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    Lovelock James

    James Lovelock est un spécialiste de la science de l'atmosphère. Il vit et travaille au fond de la campagne anglaise. Ses dons pour les découvertes aux conséquences lointaines lui permirent d'inventer un détecteur d'électrons qui peut tenir dans la paume de la main et grâce auquel on peut détecter des substances chimiques de fabrication humaine en doses infinitésimales. À la fin des années 1950, cet appareil a été utilitsé pour démontrer que presque tous les êtres vivants de la planète contenaient des résidus de pesticide, depuis les pingouins de l'Antartique jusqu'au lait maternel aux États-Unis. Ce sont ces observations qui fournirent à Rachel Carson les données de base de Silent Spring, le livre qui a ouvert le nouveau testament de l'écologie et qui a été à l'origine de la campagne internationale pour le bannissement du DDT.

    À la fin de la décennie 1960, Lovelock a fait le voyage de l'Angleterre à l'Antartique, où, grâce à son détecteur, il découvrit l'omniprésence des CFCs (chlorofluorocarbones), gaz de fabrication humaine qui s'attaquent à la couche d'ozone. C'est en tant qu'auteur, avec Lynn Margulis, de L'hypothèse Gaia, que Lovelock est le plus connu.

    Biographie

    James Lovelock est l'un des savants contemporains chez qui les deux regards sur la vie, le regard analytique et le regard intuitif s'harmonisent le mieux. Son sens de l'analyse lui a permis d'inventer l'appareil ultra sensible grâce auquel on peut mesurer les traces infinitésimales de chloroflurocarbones dans l'athmosphère. Sans cet appareil, nous ne saurions pas que la couche d'ozone est menacée. Son sens de la contemplation apparaît dès qu'il parle de ses choix personnels.

    Le regard analytique et le regard intuitif sur la vie ne peuvent s'harmoniser dans un même être que dans la mesure où le premier est subordonné au second. C'est du second, et notamment du sentiment de beauté et de compassion qu'il enferme, que découle le sens de la totalité de même que celui des équilibres et de la limite. Le regard intuitif est la condition de la sagesse sans laquelle le regard analytique peut conduire à des excès suicidaires. L'analyse des phénomènes donne de la puissance sur eux, elle permet de dominer la nature, mais elle n'enferme aucune indication quant aux limites qu'il convient d'assigner à cette puissance.

    Lovelock aurait pu intituler son premier livre L'hyopothèse Lovelock, ou L'hpypothèse biogéochimique, plutôt que L'hypothèse Gaia. Il aurait peut-être eu ainsi plus de succès auprès des scientifiques, lesquels semblent avoir voulu fuir la foule des écologistes radicaux et des adeptes du Nouvel Age attirée par Gaia. À une question que lui a posé Lawrence E. Joseph à ce propos, il a répondu, après avoir reconnu qu'un titre comme L'hypothèse biogéochimique aurait eu un effet moins dissuasif sur les scientiques, " Je ne regrette pas d'avoir choisi Gaia. Ce titre m'a été suggéré par William Golding, prix Nobel de littérature et auteur de Lord of the Flies. Gaia évoque l'aspect intuitif de la science aussi bien que l'aspect rationnel. Il transforme une théorie en un présence personnelle, plus accessible au non-scienfitique. Vaclav Havel, considéré comme un saint parmi les intellectuels ici en Europe, a adhéré philosophiquement à Gaia.

    Il n'empêche que la bataille a été violente.« J'ai consacré la plus grande partie de ma vie à Gaia, finançant moi-même la plus grande partie de mes recherches. Je n'ai jamais pu obtenir de subvention, ce qui n'a rien de surprenant. Les grandes théories, comme la mécanique quantique, la tectonique des plaques ou l'évolution mettent quarante ans à obtenir la reconnaissance des pairs. Gaia n'a que trente ans.»

    Lovelock est-il chimiste ou un biologiste? Il prend plaisir à brouiller les pistes quand il s'agit pour lui de se définir comme spécialiste. Il est issu du monde de la médecine et de la biologie, ce qui ne l'a pas empêché d'inventer un appareil utilisé par les chimistes. Il se définit lui-même comme un savant-ermite, qui trouve dans sa solitude et son indépendance une liberté lui permettant de se soucier davantage de la complexité du réel que des dogmes étroits de chaque discipline spécialisée.

    La même liberté d'esprit l'amène à faire trembler ses amis écologistes en leur rappelant que la vie est polluante et que l'oxygène le plus pur que nous respirons peut être aussi cancérigène que les radiations. Moyennant quoi, on l'a souvent accusé de fournir des arguments de choix à la grande industrie polluante.

    Cette méfiance de nombreux écologistes à son endroit tient aussi au fait qu'il soutient que, pour Gaia, la pollution industrielle est négligeable. Sauf qu'il précise immédiatement après que c'est à elle-même que l'humanité se fait du tort, un tort peut-être irréparable en ne respectant pas les rythmes et les équilibres de Gaia. Gaia jouit d'une santé robuste, elle a survécu aux glaciations. L'espèce humaine par rapport à elle est comme une colonie de bactéries par rapport à notre organisme.

    Le fait que Lovelock ait choisi le nom de Gaia, la déesse Terre, la déesse Mère, pour désigner le grand Organisme révèle l'autre pente de son esprit. Il ne craint pas d'associer ces théories aux plus anciennes croyances, un certain culte mi-paien mi-chrétien pour la Vierge Marie constitue à ses yeux une réminiscence du culte de Gaia. «Et si Marie était un autre nom pour Gaia... Pour moi Gaia est un concept indissociablement religieux et scientifique».

    Dans l'hindouisme la divinité mère c'est Kali, à la fois infiniment bonne et douée d'un terrifiant pouvoir de destruction.

    Quand il veut expliciter sa pensée en termes philosophiques Lovelock fait appel à Gregory Bateson, qui lui-même adopte une position panthéiste rappelant celle des stoïciens.

    «L'esprit individuel est immanent mais pas seulement au corps. Il est aussi présent dans les réseaux et les messages hors du corps. Et il y a un grand esprit dont l'esprit humain n'est qu'un sous-système. Ce grand esprit est comparable à Dieu; il est peut-être ce que certains entendent par Dieu, mais il demeure immanent à l'écologie planétaire et aux systèmes sociaux interreliés».

    C'est toutefois par son sens de la limite, par sa soumission aux lois de Gaia, - entre Gaia et la nature vivante des stoïciens il n'y a guère de différence - que Lovelock rappelle le plus les stoïciens. Notre crainte de la mort, dit-il, obsessionnelle jusqu'à l'obscénité, ne sert qu'à nous distraire des conséquences de notre pouvoir excessif sur la nature. Il est normal, ajoute-t-il, que nous soyons exposés à la souffrance et à la mort. Elles font partie de la vie telle qu'elle existe à notre échelle. Même l'immortelle Gaia disparaîtra un jour.

    Utilisées avec mesure, les choses sont bonnes. Utilisées avec excès, elles sont mauvaises. A Coombe Mill, un village anglais du Devon, près de la Cornouaille, Lovelock et sa femme Hélen vivent eux-mêmes avec mesure, au coeur d'une nature qui a conservé toute sa variété et où les haies divisant les terres servent encore d'habitat aux oiseaux, alors qu'elles ont disparu du reste de l'Angleterre pour faire place aux grosses machines aratoires. Dans un tel cadre, on ne risque pas de souffrir de cette malnutrition des sens qui, selon Lovelock lui-même, explique la disparition du sentiment religieux: «Comment éprouver un sentiment de révérence pour le monde vivant, si nous ne pouvons plus entendre le chant des oiseaux à cause du bruit de la circulation? Comment pouvons-nous nous émerveiller devant Dieu et l'Univers si nous ne voyons jamais les étoiles à cause des lumières de la ville?».

    Le sens de la mesure suppose d'abord qu'on renonce à ce projet d'immortalité sur terre qui, sous une forme plus ou moins déguisée, constitue l'ultime justification des attentats contre Gaia. A ce propos, Lovelock semble avoir parfaitement compris le mot de son compatriote Lord Acton: «Le meilleur moyen de faire de la terre un enfer, c'est de vouloir en faire un paradis».

    La conclusion de son second ouvrage sur Gaia est le fondement même de cette écologie profonde, cette écologie des fins par opposition à l'écologie des moyens, dont dépend le destin futur de l'humanité au sein de Gaia. «J'espère que nos huit petits-enfants hériteront d'une planète saine. A certains égards, le pire destin que nous pouvons imaginer pour eux serait qu'ils deviennent immortels grâce à la science médicale et soient ainsi condamnés à vivre sur une planète gériatrique, avec la tâche interminable et débordante de présever santé en même temps que la leur. La mort et la déchéance sont certaines, mais, mais elles semblent être un prix bien peu élevé à payer pour la possession, même brève de la vie individuelle. La seconde loi de la thermodynamique indique le seul sens dans lequel l'Univers peut aller: en bas, vers une mort par la chaleur. Les pessimistes sont ceux qui utiliseraient une lampe de poche pour trouver leur chemin dans la nuit, avec l'illusion que la pile durera toujours. Mieux vaut vivre comme Edna St. Vincent Millay nous le conseille:

    My candle burns at both ends;
    It will not last the night;
    But, ah, my foes, and, oh, my friends-
    It gives a lovely light».


    Éloge de la variété

    La variété fait la grâce, la richesse et la force de la vie. Nous le savons d'instinct. D'où la joie que nous éprouvons au printemps quand simultanément, les oiseaux, les feuilles, les herbes et les fleurs se manifestent à nous.

    La science nous a d'autre part appris que sans cette variété il n'y aurait pas d'évolution. Quel animal s'adaptera à tel changement dans l'environnement? Celui qui diffère des autres par une caractéristique qui avait été neutre jusque là, mais que le changement dans le milieu a transformée en avantage.

    Malgré ces avertissements de l'instinct et de la science, nous continuons de réduire la variété de la vie. Elle est si riche, pensons-nous! Nous n'avons même pas achevé de dresser la liste des espèces d'insectes! Que risquons-nous donc en éliminant quelques milliers d'entre elles au moyen de pesticides qui accroîtront le rendement des terres? Pourquoi conserver des centaines d'espèces de vaches, de poules et de porcs quand nous savons que certaines d'entre elles sont dix fois plus rentables que d'autres?

    Gaia devrait nous amener à réviser nos positions. En elle en effet, comme dans tous les organismes, la régulation s'améliore avec la complexité. Le respect des équilibres passe par le respect de la variété. On peut, nous dit Lovelock, prouver cette affirmation à l'aide de modèles mathématiques. «En considérant les espèces et leur environnement comme un seul système, nous pouvons pour la première fois construire des modèles qui sont mathématiquement stables bien que comportant un très granbd nombre d'espèces rivales. Dans ces modèles une diversité accrue parmi les espèces se traduit par une meilleure régulation. Supprimez tel microorganisme marin et le taux d'oxygène dans l'air augmentera peut-être».

    «Nul ne peut affirmer que l'aubépine est inutile aux constellations». Cette pensée de Hugo est littéralement vraie.

    Oeuvres

    James Lovelock (The Science Show, 17 novembre 2001 - Radio National, Australian Broadcasting Corporation): "James Lovelock discusses his Gaia hypothesis with Michelle Field."
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
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    Données biographiques
    Naissance
    26 / 07 / 1919, Letchtworth Garden City, U.K.
    Raccourcis

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