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    Dossier: Culture

    Question de culture

    Louis Valcke
    « Bien des gens farcis de connaissances n’ont aucune raison ».
    Démocrite

     

    Dans le dernier numéro de L’Analyste, Jean-Paul Desbiens s’en prend vertement à Laurent Laplante. Recensant un livre publié à l’occasion de la récente visite papale, le critique du Soleil avait affirmé que « sous une bonhommie séduisante », Jean-Paul II « dissimule de moins en moins effïcacement l’intransigeance doctrinale et le persistant machisme ». 

    Avec la concision qu’on lui connaît, Desbiens note seulement que « le livre et son critique Laplante sont des exemples du mal dont nous souffrons, la confusion ». Rejetant, avec oh! combien de raison, le néotriomphalisme de « ceux qui font semblant de croire que c’est arrivé », Desbiens termine par un simple souhait: « Je souhaite seulement un peu de culture religieuse »1

    Et, en effet, avant tout autre chose, c’est-à-dire en particulier avant toute discussion qu’on voudrait en faire, il faut savoir de quoi on parle — ce qui est un truisme, évidemment. Par contre, ne pas savoir de quoi on parle et, par conséquent, en parler à tort et à travers, c’est, très précisément, le contraire de la culture. 

    L’inculture religieuse

    Mettre sur un même pied le « persistant machisme » et l’« intransigeance doctrinale » est une première confusion, sur laquelle on n’insistera pas, mais supposer que ce soit en son nom propre qu’un pape — Jean-Paul II ou un autre — veuille imposer une « intransigeance doctrinale », supposer donc que lorsqu’un pape se prononce, il ne fait qu’émettre une opinion personnelle, c’est être à côté de la question, c’est, en ce qui a trait à l’essentiel, n’avoir rien compris : c’est un manque flagrant de culture religieuse. 

    La culture, en effet, c’est tout autre chose que le savoir ou, en tout cas, c’est tout autre chose que le savoir encyclopédique. Avoir des idées aussi confuses concernant le rôle et la fonction du pape au sein de l’Église catholique romaine — unam sanctam! —, quand bien même on connaîtrait par le menu l’histoire de cette même Église, c’est en ignorer un des éléments essentiels, c’est donc passer à côté de la question : c’est faire preuve d’inculture. 

    Simple coïncidence ou affinité d’esprit, le même exemplaire de L’Analyste cite, sous la signature de Guy Brouillet, le témoignage du cardinal Newman, qui n’hésitait pas à voir en l’autorité pontificale la marque distinctive et spécifique de l’Église romaine : 

    « Et qu’au milieu de ses désordres et de ses craintes, il n’y ait qu’une voix dont les peuples attendent avec confiance les décisions, un nom et un siège vers lequel ils regardent avec espoir, si ce nom est Pierre et ce siège Rome, cette religion ne diffère pas du christianisme des Ve et VIe siècles »2

    La culture, c’est d’abord et avant tout avoir compris l’essentiel d’une idée, et cette culture sera donc d’autant plus vaste ou plus profonde que l’idée elle-même sera plus englobante; c’est pourquoi aussi, elle n’a rien à voir, ou si peu, avec l’étendue des connaissances ni non plus, faut-il le dire!, avec cette sacralisation fétichiste qui s’érige en « Maisons de la culture ». 

    L’inculture juridique

    C’est donc aussi par inculture, inculture juridique cette fois, que certains ont pu applaudir au récent acquittement du docteur Morgentaler, pour après clamer leur indignation en apprenant l’appel de ce verdict. On devrait savoir, quand même!, que notre système juridique est fondé sur la séparation des pouvoirs et que, si le jury doit se prononcer sur la matérialité des faits, il ne lui revient pas de se substituer au législateur ni de juger la loi. 

    Ce n’est également que par un profond manque de culture que s’expliquent les réactions syndicales qui accompagnèrent les différentes phases de la grève des employés de l’hôpital St-Julien, telles qu’elles ressortent des dépêches de la Presse canadienne

    Rappelons que la grève, illégale, durait depuis 33 jours. Sur le plan moral, elle était d’autant moins tolérable que ses victimes, les patients de cet hôpital psychiatrique, plus encore que d’autres malades, étaient totalement dépendants, et donc totalement désarmés face aux conséquences que cette grève avait pour eux : leur âge mental moyen se situait en effet aux environs de deux ans et demi. Cette grève était d’ailleurs si peu justifiable et si peu opportune que la présidente du syndicat, de son propre aveu, s’était opposée au débrayage initial. 

    Survient alors le congédiement de 25 grévistes, puis le protocole de retour au travail qui, entre autres mesures, suspend les licenciements jusqu’à ce qu’un tribunal d’arbitrage se soit prononcé sur chacun des cas. 

    Sur ce dernier point, le syndicat se montre particulièrement optimiste. Est-ce donc que, sûr de son bon droit, il attend sereinement le verdict, en s’en remettant à l’impartialité du tribunal? Que non pas! , voulant prendre la justice en main propre, il n’hésite pas à passer aux menaces et annonce un nouveau débrayage pour peu qu’un seul congédiement soit maintenu ! 

    Présupposer, c’est-à-dire poser en principe, qu’un tribunal puisse ainsi se laisser manipuler et céder à un tel chantage est déjà en soi ahurissant, mais que penser de la présidente du syndicat? Elle se fait conciliante et rassurante : ce second débrayage ne sera sans doute pas nécessaire, affirme-t-elle, car, avant même que les causes n’aient été entendues, elle affiche sa confiance à l’égard du juge : celui-ci ne s’est-il pas déjà, en d’autres circonstances, prononcé favorablement à l’égard des syndicats ? 

    Présumer ainsi du verdict en s’appuyant sur la sympathie supposée d’un juge à l’égard d’une des parties en cause, il y a déjà là matière à outrage au tribunal — mais faire publiquement étalage de cette présomption, cela témoigne d’une outrecuidance telle, qu’elle devient désarmante par la naïveté qu’elle suppose dans le chef de celle qui l’affiche. Et cette naïveté à son tour est le signe de la plus totale incompréhension des principes juridiques impliqués. 

    Un dernier exemple. Quand on lit sous la plume d’un théologien réputé que « pour la théologie de la libération, l’essentiel du message chrétien est un message de libération par rapport aux conditions aliénantes imposées au peuple par les classes dominantes »3, comment s’empêcher de sursauter? On peut certes vouloir mettre le message chrétien au goût du jour, mais dans cette entreprise il y a des limites à ne pas dépasser, sous peine de perdre la spécificité du message en question — et alors il ne vaut même plus la peine de lui prêter une attention particulière. 

    Percevoir l’essentiel

    Car tout l’intérêt d’un concept réside dans sa spécificité. Et, d’ailleurs, un concept, c’est d’abord l’intuition d’une essence, comme disait Aristote (!), et c’est d’abord en fonction de cette essence que le concept se définit. Or, l’intuition d’une essence, on l’a ou on ne l’a pas, mais on ne peut l’avoir « plus ou moins ». Et si on l’a, on sait qu’on l’a. Ainsi en va-t-il d’un théorème de géométrie : on le comprend ou on ne le comprend pas, mais, étape par étape, on ne le comprend pas « à peu près ». L’intuition, c’est un contact qui se forme, un déclic qui s’opère, selon le langage binaire : oui ou non. Sartre écrit quelque part qu’il vient toujours un moment, quel que soit l’art du maître, où l’élève se trouve seul devant le problème à résoudre : le moment de l’intuition qui surviendra ou ne surviendra pas. 

    Savoir que l’on sait

    Mais lorsque l’intuition, la vision de l’essence, survient, elle s’accompagne d’évidence et de certitude : je comprends et je sais que je comprends. En géométrie, mais aussi dans les autres formes de compréhension humaine: je « comprends » la peinture de Picasso ou je ne la comprends pas, je comprends la relativité einsteinienne ou je ne la comprends pas. 

    C’est d’ailleurs, du moins on peut l’espérer, ce qui distingue essentiellement l’intelligence humaine de toutes les formes d’intelligence artificielle, si supérieures ces dernières soient-elles à bien des égards. Car on voit mal comment un ordinateur pourrait savoir qu’il sait ni même ce que cela pourrait signifier. 

    Percevoir l’essentiel, ce n’est pas connaître beaucoup de choses. C’est peut-être, au contraire, connaître peu de choses, mais en chacune d’elles faire la part de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas. Et c’est pourquoi souvent, sur le plan du savoir, la profusion conduit à la confusion. 

    C’est que la prolifération des écrits, la multiplication exponentielle des connaissances engendrent, presque inévitablement, un sentiment d’impuissance. Ainsi, nul n’est censé ignorer la loi; nul non plus n’a le temps de la lire. D’où la tentation de décrochage car, comme le notait Richard Joly: « Pour les pauvres bougres de démocrates qui découvrent peu à peu qu’ils ne comprennent pratiquement rien de rien — une énorme population si l’on considère que chacun est toujours l’analphabète de quelqu’un —, le décrochage peut paraître la porte d ’entrée aux refuges du calme et du confort »4

    Et effectivement, s’il s’agit de la quantité de connaissances ou d’informations, chacun de nous ne peut que s’en remettre au jugement « des experts ». On constate alors une double réaction, paradoxale de prime abord, logique cependant. D’une part, les « pauvres bougres », avouant leur ignorance, ne peuvent, en une foi aveugle, que s’incliner face au dire « scientifique » de celui qui se targue de savoir, surtout s’il est présenté comme tel : « lui, y connaît ça... »; d’autre part et d’une même foulée, en ce qui concerne l’opinion de tout un chacun, toutes sont jugées équivalentes par défaut, par défaut de critère s’entend. Et c’est pourquoi, en parallèle au jugement de l’expert et étrangement détaché de celui-ci, comme s’il perdait subitement toute pertinence, n’importe qui se croit habilité à juger de n’importe quoi : le marasme relativiste.

    Par contre, s’il s’agit de la qualité ou de l’intensité de la connaissance assimilée, intégrée, le tableau change. Les opinions, alors, cessent d’être équivalentes et interchangeables, car les unes sont pertinentes, les autres ne le sont pas, la ligne de partage passant par la spécificité des objets discutés. Et ainsi le relativisme se trouve dépassé précisément parce que l’idée distincte, l’« intuition de I’essence », comporte sa propre évidence, entraîne sa propre certitude. 

    On y revient en effet toujours : quand on sait, on sait qu’on sait. 

    Certitude subjective, dira-t-on. Évidemment; en est-il d’autres? 

    Savoir de quoi l’on parle

    Mais au moins sait-on ainsi, avec certitude, si on parle de la même chose ou si on ne parle pas de la même chose. Mais au moins, également, aura-t-on la décence de se taire, si on sait qu’on ne sait pas : que dirais-je de la peinture de Picasso ou de la musique atonale, alors que je n’y « pige » strictement rien ... 

    Mais remarquons qu’en soi, et cela aussi, bien sûr, Aristote l’avait déjà dit, en soi, un concept n’est ni vrai ni faux. Seul, le jugement qui est porté sur un concept pourra, lui, être vrai ou faux. Le concept, cette vision de l’essence, n’est donc pas l’aboutissement de la discussion intelligente, il n’en est que le prérequis, c’est-à-dire la condition nécessaire, non suffisante. 

    Ainsi, si notre concept d’État pose en principe la séparation des pouvoirs, d’autres concepts restent possibles — et certains, peut-être, pourront les préférer. Mais sachons alors que, parlant de l’« État », nous ne parlons plus de la même chose. 

    De même, peut-être une justice « populaire » serait-elle à tout prendre préférable, parce que plus expéditive, qu’une justice qui se veut impartiale et, même peut-être, diront certains, parce que vox populi, vox Dei — mais que l’on sache alors que l’on a changé de justice. 

    Et peut-être, en effet, la théologie de la libération n’est-elle qu’un aspect de la lutte des classes — mais alors qu’elle cesse de s’affubler de ce substantif, désormais ridicule, de théologie qui, vidé de toute substance, ne lui ajoute plus rien. 

    Et finalement, peut-être faut-il rejeter le concept que, du successeur de Pierre, se faisait Newman, concept qui a pour lui une longue tradition, en effet, mais qui fut toujours aussi en butte aux critiques les plus virulentes. Constamment remis en cause, constamment réaffirmé, au moins permettait-il une discussion de fond et qui allait loin, ce que l’anticulture de la confusion intellectuelle ne permet même plus. Et il n’est certes pas impossible que s’affirment d’autres concepts, une multitude d’autres concepts — mais que l’on reconnaisse alors que ces autres concepts ne peuvent signifier cette même Église dont se réclamait — à tort? à raison? — le cardinal Newman. 

    « Mehr Licht », disait Goethe. La clarté est à ce prix... 

     Notes  

    1. L’Analyste, 8, hiver 84-85, « Le coup de pied de l’âne », p. 94.

    2. Ibid., « Accent aigu », p. 92.

    3. Louis Racine, « Contexte ecclésiologique et théologique des textes sociaux des évêques canadiens », in: Les évêques et la crise économique, des universitaires s’interrogent (éd. par G.R. Pelletier et L. Racine, Editions de l’Université de Sherbrooke, 1984, p. 49).

    Il importe peu, ici, de savoir si la théologie de la libération se trouve correctement décrite en ce passage ou si l’auteur ne fait qu’y projeter sa propre conception : d’une manière ou d’une autre, il y a quelque chose qui ne va pas !

    4. Richard Joly, Notre démocratie d’ignorants instruits (Leméac, 1981, p. 173).

     

    La libération des vertus

    Le monde moderne n’est pas méchant; à certains égards il est beaucoup trop bon. Il est rempli de vertus farouches et gaspillées. Quand un certain ordre religieux est ébranlé – comme le Christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des vieilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Nous voyons des savants épris de vérité, mais leur vérité est impitoyable; des humanitaires uniquement soucieux de pitié, mais leur pitié – je regrette de le dire – est souvent mensongère. 

    G. K. Chesterton, Orthodoxie (Éd. Gallimard, coll. « Idées »)

    Source

    L'Analyste, no 10, été 1985, p. 20-22.

    Date de création : 2015-12-18 | Date de modification : 2016-01-08
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