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Edgar Morin

Jacques Dufresne

Sociologue français. El pensador planetario, dit-on de lui dans cette latinité dont il est plus proche que du monde anglo-saxon.

EDGAR MORIN(1921…)

 

Transgressant les frontières entre les pays et les continents comme entre les disciplines, les religions et les visions du monde, il a domestiqué cette idée de complexité rendue nécessaire actuellement aussi bien par l’état de la planète que par celui de la science et de l’humanité. Il faut agir localement sans cesser de penser globalement. Penser, agir : Edgar Morin sait, parfois jusqu’à l’excès trouver le style qui convient aux sujets les plus abstraits comme il sait trouver celui qui incite à l’action.

TERRE-PATRIE

Nous voici, humains minuscules, sur la minuscule pellicule entourant la minuscule planète perdue dans le gigantissime univers. Cette planète est en même temps notre maison et notre jardin.
Au moment où les sociétés éparses sur le globe sont devenues interdépendantes, la prise de conscience de la communauté de destin terrestre doit être l'événement clé de notre début de millénaire. Nous sommes solidaires dans et de cette planète. C'est notre Terre-Patrie. (Site iiAC, Centre Edgar Morin

L’ÉCO-ÉVOLUTION

L'un des témoins les plus attentifs de ces progrès convergents de la physique et de la biologie, le sociologue français Edgar Morin a été amené à adopter à propos de l'évolution des idées tout à fait compatibles avec la perspective Gaia. L'éco-évolution dont il parle n'est rien d'autre que l'évolution de Gaia.


«La vie évolue, on le sait, mais en disant évolution, on a longtemps pensé de façon atomiste à la seule évolution des espèces et cette évolution a été vue de façon seulement buissonnante, divergente, les espèces s'éloignant les unes des autres dans toutes les directions végétales et animales. Aujourd'hui, on commence à concevoir la co-évolution des espèces et l'évolution des écosystèmes ou éco-évolution.
La conception atomisée de l'évolution ne conçoit comme principe d'innovation que la mutation génétique. L'éco-évolution, elle, est marquée par d'innombrables mutations écologiques, c'est-à-dire des restructurations nouvelles sous l'effet de bouleversements à long et court terme: submersions, émersions, plissements, surrections, érosions, tropicalisations, glaciations, migrations, surgissements d'espèces nouvelles. Ainsi l'éco-évolution dans sa richesse, sa diversité, sa multiplicité pousse, presse, enveloppe l'évolution des espèces.
La conception atomisée de l'évolution ne voit comme principe de survie que la sélection «naturelle» des espèces. Elle ne voit pas que cette sélection est inséparable d'une intégration éco-systématique (ce qui sera examiné plus loin), elle ne voit pas que les conditions de sélection se modifient en fonction de l'évolution des éco-systèmes, qui produit de nouvelles règles d'intégration et de nouveaux critères de sélection. Elle ne voit pas surtout que ce qui est «sélectionné», ce ne sont pas seulement les espèces aptes à survivre dans telles ou telles conditions, mais c'est tout ce qui favorise la régulation et la réorganisation des éco-systèmes. Ce ne sont pas seulement des individus et des espèces qui sont sélectionnés, mais des rétroactions, des boucles qui, en s'autostabilisant aux dépens d'autres possibilités, deviennent sélectionnantes à l'égard des individus et des espèces. Ce qui est «sélectionné», c'est tout ce qui peut fortifier une chaîne, un cycle, un circuit, c'est tout ce qui réorganise.

Ce que les éco-systèmes ont essayé, «appris», acquis à travers d'innombrables événements désorganisateurs, ce sont des moyens et des modes de réorganisation; ce qu'ils ont essayé, «appris», acquis en intégrant des espèces de plus en plus diverses, c'est une complexité réorganisatrice de plus en plus raffinée. Ce qu'ils ont essayé, acquis, «appris» à travers les révolutions écologiques, comme par exemple les changements de climat, c'est l'aptitude à réorganiser les règles de réorganisation». Source

LA COMPLEXITÉ

Un ouragan est un système dynamique, complexe qui, comme tous les systèmes de ce genre– depuis l'eau qui bout à la planète qui se réchauffe, en passant par tous les êtres vivants, notre organisme, notre cerveau, les termitières, nos villes, nos sociétés, Gaia: l'ensemble terre-atmoshphère – est caractérisé par l'interaction et la rétroaction d'une multitude d'éléments formant un système . Mélange de chaos et d'ordre. Au début du XXe siècle, le mathématicien français Henri Poincaré avait démontré qu'il est impossible de prédire à partir des lois de Newton, le mouvement de trois corps en interaction: une terre et deux lunes par exemple. Le système de Newton ne vaut que pour deux corps en présence l'un de l'autre. La complexité commence au troisième corps.Source


«La percée va venir de l’Institut de Santa Fe (1984) où le mot complexité va s’imposer pour désigner comme « systèmes complexes », des systèmes dynamiques avec un très grand nombre d’interactions et de rétroactions, à l’intérieur desquels se déroulent des processus très difficiles à prédire et à contrôler, que la conception classique était incapable d’envisager..[…]
On arrive à ce que j’appelle logiquement le complexe d’autonomie-dépendance. Pour qu’un être vivant soit autonome, il faut qu’il dépende de son environnement en matière et en énergie, et aussi en connaissance et en information. Plus l’autonomie va se développer, plus des dépendances multiples vont se développer. Plus mon ordinateur va me permettre d’avoir une pensée autonome, plus il va dépendre de l’électricité, de réseaux, de contraintes sociologiques et matérielles. On arrive alors à une nouvelle complexité pour concevoir l’organisation vivante: l’autonomie ne peut se concevoir sans son écologie. De plus, il nous faut voir un processus auto-générateur et auto-producteur, c’est-à-dire l’idée d’une boucle récursive qui nous oblige à rompre avec nos idées classiques de produit Æ producteur, et de cause à effet.» Source

LA VOIE

Il existe multitude de petits groupes, souvent des ONG, qui conspirent pour créer un monde durable, sans se connaître entre eux et sans être reconnus par les grands medias et les gouvernements. C'est, dit Paul Hawken, dans Blessed Unrest, le plus grand mouvement dans le monde en ce moment. C'est à ces mêmes personnes, des jeunes en majorité, qu'Edgar Morin s'adresse d'abord dans La Voie. Nul n'était mieux préparé que lui, aussi bien pour les aider à situer leur pensée dans une vision globale du monde que pour leur indiquer les défis concrets à relever, sans jamais perdre de vue les autres défis, aucune action ne pouvant être féconde sans une telle cohérence sur un large front.

«I. LA CRISE La gigantesque crise planétaire n’est autre que la crise de l’humanité qui n’arrive pas à accéder à l’humanité. Cette poly-crise est provoquée par le développement, qui est encore considéré comme la voie de salut pour l’humanité. Le moteur de ce dernier est techno-économique, il ne connaît que le calcul comme instrument de connaissance et ignore toute activité non monétarisée. Le développement instaure un mode d’organisation de la société et des esprits où la spécialisation compartimente les individus les uns par rapport aux autres et où l’on perd de vue l’ensemble, le global, et la solidarité. Le développement comme solution ignore que les sociétés occidentales sont en crise du fait même de leur développement. Celui-ci a produit un sous-développement intellectuel, psychique et moral. Intellectuel, parce que notre formation disciplinaire, en nous apprenant à séparer les choses, nous a fait perdre l’aptitude à les relier et à penser les problèmes fondamentaux dans leur globalité. Psychique, parce que nous sommes dominés par la logique purement économique et calculatrice de croissance et de développement industriels qui nous pousse à tout considérer en termes quantitatifs et matériels. Moral parce que partout l’égocentrisme prime sur la solidarité. Tout ceci conduit à un mal-être, y compris au sein du bien-être matériel. Nous vivons ainsi dans une société où les solutions que nous voulons apporter sont à l’origine même de nos problèmes. La conscience de la crise du développement n’est que parcellaire et insuffisante aujourd’hui, limitée à la seule problématique écologique. En tous lieux, pays et continents existe une multiplicité d’initiatives (économiques, écologiques, sociales, politiques), porteuses d’avenir, qui surmontent des obstacles, trouvent des solutions à des problèmes vitaux et fondamentaux. Mais elles sont éparses, compartimentées, ignorées les unes des autres et inconnues des partis politiques, des administrations, des médias ou des chefs d’entreprise.

II.LA VOIE NOUVELLE

Toutes ces initiatives méritent d’être connues, reconnues, recensées, rassemblées afin que leur conjonction permette de frayer les grandes voies réformatrices pour former La Voie, dont a besoin l’humanité en crise. Plus profondément encore, la conscience de la nécessité vitale de changer de voie est désormais indissociable de celle de l’état souvent monstrueux et misérable des relations entre individus, groupes et peuples. La question très ancienne de l’amélioration des relations entre êtres humains, qui a suscité tant d’aspirations révolutionnaires et de projets politiques, économiques, sociaux, éthiques, est désormais indissolublement liée à la question vitale du 21ème siècle qui est celle de trouver une Voie nouvelle conduisant à des transformations dans tous les domaines et à une réorganisation généralisé qui serait comme une métamorphose.»Source

RÉVOLUTION OU MÉTAMORPHOSE

«Les artisans du printemps arabe ont qualifié leur mouvement de « révolution ». Vous, vous avez choisi de délaisser ce terme pour lui préférer celui de métamorphose. À quoi correspond ce concept ?
Il fait penser à la chenille qui s’enferme dans un cocon pour devenir un papillon. Elle se détruit complètement pour devenir autre. Dans l’histoire humaine, le monde est plein de métamorphoses. La nouvelle n’aura lieu qu’à l’échelle planétaire. L’ensemble des relations, de l’organisation va se modifier et il est aujourd’hui impossible de prévoir la forme que prendra cette nouvelle société monde. J’ai abandonné l’idée de révolution pour deux raisons. La première correspond à l’objectif de ne plus accréditer l’idée que « du passé faisons table rase ». Nous avons besoin de toutes les cultures du passé, de tous les acquis de la pensée passée. L’idée de métamorphose porte à la fois la rupture et la continuité. La deuxième voulait laisser derrière l’idée que la révolution était d’autant plus authentique qu’elle était violente. La violence est parfois inévitable mais c’est une erreur de penser qu’elle est justifiée et nécessaire car, alors, elle appelle d’autres violences. Source

«Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre, ou bien se révèle capable de susciter un méta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose.»
Cette idée de métamorphose est plus proche de celle de résilience que de celle de révolution: « La notion de métamorphose est plus riche que celle de révolution. Elle en garde la radicalité novatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, des cultures, du legs de pensées et de sagesses de l’humanité). On ne peut en prévoir les modalités ni les formes : tout changement d’échelle entraîne un surgissement créateur. De même que la société historique, créatrice de la ville, de l’État, des classes sociales, de l’écriture, de divinités cosmiques, de monuments grandioses, des grands arts, était inconcevable pour les humains des sociétés archaïques de chasseurs-ramasseurs, de même nous ne pouvons concevoir encore le visage de la société monde qui se dégagerait de la métamorphose.» Source

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