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    Dossier: Etats-Unis

    César Trump

    Jacques Dufresne

    Même si Jules César et Donald Trump n'avaient en commun que de nous rappeler, par leur apparition dans l'histoire, la fragilité des institutions républicaines dans des empires qui paraissent solidement établis, il vaudrait la peine de les comparer.

     

    La république américaine apparaît aujourd’hui comme une institution encore solide, ainsi en était-il de la république romaine au milieu du ler siècle avant Jésus-Christ : 450 ans après sa fondation elle s’était montrée assez forte pour survivre à une guerre civile d’une extrême violence. N’eût été de Jules César, peut-être aurait-elle duré encore deux ou trois-cents ans. Mais César vint et il put dire : Veni, vidi, vici. C’est le sénat lui-même, un sénat réduit à un rôle consultatif, qui le nomma dictateur à vie. C’est en s’appuyant sur le peuple, contre les aristocrates corrompus du Sénat, qu’il en devint le maître absolu. Aux États-Unis, en ce moment, Donald Trump cajole le peuple, l’armée et lui-même. Le fait-il dans la même intention que César? C’est ce que nous verrons.

    «Cas exemplaire d’acuité intellectuelle, voilà ce qu’est César.» selon Ortega y Gasset. Par comparaison, Donald Trump apparaît comme un bavard qui va répétant de ville en ville les mêmes promesses irréalistes. Il n’empêche que son intuition centrale ressemble à celle de César : des victoires, de nouveau l’expansion. Je cite toujours Ortega y Gasset : « Tandis que personne autour de César n’aperçoit que problèmes sans solutions, lui voit la solution, claire, lumineuse, féconde, surgir tout simplement de la rigoureuse compréhension de ce qu’était la société romaine d’alors, ce qu’elle pouvait et ne pouvait être. Comme presque toutes les grandes solutions, celle-là avait un air de paradoxe. Les maux de Rome – tout le monde en convenait – tiraient leur origine de la fabuleuse expansion qu’avait atteinte la puissance romaine. C’est pourquoi les conservateurs s’opposaient à tout nouvel accroissement de cette puissance. La solution de César – une expérience millénaire l’a corroboré – était exactement l’inverse : l’extension sans borne […].»1

    J’ai failli m’abstenir d’écrire cet article par crainte de ternir la mémoire de Jules César en l’associant aux faits et gestes de Donald Trump. La tentation est devenue irrésistible quand j’ai lu ce passage dans mon histoire de Rome préférée :«César fut chauve de très bonne heure et comme il en avait très honte, il s’efforça de ramener ses cheveux de la nuque presque sur le front perdant bien du temps à chaque matin à cette opération compliquée.»1

    Aucune femme ne résistait à celui qui laissera son prénom en partage aux amants les plus virils de l’Occident : Jules. Il en a épousé quatre et séduit une infinité. Donald n’en a épousé que trois, mais selon son propre témoignage (I cherish women!), il en a chéri plusieurs.
    Jules attachait la plus grande importance à l’armée et aimait les victoires. Donald est son disciple sur ce plan : il a sûrement vu un épisode de la guerre des Gaules à la télévision, cette télévision qui de son propre aveu, est son unique source d’information en politique internationale. Il a toujours été si sûr de ses victoires futures qu’il les a célébrées à l’avance en construisant partout des tours portant son nom. Dans notre monde du spectacle, n’est-il pas dans l’ordre des choses que la représentation précède ainsi le fait? Voilà l’essence de ce héros de studio.

    Les causes semblables produisant des effets semblables, on pouvait présumer qu’un jour, aux États-Unis, un homme puissant tenterait de s’élever au-dessus des partis et des institutions républicaines. Donald est républicain un jour, démocrate le lendemain. Il ne néglige aucune occasion de mettre en relief l’incompatibilité entre le bon sens et les principes de la constitution : «Une Mexicaine traverse la frontière un matin et le soir elle met au monde un enfant qui sera à la charge des États-Unis pendant 80 ans.» (Sic)

    César représentait le parti populaire tout en étant d’une noblesse qui lui donnait accès au Sénat. Donald flatte le citoyen silencieux et s’engage à parler en son nom mais il ne néglige aucun exercice de mémoire pour évoquer la dynastie à laquelle il appartient : grand-père venu d’Allemagne etc.

    À Rome, à la fin de la République, le fossé se creusait entre un Sénat corrompu et impuissant et un parti populaire qui réclamait de nouvelles victoires et une plus grande part du butin de guerre.


    César a fondé le premier journal les Acta diurna pour mettre le peuple dans son jeu et réduire l’importance du Sénat. Donald est devenu une vedette de la téléréalité dans le même but.

    César a été pauvre, mais Crassus, son complice banquier, étant l’un des hommes les plus riches de Rome, César bénéficiait au plus haut point du prestige de l’argent. Voilà où la ressemblance entre les deux devient vraiment frappante. Étant richissimes l’un et l’autre, Jules et Donald paraissent, aux yeux des gens, immunisés contre la corruption.

    La république romaine a vécu 500 ans, la république américaine n’en est qu’à son troisième siècle. Il est fort peu probable que Donald Trump fonde l’empire américain en 2016, mais il y a déjà des leçons à tirer de son actuelle ascension du Capitole. Quand, dans un pays, l’écart entre la petite minorité riche et la majorité s’accroît, il en résulte dans la population un sentiment d’injustice qui s’accompagne d’un mépris croissant pour les institutions politiques qui ne parviennent pas à régler le problème. À défaut de pouvoir miser sur un sursaut de solidarité nationale pour réduire les inégalités, on en est alors réduit soit à miser sur le butin de victoires militaires, soit à prélever plus que sa juste part de la richesse commune et, dans le même esprit, à hypothéquer l’avenir de la planète à son profit plus que la justice ne le permet. Donald reproche aux États-Unis de ne pas avoir rapatrié plus de butin de ses récentes victoires militaires et promet en conséquence de s’approprier le pétrole de l’Iraq et les minéraux de l’Afghanistan, mais de toute évidence de telles mesures ne suffiraient pas, même si elles étaient appliquées efficacement. Il ne resterait alors qu’une solution : une politique de conquêtes cynique accompagnée d’une spoliation accrue de la «Maison commune» (Pape François). Trump aura sa première victoire à Paris en novembre si les États-Unis refusent d’user de leur influence pour accroître l’égalité dans la Maison commune.

    1-Le spectateur tenté. Traduction de M. Pomès. Paris, Plon, 1958, p. 274-275.
    2-Indro Montanelli,Histoire de Rome, Livre de Poche, Paris 1959, p.229

     

     

    Date de création : 2015-08-29 | Date de modification : 2015-08-30
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    L'auteur

    Jacques Dufresne
    Extrait
    Trump aura sa première victoire à Paris en novembre si les États-Unis refusent d’user de leur influence pour accroître l’égalité dans la Maison commune.
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