• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Une solidarité rajeunie: sens de la grève étudiante

        Une solidarité rajeunie Débat sur le sens de la grève des étudiants du Québec Notre point de départ nous le trouvons dans le site de La Classe : «Ce serait effectiv...

      • L'homme, la nature, la techique

        Réflexions inspirées de Bernard Charbonneau et Jacques Ellul, avec la collaboration de l'Association Aquitaine B.Charbonneau J.Ellul, sous la présidence de Sébastien Mor...

      • Les sommets de la terre

        Le Sommet de Rio, qui s'ouvrira le 20 juin, s'inscrit dans une histoire qu'il faut connaître pour bien comprendre les enjeux actuels..En 1952, eut lieu à Québec l'un des événements qui préfigurèren...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au sentim...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

  • Édition


La lettre de L'Agora
Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
Média social:
Facebook:


Flux RSS:

Vertu

Définition

Comme nous le rappelle le Trésor de la langue française, le mot vertu a d'abord signifié force d'âme, courage physique et moral. Mâle vertu! Le modèle de vertu, c'était le citoyen romain qui, tel Cincinnatus, défendait sa patrie avec courage et désintéressement. On dit qu'après avoir conduit les troupes romaines à la victoire, dans des circonstances difficiles, Cincinnatus retourna à son labourage plutôt que d'accepter le pouvoir absolu qu'on lui proposait.

Pour le philosophe Alain, qui fut soldat, la vertu «c'est la puissance de vouloir et d'agir contre ce qui plaît ou déplaît. C'est une puissance acquise contre tous les genres de convulsion, d'emportement, d'ivresse et d'horreur. Vertu, c'est athlétisme. Le coureur doit triompher de l'ivresse de courir, et le boxeur, de l'ivresse de frapper. La vertu n'est qu'efficacité ; l'intention n'y est rien. La vertu du chirurgien n'est pas de trembler, pleurer, s'élancer. Les anciens ont défini quatre vertus principales d'après quatre genres d'emportement. L'emportement de la peur définit par opposition la vertu de courage. L'ivresse, qui est l'extrême du désir, définit la tempérance. L'emportement de la convoitise définit la justice; et l'emportement des disputeurs définit la sagesse» (Définitions, Paris, Gallimard, 3e édition, 1953, p. 222).

Remontons encore plus loin dans le passé, à l’époque incertaine où la pensée commença à se distinguer de l’instinct. Quand un Goliath surgissait, David , suivant son instinct, cherchait le salut dans la fuite. Puis un jour David comprit qu’il possédait en lui une puissance d’un autre ordre, grâce à laquelle il pourrait affronter Goliath et peut-être le vaincre. Cette force, venue d’un au-delà intérieur, qui triomphe de la peur et tranforme la fuite en une attaque réfléchie, calculée, voilà la vertu.

Célébrer la vertu c’est affirmer la souveraineté de l’âme dans le composé humain.
Dans l’antiquité, comme la guerre faisait partie des règles du jeu politique, comme la prospérité et le bonheur des peuples en dépendait et comme on devait miser pour la gagner sur la qualité des soldats et non sur quelque arme nouvelle, on avait intérêt à cultiver la vertu. D’où en Grèce par exemple, la réputation des grands philosophes, Socrate, Platon, Aristote dont la première vocation était de penser la vertu, de la pratiquer eux-mêmes et de l’enseigner. L'Église empruntera ce modèle. Pour Aristote comme pour Platon, les qualités qui font le soldat sont aussi celles qui font le sage, d’où l’emprunt de ce modèle par l’Église. Elle ajoutera les vertus surnaturelles aux vertus naturelles et fera de la victoire des vertus sur les vices la condition de l’accès à la sainteté et au paradis.

Au Ve siècle, le poète latin Prudence écrira un poème Psychomachia, qui servira de source d’inspiration aux artistes chrétiens jusqu’à la Renaissance. La psyhomachie, c’est la guerre dans l’âme, The war within the mind,die SeelenSchlacht. On y voit les vertus terrassant les vices.


Suicide de la colère.
Enluminures, Bibliothèque municipale de Lyon, Auteur: Prudence, Livre: Psychomachia, Cote:Ms P.A. 22, f. 7v

La montée vers la sainteté sera donc un dur combat. Le Moyen Âge : énorme et délicat (Verlaine). La psychomachie illustre son côté énorme, mais la sainteté, au fur et à mesure qu’on s’en rapproche, a des exigences de plus en plus subtiles : c’est le côté délicat du même Moyen-Âge qu’illustre le grand nombre de mots exprimant les nuances de la vie affective et morale : joie, allégresse, enjouement, exultation...

Enjeux


La réhabilitation de la vertu est-elle possible?

Si la vertu a si peu d’importance aujourd’hui c’est à cause du matérialisme ambiant, à cause de la critique dont elle a été l'objet, de la part des maîtres du soupçon, de Nietzsche et de Freud en particulier. C’est aussi parce que, à la guerre, ce ne sont plus les qualités personnelles du soldat qui importent, mais la technologie et, derrière elle, la science. Les qualités personnelles perdent également de leur importance dans la vie courante de chacun et dans la majorité des carrières, où la maîtrise des machines, des ordinateurs en particulier, devient de plus en plus déterminante. Pourquoi cultiver la vertu si l'on estime ne plus en avoir besoin, si la technologie la remplace à la guerre et si dans les moments difficiles de la vie on a l'assurance d'être pris en charge par un expert?

Mais que devient l'homme lorsqu'il est privé de la densité intérieure qu'apporte la vertu? Dès que la pression extérieure sur lui est un peu forte, il s'effondre, il implose. Pour se refaire une densité intérieure, il en est réduit à recourir à des moyens extérieurs: drogues, chirurgie plastique, conditionnement physique. Il échappe de plus en plus difficilement au conformisme et cherche souvent refuge dans des sectes où il tentera de retrouver sa force d'âme, par le moyen des techniques de croissance personnelle.

La réhabilitation de la vertu est une tâche difficile, surtout dans les pays où l'on a pendant longtemps accordé une importance démesurée à des vertus comme la pureté et la chasteté, interprétées d'une manière étroite. «Voyez, dira Nietzsche, avec quel air d'envie la chienne sensualité mendie un morceau d'esprit quand on lui refuse un
morceau de chair!» Et avant lui La Rochefoucauld: «Nous nous flattons de la créance que nous quittons nos vices alors que ce sont nos vices qui nous quittent.»

La réhabilitation est néanmoins nécessaire. Elle peut même devenir exaltante si elle est accomplie dans la double lumière des grands principes retrouvées et des critiques dont la vertu a été l'objet au cours des derniers siècles. La recherche des vertus qui orientent dans l'action se confond alors avec la recherche de l'authenticité et de la transparence qui sont des qualités de l'être. Et comme la vertu paraît moins utile que dans le passé, on n'en a que plus de mérite à l'acquérir. D'où ces propos d'un Niezsche enfin réconcilié avec la vertu:

«La plus haute vertu est peu commune et inutile, elle est étincelante et d'un doux éclat: une vertu qui donne est la plus haute vertu. En vérité, je vous devine, mes disciples: vous aspirez comme moi à la vertu qui donne. [...] Vous avez soif de devenir vous-mêmes des offrandes et des présents: c'est pourquoi vous avez soif d'amasser toutes les richesses dans vos âmes.

Votre âme ne se lasse pas de désirer des trésors et des joyaux, puisque votre vertu est insatiable dans sa volonté de donner» (Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, Gallimard, 1947, p. 89).

Essentiel

«La béatitude n'est pas la récompense de la vertu, mais la vertu elle-même.» «Beatitudo non est virtutis premium, sed ipsa virtus.»
Spinoza, Éthique

«Les vertus ne sont que des passions ordonnées, et les vices des passions en désordre.» Coventry Patmore, poète et mystique anglais (1823-1896).

« Il est difficile, pour des écrivains, de représenter et d’animer la Vertu. La Vertu attend la majuscule, provoque la sécheresse du singulier, les vices foisonnent sous l’exagération magique du pluriel. »
Paul Morand.

Documentation

André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus.

«Le mot vertu peut sembler démodé ou évoquer un quelconque ordre moral. Aussi importe-t-il de lui restituer sa signification authentique et toute sa dignité, si l'on veut comprendre le titre et l'intention du dernier livre d'André Comte-Sponville. Pour les Anciens la vertu - l'arétè des Grecs et la virtus des Latins - est d'abord l'excellence d'une disposition ou d'une capacité à agir dans quelque domaine que ce soit. Ainsi la vertu du médicament est-elle de soigner, celle du couteau de couper et celle de l'homme d'agir humainement. Mais si la vertu est excellence, quelle est donc l'excellence propre de l'homme, quelles sont les vertus proprement humaines? »
Jean Blain, ©Lire
Erik Orsenna, Discours sur la vertu, Séance publique annuelle de l'Académie française, 30 novembre 2000.

Michel Déon, Discours sur la vertu, Séance publique annuelle de l'Académie française, 2 décembre 1999.

Ancients, Moderns, and the Debate About Virtue, par Charles Taylor (Bradley Lecture Series, American Enterprise Institute, février 1998).
Date de création:2012-04-01 | Date de modification:2012-04-01
Loading
Informations
Linguistique
Antonymes
Vice
Allemand
Tugend
Anglais
Virtue
Espagnol
Virtud
Documents Associés
Jacques Dufresne
JP Costes
Platon
Mort, âme, richesse, honte, ignorance, iniquité, citoyen
Denis Diderot
Alain
Vice
Raccourcis

Référence


Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.