Pâques

Pâques et les calendriers

Jacques Dufresne

Notre attention a besoin d’être tirée chaque jour vers le haut, et vers le zénith lors de grandes fêtes comme Pâques, sans quoi tout en nous s’aplatit autour des faits divers les plus insignifiants de l’actualité, telle cette gifle d’un comédien lors de la cérémonie 2022 des Oscars.

Les calendriers ont un rôle à jouer dans cette élévation de l’âme. À quelles conditions peuvent-ils bien le remplir ? Voici l’ébauche d’une réponse à cette question.

En 1582, le pape Grégoire XIII, mit à jour le calendrier julien. Cette année-là, le lendemain du jeudi 4 octobre fut le vendredi 15 octobre, ce qui, raconte Montaigne, ne changea rien à la vie de ses voisins paysans.  Ce calendrier dit grégorien était appelé à devenir le calendrier civil de la majorité des pays, ce qu’il est encore aujourd’hui. Pâques est l’une des rares fêtes religieuses qui y figure toujours, mais dans ce nouveau contexte, elle a perdu l’essentiel du sens qu’elle avait dans le calendrier liturgique; ce dernier, hiérarchisé, était une montée universelle vers le Christ, laissant place à des particularismes nationaux telle la fête de saint Patrick en Irlande. Les calendriers civils gravitent autour des fêtes nationales et font place à des célébrations universelles, comme la journée internationale de la Terre et celle de la femme.

Le calendrier liturgique

Il commence le premier dimanche de l’Avent, quatre semaines avant Noël, pour atteindre son sommet pendant le triduum pascal où tout s’accomplit sur deux montagnes, le Mont des Oliviers, où le Christ se retira après la dernière Cène et le Mont Golgotha, lieu de la crucifixion et de la résurrection. Chaque dimanche est une occasion de revivre ces moments suprêmes de l’amour et chaque jour de la semaine, un saint est proposé comme exemple à imiter et source d’inspiration. L’idéal proposé aux fidèles est la sainteté; elle est infiniment éloignée d’eux, mais ils peuvent recommencer à s’en rapprocher à longueur d’année, nourris par des textes sacrés, des prières, des cérémonies et des œuvres d’art, dont la place dans la hiérarchie de la beauté correspond à l’importance de la personne ou de l’évènement célébrés.

Si cette liturgie et les autres semblables n’ont pas réussi à rendre le monde meilleur qu’il ne l’est sous nos yeux en ce moment, gardons-nous d’en conclure qu’elles ont été inopérantes. Le moindre mal qu’elles ont rendu possible est peut-être le seul bien compatible avec cette liberté humaine dont dépendent les conversions intérieures, conditions du progrès moral.

Le calendrier positiviste

Il est peut-être celui qui ressemble le plus au calendrier liturgique. Auguste Comte (1798-1857 ), à l’origine du positivisme, distingue trois étapes dans l’histoire de l’humanité : L’état théologique, l’état métaphysique, l’état positif. Si ce dernier état, caractérisé par l’observation des faits, par la science donc, occupe le sommet, il n’en est pas moins tributaire des deux précédents, ce qui devient manifeste dans le calendrier positiviste, lequel compte 13 mois de 28 jours. Le premier, janvier, consacré à la théocratie initiale est appelé MOÏSE. Il est le plus cosmopolite : Lao Tseu, Confucius, Bouddha, les théocrates du Thibet et de Japon y ont leur place, à côté de Prométhée et d’Orphée. Février, devenu HOMÈRE, est consacré à la poésie ancienne. Mars ou ARISTOTE est le mois de la philosophie ancienne et avril, ou ARCHIMÈDE, elui de la science ancienne. Les autres titulaires de mois sont CÉSAR, (mai), SAINT PAUL (juin), CHARLEMAGNE, (juillet), DANTE, (août), GUTENBERG, (sept.) SKAKESPEARE, (oct.),DESCARTES, (nov.), FRÉDÉRIC (déc.). Le treizième mois, BICHAT’ est celui de la science moderne. Galilée, Newton et Lavoisier y ont droit à un dimanche.

Ce calendrier correspond si bien à l’esprit de la modernité qu’on se demande pourquoi, il ne s’est pas imposé, sauf dans une région du Brésil où Comte implanta la religion de l’Humanité qu’il fonda à la fin de sa vie. Ce calendrier avait, entre autres défauts, celui d’être trop occidental et trop masculin, mais qu’aurions-nous à perdre d’être réveillés par des vers de Sophocle le jeudi 5 Moïse, par une équation de Newton le dimanche 14 BICHAT, par une musique de Mozart, le dimanche 28 Shakespeare. On aura compris que chaque jour de semaine a son génie, les plus grands étant réservés aux dimanches.

Le calendrier des Nations-Unies

Le calendrier des Nations-Unies est lui aussi un calendrier de l’Humanité. Voici quelques exemples de thèmes pour le mois d’avril :  02 Avr.Journée internationale pour la sensibilisation aux mines et l'assistance à la lutte antimines /04 Avr. J.I de la conscience/06 Avr. J.I de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994/07 Avr. Journée mondiale de la santé/07 Avr. J.I du vol spatial habité /20 Avr.Journée mondiale de la créativité et de l’innovation/22 Avr. J.I de la Terre nourricière /23 Avr. Journée mondiale du livre et du droit d'auteur /24 Avr. Semaine mondiale de la vaccination/28 Avr.J.I. du  jazz.

Ce calendrier comporte bien des thèmes dont l’humanité peut tirer profit, mais il forme un ensemble chaotique et, s’il mobilise l’attention sur les responsabilités universelles de chacun et les apports des diverses cultures, il ne propose guère de sources d’inspiration, contrairement aux deux précédents.

Vers un calendrier planétaire ?

Les Nations-Unies manquant à la fois d’inspiration et de détermination, ne convient-il pas, pour éviter l’effondrement, de miser sur les religions, même si elles sont en déclin ? Le projet d’une éthique planétaire du théologien suisse Hans Küng n’est-il pas plus pertinent que jamais ? Ce vœu qu’il formulait en 1991 dans le journal Le monde n’a-t-il pas encore plus de sens aujourd’hui : « Il faut maintenant faire travailler ensemble ces mêmes religions sur les conditions de ce que j'appelle un " éthos planétaire ", c'est-à-dire une éthique universelle, applicable à des domaines aussi divers que la science, l'armement, l'environnement, la technologie, les rapports sociaux et bien sûr la paix.» ? Quel serait le calendrier qui correspondrait à cette éthique ? Quelle devrait y être la part de l’espérance liée à l’éternel présent du temps cyclique et celle de l’espoir de lendemains meilleurs lié au temps linéaire ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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