeurent pas à de simples paroles comme des perroquets qu'on a sifflés.» «Évitez le psittacisme (bavardage) qui est le danger permanent de l'enfance, tout en gravant dans les mémoires des traits précis qui ne devront plus s'effacer.»

Un autre point très important aux du Père Querbes, c'est le recrutement des vocations. «Le Clerc de Saint-Viateur qui apprécie à sa juste valeur le bienfait de son état ne saurait désirer autre chose que de faire partager son bonheur à d'autres.» Et pour être logiques, nous devons ajouter que le Clerc de Saint-Viateur qui n'est pas à sa place et le laisse entrevoir ne saurait empêcher ses élèves d'être tentés de s'éloigner de la communauté.

Nous pourrions parler encore longtemps des idées nouvelles que le Père Querbes a implantées dans la pédagogie de son temps. Justice sociale, spiritualité, etc. autant de sujets qu'il a traités.

Mais, répétons-le, sa réalisation principale a été la rechristianisation de la pédagogie, la formation de cathéchistes.
«L'étude et l'enseignement de la doctrine chrétienne: Voilà notre vie», disait-il à ses pères.

Avant de songer à former un savant, un artiste, les C.S.V. doivent songer à former un chrétien. Ils sont d'abord et avant tout des catéchistes. Pour leur faciliter la tâche, leur fondateur a élaboré pour eux une excellente «méthode de faire le catéchisme», méthode qui pourrait tenir à ceci: «Ne commencez votre catéchisme qu'après vous être bien recueillis et avoir obtenu un silence parfait. Toute bonne explication du catéchisme doit comporter trois parties essentielles dont la longueur doit varier selon le besoin: la répétition, le développement, l'exhortation.»

Pour conclure, contentons-nous de regarder l'oeuvre accomplie par les C.S.V. avec l'aide des sages conseils de leur fondateur, pour juger la valeur de la pédagogie du Père Querbes.

Actuellement en 1959, des centaines et des centaines de Pères et de frères C.S.V. dispersent partout, et à tous les degrés d'étude, un enseignement solide et ouvert aux nouveautés. Ils éduquent les jeunes et forment des chrétiens authentiques et des hommes équilibrés.

Dans toute l'activité de ces religieux, l'esprit du Père Querbes transparaît, il unifie des forces que l'humaine de chaque homme tend à disperser... Il souffle toujours...

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