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    L’oubli de la vie. Un livre d’Étienne Groleau lu par Jacques Dufresne

    Jacques Dufresne

    Voici un autre ouvrage québécois de portée universelle. Je me suis souvent demandé si un Québec hypothétiquement séparé du reste du monde, serait assez nourricier pour satisfaire les besoins de l’âme à la fois les plus élémentaires et les plus élevés de sa population, si un tel pays serait viable au plus beau sens de ce terme. En dépit du glissement dans l’orbite américaine et de la dégradation de la langue, je suis plus que jamais tenté de répondre oui.

    Au même moment, le premier trimestre 2018, paraissent quatre livres prouvant que tout ce que le Québec a gagné sur le plan de l’identité depuis 1960, se traduit par un souci tout naturel des grandes questions : L’art de rater sa vie de Simon Nadeau, L’oubli de la vie d’Étienne Groleau, La perte et l’héritage de Raphaël Arteau McNeil, Hegel de Jean-Luc Gouin. J’ai déjà commenté le premier dans cette Lettre. Je vous parle aujourd’hui du second. Il sera question des troisième et quatrième dans la prochaine Lettre.

    L’oubli de la vie, de l’affectivité, de la subjectivité, au profit de la raison, de la science, de l’objectivité. Ce thème n’est pas nouveau, on se demande même comment Étienne Groleau a pu oser l’aborder après Nietzsche, Klages, Bergson, Scheler, Unamuno, Thibon, Marcuse, Illich, Postman et tant d’autres. Il le fait pourtant avec aplomb, sous un angle, celui de la parodie, qui en plus d’introduire une note originale dans ce grand débat, coïncide avec l’un des signes de notre temps, particulièrement manifeste au Québec : l’humour cynique.

    La vie, quelle vie? Celle qui est analysée dans les manuels de biologie, de science de la vie justement? Étienne Groleau n’utilise jamais le mot vie dans ce sens, ni d’ailleurs dans le sens aussi commun de durée, comme dans l’expression espérance de vie. Il y a, dit-il en s’inspirant d’Hannah Arendt et d’Eddington, autant de différence entre cette vie mesurable et la vraie vie qu’entre le numéro de téléphone et l’abonné1. C’est l’abonné qui l’intéresse et lui seul. Il fait ainsi preuve d’un solide réalisme, mais aussi d’un quant à soi très quichottesque, car il renverse l’ordre établi depuis des siècles. Il affirme que l’abonné et sa subjectivité est le lieu premier de la vérité et que le numéro et son objectivité n’en est qu’un produit dérivé abstrait, si utile qu’il puisse être.

    Descartes, et bien d’autres philosophes, anciens et modernes, avaient-ils donc tort quand ils soutenaient que les sens et par suite les sentiments nous trompent ? Étienne Groleau leur préfère Michel Henry, un philosophe français encore trop peu connu, vers lequel nous devrons tous nous tourner si nous voulons éviter que notre conscience, nos émotions, nos sentiments ne se réduisent bientôt aux déclics programmés du robot.

    Pour éviter cette catastrophe anthropologique, il faut faire passer le centre de gravité de la vérité de l’objectivité de la science à la subjectivité de la vie. Je sens, donc je vis, je vis donc je suis, dit en substance Michel Henry. Par je sens, il faut entendre, j’éprouve des sentiments, lesquels dans leur immédiateté première sont toujours vrais. Les rayons dorés du soleil couchant ont beau pouvoir être réduits à des longueurs d’onde, le sentiment qu’éprouve en les voyant celui qui ignore tout des longueurs d’onde est aussi vrai que celui du physicien, il est même plus vrai, car le physicien est plus susceptible de tomber dans l’erreur de « voir ce qu’il pense plutôt que de penser ce qu’il voit » (Bergson). «La véritable image du monde n’est-elle pas celle qui entre en nous par le regard ?» (Klages)

    Étienne Groleau cite Michel Henry à ce propos :« L’illusion ou l’erreur se trouve toujours hors du sentiment dans l’interprétation que s’en donne la pensée. Ce qu’on appelle des sentiments faux ou illusoires sont des sentiments mal compris »2 Le commentaire que cette citation inspire à Étienne Groleau est le cœur (nous sommes dans l’affectivité) de son livre : « Nous approchons ici de la solution aux problèmes de la modernité, de la possibilité d’enfin dépasser le relativisme et le nihilisme. En l’affectivité se trouve la première pierre de touche, la première vérité. L’intériorité, la vie, l’ego affectif, l’affectivité, l’auto-affectivité, peu importe le nom qu’on lui donne, offre une connaissance absolument certaine parce qu’elle est directe et sans intermédiaire. L’affectivité nous ouvre un accès privilégié à l’être. »3

    Cœur du livre certes, mais le cœur est fragile. Qui peut tracer une ligne de démarcation entre le sentiment premier, pur, sans intermédiaire, intérieur et le sentiment falsifié par les bruits de l’extérieur ? Quand on s’engage dans cette voie, on s’engage aussi, pour accéder à la vérité, à substituer aux preuves de la science les épreuves de la vie personnelle : toutes les formes d’ascèse et de lucidité permettant de libérer l’espace intérieur des bruits imposés de l’extérieur et de le rendre transparent.

    D’où le sous-titre du livre : Critique de la raison parodique. Aux yeux d’Étienne Groleau, la parodie, devenue l’un des traits dominants de la modernité, est à l’origine de l’oubli de la vie. La parodie c’est la compensation de celui qui conserve l’appel à la vie tout en éprouvant le sentiment de l’impuissance à la vivre authentiquement. Il en est alors réduit à la mimer en la caricaturant. « Je m’efforce de ne pas mépriser ce à quoi je n’ai pas accès » , disait, je le cite de mémoire, Albert Camus. Le parodieur, si l’on me permet ce néologisme, est incapable de cette noblesse. Il dénigre ce à quoi il n’a pas accès, avec l’illusion d’y accéder à peu de frais; il est l’homme du ressentiment.

    Ressentiment. Dès les premières lignes de l’excellente préface de Thomas de Koninck, je m’attendais à voir surgir une allusion à ce mensonge à soi-même si bien analysé par Nietzsche, Klages et Scheler. Cela, il me semble, aurait aidé l’auteur à mieux circonscrire l’idée de parodie. Qu’importe, son propos était déjà très englobant, comme le montre cette citation que personne ne trouvera trop longue.

    « Je propose ici d’examiner cette problématique de la modernité en dirigeant notre regard vers ce qui m’apparaît être le mécanisme responsable de la dégradation de l’humanité. Ce mécanisme est celui de la parodie qui produit des imitations de surface en éliminant ce qui est profond. À partir de la modernité, la parodie déborde son cadre de simple genre littéraire pour s’élever au niveau d’un paradigme philosophique. Le noble désir d’émancipation de la raison se double, dès le départ, d’un recul proportionnel sur le plan de l’affectivité, vidant l’homme de sa profondeur et le laissant perdu dans une mer d’indifférence. Cette déshumanisation, cette barbarie, s’est exacerbée au cours des derniers siècles pour devenir notre manière de vivre. Aujourd’hui, la parodie est partout. Nous sommes les descendants de Don Quichotte. Trop conscients du vide de l’existence, déçus par un monde qui nous coupe de notre propre affectivité, nous choisissons de fuir dans l’imaginaire. Nous préférons la fiction au réel. Télévision, cinéma, théâtre, littérature, etc., les échappatoires ne manquent pas. Nous observons des personnages fictifs pour découvrir comment nous devons vivre. L’art peut être une formidable porte d’entrée dans une réalité renouvelée, mais face au règne du spectacle, les individus deviennent si impuissants qu’ils n’arrivent plus à désirer par eux-mêmes. Plus que jamais auparavant, ils ont besoin d’être éveillés. »4

    Ici et dans d’autres passages du livre, on se prend à regretter qu’Étienne Groleau n’ait pas au moins évoqué quelques-uns des nombreux auteurs qui l’ont précédé dans ce type d’analyse, par exemple, Guy Debord, dans Le monde du spectacle, Daniel Boorstin dans L’image, Neil Postman dans Se distraire à en mourir, Gustave Thibon dans Diagnostics, dont voici un extrait :

    « L'homme est de plus en plus débordé d'excitations et de plus en plus séparé des sources cosmiques et spirituelles de la richesse intérieure. Il n'a plus d'âme à prêter aux réactions innombrables que l'ambiance lui arrache : tiraillé, sollicité en tous sens, il se réfugie sur le seul plan où ses capacités de réaction soient presque indéfinies: celui de l'automatisme et du rêve. Là, il est inépuisable en réactions vides et frelatées comme la planche à billets est inépuisable en fausse monnaie ! L'automatisme résorbe son travail, et ses affections, ses joies, ses passions prennent la pâleur, la mobilité, la légèreté du songe. À ce degré, on peut se disperser presque sans limite, vibrer à tous les souffles, servir d'écho à tous les bruits. L'activité extérieure et les sentiments ne comportent plus cet engagement profond, ce don épuisant de tout l'être, propres à l'action authentique, à l'action humaine. »5

    Étienne Groleau a préféré s’arrêter à des preuves de l’affectivité par l’absence, tirées de textes de Camus, de Kafka et de Kundera et, au début de la modernité, à Don Quichotte, à ses yeux, le type même du parodieur : n’ayant pas accès à l’esprit de la chevalerie, idéal de son enfance, il consacre sa vie à le caricaturer. Sans doute est-ce là la raison pour laquelle, y compris sur la page titre du livre, on représente Don Quichotte et Sancho par des caricatures. Cet exemple du parodieur inaugurant la modernité est d’autant mieux choisi que Don Quichotte est aussi celui qui a annoncé l’avènement du self made man en déclarant que « chacun est le fils de ses œuvres, » plutôt que de son père et de sa lignée.

    Mais Don Quichotte est-il d’abord un parodieur? Il est aussi l’incomparable, c’est même là son titre de noblesse. Il sait qui il est : yo se quien soy. Il suit son chemin vers Dulcinée sans attacher la moindre importance aux moqueries dont il est l’objet. Son quant-à-soi l’emporte sur tous les qu’en dira-t-on dont il est accablé. Ce par quoi il est aux antipodes du parodieur contemporain, lequel s’abîme dans le mimétisme par conformisme.

    Pour ce qui est de l’incomparable Don Quichotte, la source d’inspiration d’Étienne Groleau est Las meditaciones del Quijote d’Ortega y Gasset. Excellente source. Et comme Don Quichotte n’est pas le sujet du livre, l’auteur n’était pas tenu de chercher d’autres sources. Je regrette tout de même, pour des raisons personnelles, qu’il n’ait pas tenu compte du livre de Miguel de Unamuno : La vie de Don Quichotte et Sancho. Ce livre m’apparaît sinon un chef-d’œuvre comparable à celui de Cervantès, du moins comme un complément nécessaire. Il aurait dans ce livre trouvé une confirmation de sa propre thèse : «Chose terrible que la moquerie! On dit que par moquerie, mon Don Quichotte, fut écrite ton histoire, pour nous guérir de la folie de l’héroïsme; et on ajoute que la raillerie atteignit son but. Ton nom est devenu pour beaucoup le résumé de toutes les moqueries et sert à exorciser les héroïsmes et à rabaisser les grandeurs. Et nous ne retrouverons plus notre valeur d’autrefois tant que nous ne changerons pas en réalité la moquerie et ne ferons pas les Quichottes très au sérieux. »

    Unamuno aurait aussi donné à notre auteur l’occasion de découvrir une autre parodie prophétique, celle de la nièce de Don Quichotte, cette ménagère qui rangerait Dieu même, qui aurait, si elle l’avait pu, confiné l’hidalgo à son arrière-cuisine et qui sème ainsi, par la négative, le germe de la femme qui pousse l’homme vers la perfection et aura peut-être un jour ses propres idéaux, ses propres aventures6.

    Étienne Groleau retrouve l’inspiration d’Unamuno quand il évite le piège d’une opposition radicale, manichéenne, entre la raison et la vie. En faisant appel au logos des Grecs pour relier la vie à la raison, il remet les choses dans le bon ordre. En font foi les passages suivants qui nous donnent l’occasion d’admirer la qualité et la clarté du français d’Étienne Groleau :   

    « La sagesse de la philosophie ne se trouve ni dans l’affectivité ni dans la raison, mais dans le logos. Il est donc important de distinguer la simple raison instrumentale, mécanique, du logos dans ce qu’il a de plus grand. Nous utilisons habituellement le terme « raison » pour traduire ce terme grec. Mais pour les Grecs, le logos avait plusieurs significations : raison, logique, discours, parole, langage tant écrit que parlé. Le terme « raison » quant à lui nous vient du latin ratio et ne renvoie, étymologiquement, qu’à l’idée de proportion géométrique et donc de calcul chiffré. Traduire logos par « raison », c’est donc le réduire à un seul de ses aspects, à la pure logique, aux mathématiques. La raison que nous avons jusqu’ici opposée à l’affectivité n’est en réalité que la ratio, c’est elle qui expose le monde dans une clarté représentative. Cette raison nous permet de vérifier, à l’infini, l’adéquation de nos connaissances à la réalité extérieure. L’affectivité nous offre une tout autre expérience de la réalité en nous donnant des fins, des désirs, toute une gradation de sensations qui nous dirigent finalement vers le bien. […]

    « Il n’est donc pas si étonnant de voir Michel Henry accorder à l’affectivité son logos propre, logos pré-langagier et donc plus fondamental que la raison elle-même. L’affectivité n’est pas incohérente, ou chaotique, au contraire, elle possède sa propre logique. C’est pour cela que Pascal affirmait :’’ Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.’’ »[…]

    « La clarté de la raison ne peut atteindre l’évidence de l’affectivité, mais le dialogue entre les deux est toujours possible. Le logos est un pont entre ces deux modes de connaissance. C’est lui qui doit maintenir l’équilibre entre l’affectivité et la raison, non pas en les réduisant à une simple égalité, mais en les conservant avec justice et équité dans leur rôle respectif. »7

    Le pont entre ces deux modes de connaissance, n’est-ce pas aussi l’art, la musique en particulier : « Il est difficile, voire impossible, de traduire en mots ce que la musique communique pourtant aisément, non pas clairement, mais en toute évidence. Et cela est vrai de toutes les formes d’art. L’art est l’expression de l’affectivité, la parole qui désensorcelle : ‘’ Voilà pourquoi, enfin, toute oeuvre d’art se propose à nous comme une énigme, un mystère plein de sens, parce que, par la racine de son être, elle renvoie, à travers ce qui est là, à une absence essentielle, dont nous savons cependant, par ailleurs, ce qu’elle est, en tant que nous le sommes nous-mêmes, en tant que nous non plus nous ne sommes rien du monde, en tant que nous sommes des vivants.’’ »8

    Je ne résiste pas en conclusion au plaisir de souligner quelques liens entre L’oubli de la vie et les trois autres livres dont j’ai donné les titres au début de cet article. Dans L’art de rater sa vie, Simon Nadeau raconte une sortie de la caverne qui est aussi une sortie de la parodie. Quiconque n’a pas été initié aux chefs-d’œuvre de la littérature ne peut rien comprendre au livre d’Étienne Groleau. Ce qui donne raison à Raphaël Arteau McNeil, quand, dans La perte et l’héritag, il préconise le retour à l’initiation aux chefs-d’œuvre.  Quant au Hegel de Jean-Luc Gouin, la raison du cœur en est le cœur justement.

    Notes

    1 Etienne Groleau, L’oubli de la vie, Montréal, Liber, 2018, p. 127

    2 Ibid., p. 106

    3 Ibid., p. 107

    4 Ibid., p. 23

    5 http://agora.qc.ca/documents/sentiment--vie_urbaine_et_surmenage_affectif_par_gustave_thibon

    6 Voici une page mémorable de ce livre:

    «Tandis que Sancho se querellait avec sa femme, Don Quichotte disputait avec sa gouvernante et sa nièce, obstacles domestiques à son héroïsme.

    «Et le chevalier dut entendre une gamine comme sa nièce, qui savait à peine manier douze fuseaux de dentelle, oser nier qu’il y eût jamais eu chevaliers errants dans le monde. Triste chose que d’entendre dans sa propre maison et des lèvres d’une gamine, qui les répète par cœur, les sottises de la foule. 

    Et songer que cette gamine d’Antonia Quijana domine et conduit aujourd’hui les hommes en Espagne! Oui, c’est cette gamine effrontée, cette petite poule de basse-cour, aux ailes courtes et picoteuse, c’est elle qui étouffe tout héroïsme naissant.

    Et si toi-même, valeureux Don Quichotte, tu te laissas convaincre, quoique seulement de parole et d’une façon passagère, par cette chatte domestique, comment s’étonner qu’elle soumette à sa sagesse de cuisinière ceux qui la cherchent pour perpétuer en elle leur race? Elle, la niaise, ne comprend pas qu’un vieillard puisse être vaillant, un malade avoir des forces, un homme accablé par l’âge redresser des torts, et surtout elle ne comprend pas qu’un pauvre puisse être chevalier. Et, quoique niaise, et ménagère, et aussi bornée de cœur que de tête, si elle s’attaque à toi, son oncle, comment ne s’attaquerait-elle pas à ceux qui la recherchent comme fiancée et la possèdent comme maris? »  

    Source : http://agora.qc.ca/documents/en_marge_du_don_quichotte

    Unamuno connaissait Nietzsche et ne l’aimait pas, mais il partageait sa lucidité. Antonia Quijana est la mère du dernier homme, «celui qui a trouvé le bonheur et qui cligne

    7 Étienne Groleau, op.cit., p. 114

    8 Ibid., p. 118  

    Date de création : 2018-03-26 | Date de modification : 2018-03-31
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