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    Dossier: Francophonie

    L’enfance d’un peuple : quand Lucien Bouchard se souvient d’Henri Bourassa

    Jacques Dufresne

    En marge du débat sur la francophonie canadienne

    Est-ce une pure coïncidence ? Aux funérailles de Bernard Landry, le 13 novembre 2018, Lucien Bouchard a fait allusion à un discours d’Henri Bourassa prononcé en 1910, à l’occasion du Congrès eucharistique mondial, en réplique à une thèse soutenue par l’archevêque de Westminster, Mgr Francis Bourne selon laquelle, pour convertir les immigrants, l’Église catholique de tout le Canada devrait faire de l’anglais sa langue d’usage. Quel est le poids et le sens de ce passé dans le contexte actuel?

     
    « Le moyen âge a fait la Gaule.[…] En se rappelant cette vérité historique le Canadien français aimera alors le moyen âge, comme il aime son enfance.» [1]Benoît Lacroix

     

    Les funérailles d’État de Bernard Landry furent des funérailles d’éclat. Quand donc avons-nous eu l’occasion au Québec d’entendre une longue série de discours d’un niveau si élevé? On avait le sentiment que tous les orateurs voulaient se mettre, par la parole, à la hauteur de l’homme désormais réduit au silence, au risque d’offrir un spectacle qui paraîtrait suranné à certains. Dans cette basilique cathédrale, on se souvenait d’Henri Bourassa et derrière lui de Bossuet : les twits faisaient place à des mots justes et à des phrases bien construites. Mais les passés se succèdent. Dans le discours de Djemila Benhabib, consacré aux Lumières, l’ombre de Voltaire plana un moment sur le recueillement général., « L’ennui, dit-elle, naquit un jour de l’immobilité », subtile allusion à la diversité au moyen du vers français le plus souvent cité, « l’ennui naquit un jour de l’uniformité », mais dont plusieurs ignorent encore l’auteur, Antoine Houdar de la Motte (1672-1731).[2]

    Le Premier ministre Lucien Bouchard avait eu auparavant l’heureuse idée d’évoquer le célèbre discours qu’Henri Bourassa, le fondateur du journal Le Devoir, prononça dans la même église, en 1910, à l’occasion du Congrès eucharistique mondial. Bernard Landry, rappela-t-il, pouvait réciter de longs passages de ce discours, auquel nous devons peut-être pour une bonne part de parler encore français au Québec et dans l’ensemble du Canada. Rappel opportun au moment où les événements de l’Ontario donnent tout son sens au nationalisme canadien d’Henri Bourassa.

    « La scène est bien connue, et nous ne nous y attarderons pas beaucoup, écrit l’historien Guy Laperrière, rappelons l’essentiel des déclarations. Mgr Francis Bourne, archevêque de Westminster qui, avant le congrès, a visité tout le Canada, et l’Ouest en particulier, explique que si l’Église catholique veut gagner les immigrants, « cela ne s’accomplira qu’en faisant connaître à une grande partie du peuple canadien, dans les générations qui vont suivre, les mystères de notre foi par l’intermédiaire de notre langue anglaise. » La réponse de Bourassa est bien connue : « La meilleure sauvegarde de la conservation de la foi chez trois millions de catholiques d’Amérique, qui furent les premiers apôtres de la chrétienté en Amérique, la meilleure garantie de cette foi, c’est la conservation de l’idiome dans lequel, pendant trois cents ans, ils ont adoré le Christ. » [3]

    Par cette référence à Henri Bourassa, Lucien Bouchard achevait cette révolution tranquille dont il fut, comme Bernard Landry, l’un des grands artisans. Il l’achevait non par un impossible retour en arrière, mais par une courageuse reconnaissance d’une continuité entre le Québec d’hier et celui d’aujourd’hui. Courageuse ? Mais où est le courage dans le fait de rappeler si opportunément un fait majeur de notre histoire? Il consiste pour notre peuple à surmonter la honte d’avoir eu une enfance.

    Une honte qui va jusqu’au déni : oublions ce passé, faisons comme s’il n’avait pas existé! Les Français ont mis plusieurs siècles à se réconcilier avec leur Moyen Âge et il leur a fallu pour cela le génie de Chateaubriand plus celui de Victor Hugo, eux-mêmes portés par une vague romantique touchant toute l’Europe. Aujourd’hui les lumineuses cathédrales de cette période réputée obscure attirent l’attention du monde entier et apportent au pays des avantages matériels non négligeables. Tout se passe comme si la foi des constructeurs, démente à nos yeux, était devenue, toujours selon nos critères le meilleur investissement qu’on puisse imaginer. Notre industrie musicale elle-même y a trouvé son compte. Bel exemple de développement durable en outre et de commerce de proximité.

    Apparition de ces corporations d’artisans (sauf erreur, il en subsiste encore en Angleterre) qui auraient pu agrandir leur maison plutôt que de construire des cathédrales pour leur Dieu, des palais pour leurs évêques, des châteaux pour leurs seigneurs. Les hommes de la Renaissance avaient leurs raisons de tourner le dos au Moyen Âge. Il n’est pas question ici de dégager le sens de l’histoire en quelques paragraphes, mais de rappeler que notre seule présence dans le monde, alors que tant de lignées ont disparu, doit nous inspirer pour l’enfance de notre peuple au moins assez de respect pour désirer la connaître et la comprendre.

    Cette enfance est parfaitement illustrée par la Basilique Notre-Dame de Montréal, construite entre 1824 et 1829, et par le discours qu’y prononça en 1910 Henri Bourassa : :1829, c’est soixante- dix ans seulement après 1759, moment où notre population se limitait à 60 000 sur l’ensemble du territoire. En France, à Amiens et à Chartres au XIIIème siècle, quelques milliers d’habitants construisirent une majestueuse cathédrale où chacun a prêté son visage à un saint ou une sainte. Tout cet art parce que l’inspiration, partagée par toute une communauté pouvait, pour s’accomplir, tirer profit de l’énergie libérée par de meilleurs rendements dans la production du blé. Le ratio art/ressource n’a-t-il pas été le même dans notre propre Moyen Âge ?

    Au rythme où les églises de Montréal sont transformées en condos, que deviendra la Basilique dans dix ans? Dans quel crématorium nos funérailles d’État auront-elles lieu? Sujet auquel il nous faudra revenir. Je veux plutôt mettre l’accent sur le fait que notre dette à l’endroit de notre Moyen Âge est au moins aussi grande que celle de la France à l’endroit du sien. Nous avons déjà évoqué la défense de la langue française. Voici un autre passage du discours d’Henri Bourassa qui mérite toute notre attention. Ne nous laissons pas distraire par une fierté naïve pouvant ressembler à de l’inflation verbale,.

    « Que l'on se garde, oui, que l'on se garde avec soin d'éteindre ce foyer intense de lumière qui éclaire tout un continent depuis trois siècles; que l'on se garde de tarir cette source de charité qui va partout consoler les pauvres, soigner les malades, soulager les infirmes, recueillir les malheureux et faire aimer l'Église de Dieu, le pape et les évêques de toutes langues et de toutes races (acclamations prolongées).

    "Mais, dira-t-on, vous n'êtes qu'une poignée; vous êtes fatalement destinés à disparaître; pourquoi vous obstiner dans la lutte" (mouvement)? Nous ne sommes qu'une poignée, c'est vrai; mais ce n'est pas à l'école du Christ que j'ai appris à compter le droit et les forces rn orales d'après le nombre et par les richesses (longues acclamations). Nous ne sommes qu'une poignée, c'est vrai; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre (ovation). »

    Allons tout de suite à l’essentiel, la charité et demandons-nous si, à défaut de cette vertu appelée aujourd’hui solidarité, l’accès aux soins de santé et à l’enseignement supérieur ne serait pas devenu aussi ruineux pour nos familles qu’il l’est aux États-Unis ? Et quelle maîtrise aurions-nous de notre économie sans le mouvement coopératif, autre forme prise ici par la charité?

    Nous n’étions qu’une poignée. L’évangile en effet n’est pas majoritaire. « Quand vous serez réunis quelques-uns en mon nom... » Qui sait si l’accent mis sur la commune inspiration de quelques-uns plutôt que sur la force du nombre ne serait pas la cause profonde de notre étonnante résilience, de village en village ?

    Mon nous me vaudra peut-être le reproche de sombrer dans le nationalisme ethnique. Qu’on se rassure, mon horloge s’est arrêtée en 1910. Mais pour pouvoir pratiquer un jour un nationalisme inclusif, encore fallait-il que nous survivions et que nous ayions quelque-chose d’essentiel à offrir à nos invités : cet essentiel ne serait-il pas les restes de notre charité ?

    Et de ce sens du devoir dont il a été souvent question aux funérailles de Bernard Landry? Henri Bourassa a fondé le journal Le Devoir, en 1910 justement, et lui a donné cette devise, effacée depuis : « Fais ce que dois ». Faut-il en conclure qu’il n’attachait pas d’importance aux droits? Dans le discours de Notre-Dame, le mot devoir revient six fois, le mot droit quatorze fois. Peut-être avons-nous là une autre leçon à tirer de ce père de notre peuple enfant : un droit respecté n’est jamais qu’un devoir accompli.



    [1] Benoît Lacroix, Pourquoi aimer le moyen âge, L’œuvre des tracts, Montréal, mars 1950

    http://collections.banq.qc.ca/bitstream/52327/2241243/1/77014.pdf

     

    Un extrait :

    « Le moyen âge est en nous et plus encore que nous ne pouvons le soupçonner. […] En faisant l'Europe, le moyen âge a fait la Gaule. C'est même elle qui pendant longtemps l'a surtout caractérisé. En se rappelant cette vérité historique le Canadien français aimera alors le moyen âge, comme il aime son enfance, c'est-à-dire comme un temps où il a vraiment senti la joie de vivre et d'espérer, le bonheur de la découverte et la hantise de l'exploration dans l'inconnu.[…]

    Le moyen âge est en chacun de nous, et nous ne nous en écartons pas en l'oubliant, pas plus que nous ne l'effaçons en l'ignorant. Le moye n âge est fortement inscrit en tout Canadien français dont les ancêtre s remontent au régime français. Le caractère robuste et tendre à la fois de nos paysans, leur force physique qui fait échec à une extrême sensibilité; tout ce qui relève de leur vie sociale; par exemple , la politesse un peu prétentieuse parfois et souvent rituelle de plusieurs de nos bonne s gens, résidu des vieilles habitudes de cours et de la chevalerie, ces qualités d'ordre et de mesure , ce besoin d'équilibre au sein même de l'ardeur, cet idéalisme foncier; ce goût aussi pour les idées, pour la logique, pour la dialectique, qui se transpose dans les conversations les plus ordinaires, dans les discussions et dans les débats politiques, tout cela est médiéval d'abord. Quand je lis par exemple cette définition du prud'homme :

    Tan t est prud'homme, si com semble

    qui a des deux choses ensemble

    Valeur de corps et bonté d'âme,

    comment oublierais-je alors tout ce qui caractérise et marque le Canadien français comme type spécial d'homme ? »

     

    [2] Plaisir de lire

    C’est un grand agrément que la diversité.

    […]Donnez le même esprit aux hommes ;

    Vous ôtez tout le sel de la société.

    L’ennui naquit un jour de l’uniformité.

    Antoine Houdar de la Motte – Fables nouvelles, 1719

     

    [3] https://www.erudit.org/en/journals/ehr/2011-v77-ehr052/1008395ar.pdf

     

    Date de création : 2018-11-30 | Date de modification : 2018-11-30
    Informations
    L'auteur

    Jacques Dufresne
    Mots-clés
    Francophonie canadienne, Henri Bourassa, Lucien Bouchard, Moyen Âge
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