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La liberté avant tout ?

Benoît Lemaire

J’ai lu dans votre journal du 3 juin dernier un article de Thérèse Nadeau-Lacour, de l’UQTR, sur l’euthanasie. Afin de préciser le débat, elle distinguait l’euthanasie de toutes interventions visant soit à atténuer les douleurs du malade soit à prolonger artificiellement la vie. Elle insistait sur la primauté à donner au respect de la vie comme l’ont affirmé la plupart des grands philosophes et comme le reconnaît aujourd’hui la Charte des droits de l’Homme.

Quelques jours plus tard, Paul-André Quintin de la même université a réagi à cet article. À la valeur du respect de la vie, il oppose la liberté individuelle comme « valeur ultime ». J’interviens à mon tour pour vous faire part des réflexions que m’ont inspirées ces deux articles concernant l’euthanasie mais aussi l’avortement.

N’est-il pas étrange et même déroutant d’être perçu comme outrancier, excessif, radical, si l’on prend nettement position pour le respect de la vie humaine, depuis la conception jusqu’à la mort ? Ceux qui affirment que la vie est sacrée, que l’avortement et l’euthanasie sont des meurtres, sont parfois assimilés aujourd’hui à des rétrogrades, voire des fascistes et, pourquoi pas, des papistes intolérants. Par contre, le fait d’être « pro-choix » ou de favoriser l’aide au suicide dénoterait une ouverture, un respect de l’autre, une largeur de vue tout à fait à la mode !

Comment légitimer aux yeux de la science, de la raison ou de la foi que la liberté individuelle prime sur la vie ? La liberté individuelle n’est-elle pas le cheval de bataille d’un certain néo-libéralisme qu’en d’autres temps, Paul-André Quintin avait fustigé ? Je l’ai déjà entendu se faire le promoteur de droits collectifs en matière sociale ou en matière d’autodétermination des peuples.

Ceux qui sont en faveur d’une libéralisation des lois concernant l’avortement et l’euthanasie invoquent souvent l’argument du pluralisme et de la neutralité de l’État. Ils affirment que dans une société pluraliste, la loi ne doit pas imposer telle conception de la vie plutôt que telle autre. Selon eux, dans le débat sur la conception de la vie humaine, l’État ne devrait favoriser aucune position : l’État devrait être ni pro-vie, ni pro-choix. Une telle position me paraît à la fois illogique et contradictoire.

a) Illogisme d’un État qui adhère à la Charte des droits de l’Homme, qui réhabilite ses handicapés, éduque ses orphelins, traite ses déficients mentaux, supprime la peine de mort, favorise les efforts pour prolonger la vie humaine par des greffes et des interventions risquées et poussées jusqu’à l’avortement thérapeutique et qui ne s’abstient pas d’intervenir pour permettre l’avortement et l’euthanasie;

b) Contradiction d’un État qui, dans une société pluraliste, ne veut privilégier aucune des conceptions sur la nature de la vie intra-utérine ou sur une vie diminuée par la dégénérescence ou un accident et, d’autre part, qui légifère comme si, de fait, l’embryon ou l’être diminué n’était pas un être humain puisqu’il permet en certains cas de le supprimer ou de l’aider à se supprimer.

Je pense que l’État se doit d’intervenir dans le domaine de la vie humaine mais il ne faut pas trop en demander au politique. La place du politique étant de faire régner l’ordre et la justice le moins mal possible et de protéger les citoyens, en particulier les plus vulnérables. D’autre part, les lois qu’édicte une société ne sont pas humainement neutres. Et qu’on le désire ou non, la loi a une portée pédagogique surtout que plusieurs ont l’air de croire que ce qui est légal est nécessairement moral.

En d’autres termes, autant il convient de tenir ferme le respect de la vie humaine lorsque la vie des plus vulnérables est menacée, et si nécessaire légiférer en ce sens, autant il est nécessaire de respecter la réalité des relations interpersonnelles qui relève de la vraie liberté et de la compassion qui ne saurait donner la mort.

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