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    Dossier: Langue française

    Quel français voulons-nous pour le Québec

    Richard Weilbrenner
    L’auteur tient à affirmer ceci: ce n’est pas lui qui choisit la couleur; ce ne sont pas ses idées qui sont alarmistes, mais la situation qui est alarmante; et qui ne s’alarme pas ne voit pas les choses telles qu’elles sont, soit qu’il ne possède pas les outils nécessaires à une juste évaluation, soit qu’il s’enfonce la tête dans le sable. L’auteur précise que ses conclusions sont le fruit d’une lente et patiente observation des phénomènes linguistiques et qu’il n’invente rien en déclarant que la langue française est en très mauvais état dans presque tous les milieux au Québec. Il ajoute que la situation est beaucoup plus grave qu’on ne veut bien le reconnaître généralement, et qu’à moins d’une intervention immédiate, énergique, courageuse et éclairée de l’autorité compétente, l’appauvrissement de notre soi-disant «variété québécoise du français» sera irréversible.
    Au train où vont les choses, il se pourrait que, d’ici seulement une vingtaine d’années, cette «variété québécoise» soit la langue commune des «francophones» du Québec – mais cette pseudo-langue sera inutilisable pour quiconque voudra communiquer avec les autres sociétés françaises du monde. C’est pourquoi, sans un revirement aussi radical qu’improbable de la pensée dominante, les principaux journaux de langue française n’intéresseront plus qu’un cercle restreint d’initiés ou ils auront fermé leurs dernières pages, faute de journalistes qualifiés en nombre suffisant pour les remplir, faute de lecteurs encore capables de les lire. Le Québec aura tourné le dos à son histoire et à son destin. Il aura résisté inutilement à deux siècles de colonialisme économique et politique. Le fer de lance de la culture française en Amérique du Nord se sera brisé sur l’apathie et la mentalité fonctionnaire, sur la forteresse apparemment imprenable de la lâcheté des baratineurs professionnels qui sont la honte de notre radio et de notre télévision publiques, et sur la démission trop facile de nos élites les plus influentes, qui affectent de parler une langue «égalitaire», complaisante, donnant ainsi l’exemple d’un laisser-aller gênant. À moins d’un miracle, la Nouvelle-France ne fêtera pas ses cinq cents ans.

    Cette vision «apocalyptique» n’a pas germé dans l’esprit d’un pessimiste qui prend son plaisir à faire peur. Elle est l’aboutissement d’une démarche qui, pour être empirique, n’en est pas moins objective. À cet égard, l’auteur fait valoir qu’il ne se borne pas à critiquer une situation que d’autres avaient de toute façon dénoncée bien avant lui, mais qu’il propose une solution appuyée sur trois principes, lesquels témoignent d’une logique toute simple:

    1. L’enseignement de la langue maternelle est une composante fondamentale de la formation des écoliers.
    2. La maîtrise de la langue maternelle est essentielle à l’acquisition de n’importe quel savoir.
    3. Cette compétence doit être acquise dès la fin du cycle primaire.

    Ces trois principes sont à la base du développement intellectuel des enfants, et ils doivent se retrouver au cœur de toute politique linguistique destinée à redresser une situation qui compromet l’avenir de la langue et de la culture françaises au Québec.


    I – Qu’est-ce qu’une langue?

    Une langue est une convention de signes porteurs de sens que reconnaissent les interlocuteurs, qui les utilisent pour communiquer entre eux et assurer l’intelligence de leur discours. Quelle que soit la langue, quel qu’en soit le degré d’évolution ou de complexité, cette convention s’étend aussi aux rapports qui existent entre les signes qui la composent. Une langue est donc un système comportant un ensemble de signes dont l’alphabet et le lexique sont les élé-ments fondamentaux. Ce système comporte aussi des règles qui régissent les rapports logiques entre les parties du discours, et dont l’ensemble constitue la grammaire et la syntaxe. Au sens propre, la langue est aussi un langage, c’est-à-dire une «fonction d’expression de la pensée» Lalande, André, Vocabulaire technique et critique de la Philosophie, Presses universitaires de France, Paris, 1962.. Au sens phénoménologique, la langue est encore un langage, cette fois dans ce qu’elle a de plus primal comme dans ce qu’elle recèle de plus achevé. Elle est indissociable des phénomènes qui consistent à percevoir, ressentir, observer, appréhender, comprendre, concevoir, interpréter, décrire, expliquer le réel ou l’imaginaire. Elle est inséparable des activités qui ont pour siège la raison, l’intuition, les émotions et les sentiments, la volonté, les désirs et les passions. C’est la langue qui opère la synthèse de l’humanité de l’homme, cette qualité par laquelle notre espèce possède la faculté de savoir qu’elle existe, et qu’elle existe dans le temps. La langue est beaucoup plus qu’une caractéristique accessoire de la personnalité humaine: elle est une condition de son identité, voire de son existence.

    Il en est ainsi de toutes les langues, il en est ainsi de tous les langages, et tous les êtres vivants possèdent un langage obéissant à cette définition. Depuis les sifflements et les parades des oiseaux jusqu’au chant des baleines, depuis les métamorphoses et les polychromies des batraciens et des papillons, depuis les cris et les grimaces des singes ou des félins rapaces jusqu’aux émanations puantes de certains petits mammifères, tous les langages sont faits de signes plus ou moins subtils destinés à véhiculer un sens: menacer, intimider, repousser, vouloir, demander, séduire, consoler… Il en est ainsi de tous les langages utilisés par l’homme, parfois à l’imitation de ceux des autres animaux, toujours pour nourrir son besoin de parler, de chanter, de montrer, d’évoquer, de suggérer. En tant que langage, la langue s’apparente enfin à toutes les formes d’art issues du génie créateur de l’homme, du dessin à la peinture et à la sculpture, de la danse et du mime au chant et à la musique et au théâtre, autant d’expressions qui font appel à des moyens rivalisant d’ingéniosité et qui, poussés à la limite de la perfection, atteignent à une remarquable simplicité. À cet égard, même un silence peut être lourd de sens, même l’immobilité porte un message, et la sagesse des vieilles pierres parle un langage dont il faut percer le secret.

    L’écriture hiéroglyphique de l’ancienne Égypte, par exemple, est un langage chiffré sur lequel la patience de nombreux chercheurs étrangers s’est usée avant que les plus tenaces n’en pénètrent le sens. Les langues constituent en effet des codes hautement raffinés qui peuvent longtemps demeurer insondables pour quiconque n’est pas initié à leurs mystères. Une telle initiation se fait néanmoins spontanément entre les générations de locuteurs d’une même langue. L’enfant qui commence à parler imite les phonèmes (c’est-à-dire les sons) qu’il entend prononcer par ses parents et qu’il apprend à maîtriser à mesure que se développent et s’assurent ses organes vocaux. L’enfant ne sait pas encore que ces sons sont des signes et que ces signes sont des mots. Il l’apprendra plus tard, et le plus tôt sera toujours le mieux. C’est pourquoi l’apprentissage de la langue maternelle passe inévitablement par un enseignement systématique qui commence dès la première année du premier cycle d’études primaires, quand l’enfant atteint l’âge de cinq ou six ans. C’est à cette première étape obligée sur le chemin de la connaissance que l’enfant s’initie aux règles de base qui gouvernent les rapports entre les signes de sa langue. À l’adolescence, normalement, il possède déjà un vocabulaire étendu et maîtrise les règles les plus simples de la grammaire.

    Cet apprentissage de la langue maternelle s’inscrit à un moment critique du développement intellectuel de l’enfant. Dimension cruciale de sa formation générale, l’enseignement de la première langue s’accompagne nécessairement d’un programme de lectures destinées à favoriser l’arrimage entre l’initiation à la mécanique de la langue et la découverte de sa stylistique. L’enfant qui apprend à lire apprend ainsi à lire. L’enfant qui ne sait pas lire ne sait pas lire et il éprouvera de sérieuses difficultés à s’exprimer par écrit. En vérité, il ne saura pas écrire, donc il ne saura pas décrire, démontrer, expliquer, car il est impossible de se livrer efficacement à ces activités si l’on n’a qu’une connaissance rudimentaire de sa langue maternelle. L’apprentissage de sciences dites «exactes», telles la biologie, la physique, les mathématiques ou l’astronomie, reste incomplet tant qu’il ne bénéficie pas des assises solides que garantit à toute démarche intellectuelle la maîtrise de la langue maternelle. Cela était vrai à l’aube de l’histoire des sciences, ce l’est encore de nos jours, où les contacts et les échanges entre savants de disciplines différentes et de cultures et de traditions étrangères se multiplient au rythme imposé par l’évolution rapide des moyens de communication. C’est pourquoi la maîtrise de sa propre langue est intimement liée à l’étude de n’importe quelle discipline, comme elle est liée à la découverte du monde dans lequel on est destiné à vivre et auquel on est appelé à contribuer.

    Pareille association entre la maîtrise de la langue maternelle et l’acquisition du savoir n’est ni accidentelle ni une vue de l’esprit: elle est immanquable. La langue elle-même est une science exacte, et l’exercice intellectuel qu’exige l’apprentissage de ses règles est une démarche scientifique dans tous les sens de ce mot, exercice d’autant plus important qu’il amène l’enfant non seule-ment à découvrir petit à petit les secrets de l’une des plus prodigieuses créations de l’évolution – une langue, en l’occurrence sa propre langue – mais l’invite aussi à prendre conscience de la nécessité de la bien posséder s’il veut être libre d’en user pleinement. L’effort que cette initiation exige est certes bien réel, mais il y a là un défi que la jeune intelligence des enfants est parfaitement apte à relever. Si tel n’était pas le cas, les écoliers n’arriveraient jamais à tracer sur une page des signes arbitraires qui n’ont pratiquement aucune ressemblance avec les sons auxquels ils correspondent, puis à les réunir pour former des mots qui «veulent dire quelque chose», des mots qu’ils reconnaissent et utilisent pour construire des phrases et exprimer une réflexion, un sentiment ou une émotion. Pour contraignantes et exigeantes qu’elles soient, les règles les plus difficiles ne sont en rien insurmontables. Loin de dresser sur le parcours des élèves des embûches décourageantes, elles sont, si l’on veut bien admettre une métaphore, la clé de contact de la machine à voyager dans l’espace et dans le temps des concepts et des idées. C’est la maîtrise des règles dans toute leur complexité qui permet d’élaborer une thèse ou une hypothèse, de former un projet, de caresser un rêve. Notons que de telles règles existent à l’état latent dans toutes les langues, qu’elles aient ou non un système d’écriture. Les balises qu’elles offrent au raisonnement sont inhérentes à la démarche naturelle de la pensée et se comparent aux neurotransmetteurs qui assurent le passage de l’influx nerveux entre les neurones. Autrement dit, elles aident à avoir de la suite dans les idées. C’est pourquoi comprendre les méca-nismes de la langue aide à comprendre ceux de la pensée.

    Le rôle des maîtres, à cet égard, est déterminant. Il leur revient de présenter l’étude de la grammaire non pas comme un «mauvais quart d’heure à passer» en attendant de s’occuper de «choses sérieuses», mais d’apprendre aux élèves à tenir la grammaire pour ce qu’elle est vraiment, c’est-à-dire le meilleur outil mis au point par le cerveau de l’homme pour mettre de l’ordre dans ses idées. Ainsi, c’est à l’école qu’il incombe de faire en sorte que les enfants deviennent des utilisateurs compétents de leur langue maternelle, surtout quand le milieu familial ou social leur a fait défaut. Le cas échéant, l’école doit prendre la relève des parents et de la société et combler, pendant qu’il en est encore temps, les lacunes du bagage linguistique des enfants. Quand l’enseignement de la langue maternelle ne répond pas aux besoins de ces enfants à l’intelligence curieuse, assoiffée de savoir, ce sont les enfants qui sont punis. Rien n’est plus triste que de voir un garçon ou une fille de douze ou treize ans forcer pour formuler une idée ou une observation, voire exprimer une émotion, non pas en raison de troubles psychologiques ou de déficience mentale, mais parce qu’on aura négligé de l’initier au maniement de cet outil de prédilection qu’est sa langue maternelle. De façon caractéristique, cet enfant n’a pas de vocabulaire (il n’a pas lu un seul livre de sa vie), il ne sait pas écrire (personne ne lui a montré à former les lettres des mots dont il ignore par ailleurs l’orthographe), bref, il est infirme. On ne saurait mieux désigner cet état de carence intellectuelle auquel on l’aura condamné, peut-être irrémédiablement. Comment pourrait-il prétendre acquérir assez de science en anthropologie, en histoire, en géographie, en droit ou en médecine pour se déclarer anthropologue, historien, géographe, avocat ou médecin? Comment pourra-t-il aborder sérieusement l’étude d’une autre langue s’il ne sait même pas se servir de la sienne propre?

    Certes, le fait de se débrouiller tant bien que mal dans une langue ou une autre peut s’avérer suffisant pour faire du tourisme, et si l’on peut se tirer d’affaire avec cinquante mots d’italien, baragouiner bravement son petit bonhomme de chemin de Rome à Florence et rentrer chez soi la tête et le cœur ornés de beaux souvenirs de voyage, comme le premier bourlingueur pourra en témoigner, cela ne suffit pas pour lire Six personnages en quête d’auteur dans la langue de Pirandello. C’est pourquoi l’enseignement de la langue maternelle doit être aussi rigoureux que celui de toute autre discipline. Notre ministre de l’Éducation semble déterminé à relever des taux de réussite bien alarmants, paraît-il, et fort peu flatteurs, c’est bien le moins qu’on puisse dire, pour une société qui se targue d’avoir démocratisé le savoir. Bien sûr, on peut garder les élèves artificiellement aux études en se montrant moins exigeant à leur endroit et, après les avoir abandonnés à de longues années d’errance dans les corridors, les gratifier d’un diplôme non mérité attestant d’efforts non consentis parce que non demandés. Or l’habit ne fait pas le moine ni le parchemin le savant, et on n’augmente pas le nombre d’élèves ayant réussi leur parcours scolaire en abaissant les exigences d’obtention des diplômes. Un élève a réussi s’il a appris quelque chose. Et pour qu’il ait appris quelque chose, il faut qu’on le lui ait enseigné.

    Le lecteur aura compris que la qualité de l’enseignement de la langue maternelle n’a rien à voir avec un soi-disant élitisme. L’affaire est beaucoup moins grossière que cela. Il est seulement question ici de transmettre aux enfants un savoir utile et de leur apprendre à en faire bon usage. S’il n’est ni nécessaire ni souhaitable que tous s’expriment en académicien, il est essentiel qu’ils possèdent au moins les règles qui gouvernent l’emploi du masculin et du féminin, du singulier et du pluriel, de l’accord du verbe avec son sujet, du complément avec son antécédent et de l’adjectif avec le mot auquel il se rapporte. Ce sont précisément ces règles qui sont le plus malmenées par les élèves, qui confondent les genres et marquent le singulier et le pluriel sur un coup de dés, qui ne distinguent pas l’infinitif du participe, et qui disposent d’un vocabulaire plus que limité, composé par ailleurs de mots dont ils ignorent le sens précis et qu’ils utilisent à tort et à travers. Peut-on croire qu’ils deviendront un jour des citoyens capables de réfléchir, d’analyser et de raisonner si nous ne prenons pas les moyens nécessaires pour remédier à cette situation?

    Avons-nous seulement songé que c’est peut-être l’ignorance dans laquelle nous tenons les écoliers, privés d’un enseignement digne de ce nom de leur langue maternelle, qui est à l’origine de leur désenchantement face à l’étude de quelque matière que ce soit? Que les jeunes sentent peut-être confusément que c’est leur incompétence linguistique qui les désespère de jamais pouvoir devenir «connaissants» dans quelque domaine que ce soit – et qui les pousse au décrochage? Que, se découvrant incapables de faire des progrès réels dans des disciplines faisant appel à une maîtrise suffisante de leur langue, donc des mécanismes de leur pensée, ils en viennent à se croire trop peu intelligents pour prétendre poursuivre des études collégiales et universitaires? Qu’ils se comportent comme les cancres qu’ils ne sont pas, mais qu’ils ne manqueront pas de devenir quand ils auront décroché, si nous les laissons faire?


    II – Langues et sociétés

    Les idées voyagent, dit-on. La langue dans laquelle elles sont formulées est la voile qui les emporte autour du monde. Au hasard des échanges entre les ensembles sociolinguistiques, il est inévitable que les mots qui servent à désigner des particularités locales ou des produits nouveaux accompagnent les objets de ces échanges et soient adoptés par les habitants des pays destinataires, la langue de ces derniers ne possédant pas encore de mots pour nommer ces objets. Précisons que ces «objets» comprennent tous les produits de l’intelligence et de l’industrie humaines, et qu’ils englobent aussi bien les idées, les arts et les sciences que les techniques et le commerce, et qu’on ne saurait en restreindre la compréhension aux seuls articles de consommation strictement matérielle.

    Le cas échéant, les locuteurs naturalisent ces mots étrangers et les intègrent à leur propre langue. Normalement, ils en modifient la graphie originale et la prononciation pour les rendre conformes aux règles de la formation des mots nouveaux de leur propre idiome, de sorte que ces mots étrangers, pour peu qu’ils ne soient pas l’objet d’une faveur passagère et que l’usage les retienne, enrichissent le trésor de la langue d’accueil. Tel a été le destin d’un grand nombre de mots venus des quatre coins du monde, parfois si bien assimilés par la langue française que la découverte de leur étymologie en surprend toujours plusieurs. On trouve même dans le lexique de notre langue des mots d’origine inconnue qui résistent à toute tentative d’identification Ris (de veau) et barater, par exemple.. Ce phénomène du néologisme par emprunt de mots étrangers est inhérent au dynamisme même de toutes les langues. Il serait futile de le combattre pour le seul motif de défendre l’illusoire pureté d’un idiome qui, par sa nature même d’organisme vivant, est en renouvellement constant et en évolution continue.

    À notre époque, c’est la langue des gros empires financiers militaro-industriels qui préside à la majorité des échanges internationaux de nature commerciale ou scientifique. Cette «langue des affaires» bouscule les langues nationales, parfois avec le nihil obstat de conseils d’administration qui tendent à délaisser leur propre langue au profit de cette nouvelle lingua franca qui aurait plus que toute autre les qualités voulues pour assurer une communication efficace entre les chercheurs ou conclure des contrats lucratifs. Il y a lieu de porter un jugement sévère sur la brutalité suffisante d’une réalité dont le dossier des rapports internationaux ne manque pas d’exemples, et il faut déplorer le fait qu’après des millénaires de progrès de la pensée, nous en soyons encore à adorer un veau d’or et à concéder aux plus riches d’entre nous une importance et une influence démesurées qu’ils exercent non pas en raison de leur bel esprit, mais du seul fait de leur poids en bourse. Une telle perversion des valeurs finit par faire oublier que la qualité de la vie d’une société est tributaire de la qualité de la pensée de ses élites intellectuelles ou artistiques, bien sûr, mais aussi de ses élites marchandes et financières, et que la qualité de la pensée est liée à la qualité de la langue.

    Aussi est-il impossible d’assister sans réagir à l’invasion de termes ou d’expressions d’origine étrangère qui, poussés par le courant, le snobisme et l’ignorance sont en concurrence directe avec des mots existants, qu’ils tendent à déloger. Ce n’est pas seulement le fait que ces mots usurpent la place d’équivalents français bien établis qui pose problème. S’ajoute à cela que leur intrusion nuit à l’entendement du discours. Le locuteur qui connaît et applique la convention de signes et de règles de la langue française reste interdit devant des emplois comme «établissement licencié», «la Banque N…, pour une» ou «ce comité répond directement au premier ministre». C’est précisément l’existence d’une convention qui permet à des locuteurs de cultures aussi différentes qu’un Sénégalais, un Belge ou un Québécois de communiquer entre eux, puisqu’ils utilisent la même langue. Ce sont les exigences du code de la langue française qui font qu’un «Français de France» peut non seulement comprendre ses propres compatriotes, mais aussi s’entretenir avec des locuteurs d’autres cultures que la sienne, fussent-elles camerounaise, suisse, égyptienne, roumaine ou tunisienne, voire «québécoise du Québec», pour peu que ses interlocuteurs utilisent comme lui la langue française.

    La multiplication des emplois aberrants à laquelle nous assistons dans à peu près tous les milieux au Québec apparaît d’autant plus suspecte qu’on nous rebat les oreilles avec des «Québec, première société française d’Amérique», «Québec, pays ouvert sur le monde», etc. Mais un Québec qui «implante une réforme» après avoir consulté un «comité aviseur» et qui prétend «clairer l’air avant de parler de comment s’organise (la réforme) tout en faisant attention jusqu’où on peut aller» est un Québec qui se referme sur lui-même. Personne ne comprend un tel jargon. Il n’est pas inutile de rappeler que la convention de signes à laquelle adhèrent des personnes de pays différents utilisant une langue commune n’invalide en rien les faits de culture propres à chacun de ces pays. Une telle convention n’exclue pas la création de signes particuliers répondant à des besoins particuliers. La légitimité de ces régionalismes est incontestable. Ils sont nécessaires à l’explication du monde dans lequel évoluent les locuteurs. On les dit de bon aloi, ils ont leur place dans le lexique général de la langue, mais ils ne constituent pas pour autant une «variété» de français. Ce sont des mots en usage dans une région du monde, employés dans un sens particulier à ce lieu, mais ils appartiennent à la langue française. En revanche, les barbarismes et les impropriétés comme ceux donnés en exemple plus haut ne sont pas des régionalismes, et il n’y a pas lieu de les intégrer à notre langue. Des formules comme «il s’est intercédé auprès de la banque», «pour adresser ce dossier-là» ou «s’entretenir sur un sujet» sont des bêtises à proscrire à perpétuité. Sur la scène d’un théâtre, lancées par un comédien de talent, elles pourraient faire rire. Mais diffusées sur les ondes de la radio d’État ou prononcées par un ministre, elles provoquent des grincements de dents.

    Une langue est forcément tributaire des circonstances dans lesquelles elle est employée. Tous nos contemporains ne font pas dans le détail et ne pèchent pas par excès de subtilité. Ils aiment affirmer leur indépendance par rapport au sens strict des mots de leur discours. «On se comprend de même», déclarent-ils, et ça leur suffit. Au diable les mauvais coucheurs qui ont toujours le doigt en l’air, le nez dans une grammaire ou un dictionnaire, et qui feignent de ne pas saisir ce qu’on leur dit. Que le sens réclame tel temps plutôt qu’un autre dans la subordonnée après un présent ou un futur (simple ou antérieur) dans la principale, par exemple, ne leur fait ni chaud ni froid. Qu’un verbe s’emploie obligatoirement avec l’auxiliaire avoir et jamais à la forme pronominale est le cadet de leurs soucis. Ils «s’objectent» à ceci ou à cela et «s’accaparent» de toutes sortes de choses sans la moindre vergogne. Pléonasmes, tautologies, truismes et lapalissades sont au menu quotidien de leur langue. Pensons à ces ridicules «présent sur les lieux», «présent sur place» et «potentiellement dangereux» qui infectent les bulletins de nouvelles, par exemple.


    III – Normaliser l’erreur?

    Un certain club d’universitaires penche pour une bien courte théorie dite de l’aménagement linguistique selon laquelle une aberration comme le «joual» permettrait d’exprimer toute la gamme des émotions et toutes les nuances de la pensée. On n’a qu’à songer à quoi ressemble ce canasson dans sa forme écrite pour se convaincre de l’ineptie d’une telle assertion. Les adeptes de cette théorie défendent pourtant une thèse tout aussi courte en vertu de laquelle il ne faudrait pas obliger sadiquement les enfants à potasser les règles d’une langue qui ne serait pas la leur, comme si le français («de France», bien sûr) leur était une langue étrangère: il faudrait, selon eux, adapter la grammaire, la syntaxe et l’orthographe au niveau d’expression le plus sommaire qui soit. Bien sûr, les membres de ce club se gardent bien de parler explicitement de «joual», préférant à ce mot pourtant d’une valeur descriptive imbattable le fumeux concept de «variété québécoise du français» qui a fait son chemin jusqu’au Conseil de la langue française du Québec, et qui a investi les chaires de ces lieux de très haut savoir que sont les universités québécoises de langue française Laval, Sherbrooke et Montréal. C’est à cette savante assemblée que l’on doit aussi le projet de «dictionnaire du québécois», qui consacrerait l’usage québécois, le bon et le mauvais, dans la plus étrange prétention que cette «variété» serait distincte de la langue française, mais qu’elle serait une langue au même titre que toute autre langue, y compris le «français de France», et qu’elle mériterait bien d’avoir son propre dictionnaire.

    Beau projet de société que celui qui consisterait à consacrer les divagations syntaxiques, grammaticales, lexicales, morphologiques et phonétiques des Québécois. Il suffirait, en quelque sorte, de conférer à l’erreur le statut de «norme» du français en Amérique. Des lettres de noblesse, quoi! Une fois cet édifiant projet réalisé, le Québec pourrait entreprendre de convaincre le reste de la francophonie mondiale que sa «variété de français» possède tout le dynamisme et toute l’ingéniosité créatrice nécessaires pour devenir la nouvelle langue commune, non seulement de ses propres citoyens, mais aussi de tous ceux des autres pays de langue française.

    Au lieu d’engloutir des fonds publics dans un «dictionnaire du québécois» qui contredirait la nécessaire solidarité du Québec avec les autres pays de langue française du monde, l’État ne serait-il pas mieux venu, dans son propre intérêt comme dans celui de ses partenaires de la francophonie, de commander la rédaction d’un ouvrage d’un tout autre ordre, susceptible d’intéresser un plus grand nombre de citoyens que quelques linguistes aux idées égarées dans les brouillards d’un «chenail du moine» qui, au fond, mérite beaucoup mieux que le clin d’œil complice, condescendant, à la sincérité flageolante, d’un club de soi-disant amis du peuple? On peut se demander en effet si l’État québécois ne serait pas mieux avisé de commander la composition d’un grand ouvrage où seraient réunis tous les mots de la langue commune des francophones du monde entier, des origines les plus lointaines à nos jours, c’est-à-dire un dictionnaire historique, qui nécessiterait le dépouillement systématique de tous les dictionnaires anciens et des principaux ouvrages retraçant l’évolution de notre langue; un dictionnaire universel, qui ferait la nomenclature de tous les mots, accompagnés de toutes les significations et de tous les usages propres à chacun des pays de langue française du monde contemporain, qu’il s’agisse des régionalismes, des archaïsmes ou des anachronismes; un dictionnaire critique, qui réunirait, sous forme didactique, les règles générales et particulières de la grammaire et de la syntaxe, les principes de la phonétique, les difficultés et les irrégularités de notre langue, un recueil des locutions, des idiotismes et des exceptions, et enfin, un compendium des principales thèses, non seulement sur l’origine des langues, mais aussi sur la diversité linguistique et sur les rapports à établir avec les autres formes de langage; enfin, un dictionnaire anthologique, qui réunirait des textes importants écrits ou traduits en langue française dans les principaux domaines d’activité humaine, tels la philosophie, la littérature, la musique, les beaux-arts, les sciences, le droit, la sociologie, etc.

    L’ignorance et l’amnésie sont les pires ennemis de n’importe quelle langue. Un grand dictionnaire historique, universel, critique et anthologique de la langue française aurait pour avantage de préserver la mémoire de notre langue, d’en retracer l’évolution au cours des siècles et de la décrire dans son état actuel. Un tel ouvrage ne serait pas possible sans les moyens informatiques et les outils de communication qui sont maintenant à notre disposition. Il permettrait, à l’heure de la mondialisation des échanges, la mise en commun non seulement des ressources financières nécessaires, mais aussi la fusion des savoirs de spécialistes de partout dans le monde en réunissant autour d’un même feu toutes les cultures qui composent la francophonie. En tant qu’instigateur et maître d’œuvre de cette entreprise de grande envergure, le Québec serait propulsé aux premiers rangs de la Francophonie, laquelle ferait cause commune pour la défense et l’illustration de sa langue commune, la langue française.

    Les sociétés cohérentes usent d’une langue cohérente. Il sera impossible de défendre le principe d’une «langue commune» pour le Québec tant que l’école n’aura pas le mandat d’enseigner rigoureusement aux enfants les fondements de leur première langue. Tout au long des consultations de la Commission des États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec, des intervenants ont déclaré qu’on ne pouvait pas légiférer en ce qui concerne la qualité de la langue. À l’occasion de la journée thématique consacrée à cette question, à l’université de Sherbrooke, d’éminents linguistes ont soutenu le même point de vue, précisant que l’État n’a rien à voir dans les chaumières et qu’il ne peut pas contraindre les gens à s’exprimer correctement. «Les temps changent. Il faut faire avec la langue réelle des Québécois et chasser la tentation nostalgique du français précieux d’avant la prise de la Bastille». Cet argument ne tient pas debout. Le ministère de l’Éducation a tous les pouvoirs et toute la latitude nécessaires pour adopter et mettre en œuvre dans l’ensemble du réseau scolaire un programme d’enseignement axé sur une maîtrise raisonnable de la première langue des Québécois, donc sur la qualité de cette langue.

    Et puisqu’il est question du XVIIIe siècle, profitons-en pour faire une mise au point. Le français n’a guère évolué depuis le Siècle des lumières. Ses règles sont toujours les mêmes, sa syntaxe n’a pas changé, et ce sont surtout certains usages ou termes et expressions tombés en désuétude ou dans l’oubli qui témoignent d’une «évolution» somme toute plutôt modeste. Par exemple, sauf quelques particularités typographiques et orthographiques mineures, le passage ci-dessous, tiré d’un ouvrage paru en l’an M.DCC.LXXI, près d’un siècle et demi après la création de l’Académie française, pourrait avoir été écrit hier comme aujourd’hui, sinon demain: «Cependant la ƒortune de Charles, qui dominoit en toute occaƒion celle de ƒon rival, le tira d’un mauvois pas dont toute ƒa ƒagacité & fon adreƒƒe n’auroient pas pu le dégager. Le duc d’Orléans, dans le temps même où il devoit épouƒer la fille de Ferdinand & prendre poƒƒeƒƒion du Milanès, mourut d’une fievre maligne. Cet événement délivra l’empereur de l’obligation d’abandonner une province ƒi importante à ƒon ennemi, ou de la honte de manquer à ƒon engagement récent & ƒolennel, dont la violation auroit bientôt occaƒionné une rupture avec la France.» Robertson, M., Histoire du règne de l’empereur Charles-Quint, Saillant et Nyon, Paris, 1771. Le français de cet extrait est fort semblable à celui que l’on peut lire sous la plume de Marguerite Yourcenar, de Michel Tournier et de nombreux autres écrivains de notre temps.

    Plus près de nous, mais il y a tout de même plus d’un siècle, plus précisément en 1880, on peut lire, dans un petit livre de Mme Mathilde Bourdon, ce qui suit: «À l’heure où Hector Vouvray finissait sa lettre à son ami, Yseult de Breuilly regardait de sa fenêtre le paysage que la lune inondait de clarté. Ses yeux allaient du ciel, resplendissant et pur, à la terre, parée de ses dernières beautés; les bois n’avaient pas perdu leur feuillage; ils apparaissaient comme une masse sombre que les pâles rayons ne pénétraient pas; la prairie en pente, où les troupeaux paissaient la nuit, le jardin débordant de fleurs étaient revêtus d’une couleur argentée; aucun bruit n’agitait l’air tiède, où s’épandait l’odeur des héliotropes et des roses; Yseult contemplait, et un sentiment d’inexprimable félicité remplissait son âme.» Bourdon, Mathilde, Marc de Lheiningen, suivi de Histoire d’Yseult, Bray et Retaux, Libraires-éditeurs, Paris, 1880. La langue de ce texte n’appartient pas à une «variété du français» qui échapperait à l’entendement d’un lecteur de l’an 2001. Même le romantisme du style, qui pourra paraître vieillot à un esprit «urbain», est moins anachronique qu’il n’en semble: on pourrait en respirer les mêmes effluves dans un roman Harlequin. Un autre texte, tiré d’un livre paru en 1910, achèvera de nous convaincre que la langue française est aujourd’hui celle qu’elle était à cette époque, sous réserve, bien sûr, de quelques tournures ou emplois synchroniques. Qu’on en juge: «Nous n’avons jamais assisté à une représentation de la Flûte enchantée sans nous rappeler la parole de Beethoven, qui préférait cet opéra à tous les autres de Mozart ‘parce que, disait-il, c’est le seul dans lequel Mozart se soit véritablement montré allemand’. En effet, après avoir réalisé la perfection de la forme italienne dans les Nozze di Figaro et dans Don Giovanni, il avait écrit la Flûte enchantée dans un style nouveau, plus grave et plus élevé. Il avait d’ailleurs pleine conscience de cette évolution, et les chefs-d’œuvre qu’il eût pu produire l’eussent probablement montré élargissant de plus en plus cette nouvelle manière. Mais les chefs-d’œuvre ne devaient pas venir: l’illustre compositeur mourut deux mois après la représentation de la Flûte enchantée. Aussi, est-il difficile de se défendre d’une impression de tristesse quand on écoute le dernier ouvrage du maître, enlevé dans sa trente-sixième année.» Stoullig, Edmond, Les annales du Théâtre et de la Musique, Société d’éditions littéraires et artistiques, Librairie Paul Ollendorff, Paris, 1910. L’extrait proposé ici se lit comme une chronique du Devoir ou du Voir, tant il a des accents qui nous sont familiers. Il faut convenir que l’expression «enlevé dans sa trente-sixième année» semble appartenir à un autre temps, et que nos chroniqueurs écriraient peut-être aujourd’hui «mort à trente-six ans», voire «emporté» ou «disparu» à trente-six ans. Mais ce sont là questions de style. La grammaire, la syntaxe et l’orthographe sont les mêmes.

    Mais alors, si la grammaire, la syntaxe et l’orthographe sont intactes, où est le problème? Si la langue française n’a pas changé, quelle est donc cette menace qui plane sur son avenir? Qu’est-ce qui lui vaut tout ce tapage que l’on fait autour de son bon usage? Comment expliquer l’empressement des citoyens à répondre à l’invitation de la Commission des États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec? D’où vient le sentiment d’urgence qui imprègne les interventions des auditeurs sur les tribunes téléphoniques? Pourquoi donnent-ils à entendre qu’on les a dépossédés d’un bien précieux, quand on a cessé de donner à leurs enfants un enseignement approprié de leur langue maternelle dans les écoles? Et pourquoi s’indignent-ils quand les per-sonnes mêmes qui, journalistes, politiciens, industriels, avocats, intellectuels, devraient donner publiquement l’exemple d’une langue châtiée, disciplinée, domptée, se laissent aller à parler comme des rustauds sous prétexte de… mais de quoi donc? De simplicité? De convivialité? Qu’est-ce qui pousse l’animateur d’une émission d’affaires publiques de la première chaîne de Radio-Canada, par exemple, à dire «botcher son français»? Est-ce pour faire le drôle? Pour frap-per l’imagination? L’expression «massacrer son français» n’aurait-elle pas assez de sens pour lui? Pourquoi aura-t-il fallu qu’un auditeur lui en fasse le reproche pour que cet animateur finisse par reconnaître, en riant jaune, que sa tentative de «plaisanterie» n’avait pas eu l’heur de paraître plaisante à tout le monde?

    À voir le peu de cas que l’on semble faire des protestations des auditeurs de Radio-Canada quant à la qualité de la langue de ses artisans, il n’y a pas lieu ici de se faire d’illusion. En adoptant sa nouvelle politique linguistique, dont le lancement officiel a eu lieu en mai de l’an 2000, notre malheureuse société d’État a accordé à ses animateurs un permis de polluer les ondes de toutes les bêtises qu’ils voudront, pourvu qu’ils les fassent suivre d’une «phrase justificative» ou d’une «excuse atténuante». La belle et commode affaire! Un journaliste pourra se permettre d’énoncer les pires horreurs s’il les ponctue d’une formule justificative et atténuante. Résultat? Cette grossièreté: «Le pilote, qui a péri dans l’accident, avait plusieurs années de vol, comme on dit, derrière la cravate»; ce chef-d’œuvre d’insignifiance: «(le prix du) mazout – comme on dit en bon français: de l’huile à chauffage… faut se comprendre…»; cette bêtise sans nom: «(…) le time-out médical… je cherche le mot français… (petit rire niais du chroniqueur, qui ne trouve pas le mot français) le time-out médical, bon! (…)», et enfin, ce sublime étalage d’une confuse ignorance: «On n’a pas le choix, comme dit la maxime», et tous les «comme on dit en chinois» et autres «permettez-moi l’expression» des joyeux drilles de nos ondes radio-canadiennes. Voilà donc qu’au lieu de vouloir corriger une situation aberrante où les plus incapables «tiennent le micro», les responsables des services français ont concocté une astuce qui les autorise à tricher avec la nécessité d’exigence et d’excellence professionnelles qui leur incombe. Ce volet de la politique linguistique de Radio-Canada, avec ses relents de nonchalance insupportable et de tolérance aménagiste, n’augure rien de bon pour la langue française au Québec.

    Il y a beaucoup plus grave encore. Les utilisateurs compétents de cette langue magnifique qu’est le français sont chez nous menacés d’extinction, leur nombre diminuant inexorablement de jour en jour, non pas en raison des seuls facteurs de dénatalité ou de contre-immigration défavorables, mais parce qu’il n’existe pratiquement pas de relève, notre langue n’étant plus enseignée dans les écoles depuis plus de trente ans. Dans le domaine de la traduction, en tout cas, ne cherchez pas de relève. Il n’y en a pas. Les meilleurs traducteurs sont les plus vieux, issus des collèges classiques. Les plus mauvais sont les plus jeunes, «formés» dans les polyvalentes et les collèges d’enseignement général et professionnel avant d’être admis à l’université, où l’on découvre qu’ils ne maîtrisent ni le français ni l’anglais. Quelle déconvenue pour ces jeunes gens férus de communication qui n’ont pas reçu de l’école la préparation nécessaire à un cours de niveau supérieur! Les responsables de ce gâchis ont mis le diable dans des méthodes d’enseignement éprouvées pour les remplacer par des techniques «révolutionnaires» qui, après avoir été tentées ailleurs, avaient pourtant été rejetées parce que parfaitement stériles.

    Par une contorsion intellectuelle qui ferait pâlir d’envie les politiciens les plus roublards, ces pédagologues ont pensé qu’on peut devenir assez bon ingénieur même si on manie assez maladroitement l’instrument au moyen duquel on réfléchit, examine, étudie, suppute, compute, calcule, pose et suppose. Et après ça, on mettra sur pied une commission d’enquête pour savoir pourquoi les parois des tunnels se lézardent avant qu’on ait fini de les construire. Nos experts en «réussitologie» auront jugé qu’il serait possible de devenir assez bon journaliste, même si on connaît assez mal son principal outil de travail, c’est-à-dire la langue dans laquelle on s’exprime. Les premiers intéressés nous donnent cent fois par jour la preuve que cela est archifaux.

    Quelques exemples aideront le lecteur à se faire une juste idée de la «variété québécoise de français» que la Société Radio-Canada propose à son auditoire: (À ce stade-ci de l’enquête), c’est potentiellement le vol qui semble vouloir s’avérer être le mobile (du crime); Plus de soixante témoins pourraient potentiellement être appelés; Peut potentiellement comporter des risques; (Le premier ministre) s’est intercédé auprès de la Banque; L’incident aurait pris naissance initialement dans (…); L’homme aurait été monté de force dans une automobile; On aurait pu assister à l’éclosion d’une véritable hécatombe; Les représentants des chefs d’État des pays occidentaux ont convergé vers Jérusalem pour asseyer (sic) d’arrêter l’impossible (re-sic); Les effets détrimentaux (de l’enfouissement des déchets); Une question difficile à répondre; (On trouve dans les Maritimes) des plages inénarrables; (Voici maintenant) un disque qui a été un peu initié par Line Renaud; Les réformes qu’il a initiées; Initier un projet de fusion; C’est Bombardier qui a initié ça; (Les enquêteurs) sont attendus éminemment; Allumez vos phares, ça peut vous épargner des accidents; La panne a été déplacée; L’accident a été déplacé; Un véhicule qui a perdu du liquide, on peut pas voir c’était quoi; C’est un espoir de médaille; La pression (de la raquette) est plus tendue; Pour annoncer ce dont on aura décidé; (Elle était) complètement toute nue; (Les équipes vont) compléter le déneigement; Jusqu’à relativement tout récemment; C’est lui qui… pardonnez-moi l’expression, mais les gens vont comprendre… qui caaul toutes les chottes; Vous allez voir que ça flaille; Yemaamuséic; On trouve le plus tchiiippe… je dis «le plus tchiiippe» parce qu’y a pas vraiment de mot français pour dire ça; C’est bin tchiiippe mais ç’aa l’air beau; Enweille donc; Chpense qu’elle a sniffé trop d’vinaigre; Aux Stoznis, la bande dessnée, etc., etc.

    Des horreurs de ce genre, contrairement à ce que voudrait bien le laisser croire le conseil linguistique de Radio-Canada, il en pleut, il s’en commet à la douzaine tous les jours, toutes émissions de radio et de télévision confondues. Le français de Radio-Canada est devenu si mauvais, en vérité, qu’il serait impossible de relever toutes les erreurs de toutes sortes qui brouillent les ondes au cours d’une seule journée. Comment un conseil linguistique aussi averti que celui de Radio-Canada peut-il ne pas se rendre compte que non seulement un nombre important de journalistes, chroniqueurs et animateurs vedettes des ondes radio-canadiennes pèchent contre la grammaire et la syntaxe de notre langue, mais que certains en charcutent aussi les règles de la diction et de l’élocution (pensons, notamment, à ce chuintement exécrable sur lequel glissent les syllabes finales en i, en é, en u et en ou qu’affectionnent les présentateurs des journaux télévisés)? Comment tout cela peut-il échapper à l’attention, même bienveillante, du conseil linguistique de la société d’État?

    Ce ne sont pas là vétilles de tatillons. Quand on affirme diffuser en français, on ne le fait pas avec des mots anglais et on n’emploie pas les mots français dans un sens impropre. L’efficacité de la communication repose sur le sens réservé, par convention, aux mots qui entrent dans la composition du message. Ici, la rigueur s’impose. Elle n’est pas facultative. Comment peut-on ignorer la dégradation de la pensée logique qu’entraînent inexorablement le mépris des règles de la langue française et l’insouciance et la paresse dont témoignent trop d’artisans de la radio et de la télévision publiques? C’est pourtant dans une parfaite incohérence que les responsables des services français de la société d’État fédérale tolèrent la langue plus que douteuse que l’on entend à toute heure du jour sur les ondes. Est-ce du français «aménagé»? Est-ce un sabir? Un patois? Un dialecte? Est-ce du baragouin? Du charabia?

    «Il aimait la musique» est une phrase toute simple. Elle se compose d’un pronom sujet du genre masculin marqué du singulier, d’un verbe d’action du premier groupe conjugué au singulier et à l’imparfait de l’indicatif, et d’un substantif complément direct du genre féminin, marqué du singulier et accompagné d’un article défini, lui aussi au féminin singulier. Tous les éléments de la phrase sont repérables du premier coup d’œil et l’analyse grammaticale ne pose aucun problème. En revanche, une camelote comme «Yemaamuséic» est beaucoup plus complexe. Certes, il est indéniable qu’elle se prononce sans trop d’effort et qu’elle est apprêtée au goût des maquignons. L’animateur qui a servi ça aux téléspectateurs a enfourché le joual que l’on soigne dans l’écurie langagière des Québécois, et ce, au mépris du «français exemplaire» que l’on prétend offrir sur les ondes de Radio-Canada. «Yemaamuséic», disait-il? Mais quelle est donc cette chose? Est-ce une devinette? Une onomatopée? Est-ce une phrase? Le cas échéant, quel en est le sujet? Est-il au masculin singulier? Au féminin pluriel? Où est le verbe? Y a-t-il un verbe? «Yemaamuséic» Le lecteur aura compris que quel que soit l’angle sous lequel on soumet cet équidé tératologique à l’examen, il reste un mystère pour quiconque n’aura pas appris à le ferrer dans la boutique du maréchal. Imaginons ce qu’en ferait un Allemand qui aurait appris le français dans un lycée de Strasbourg.

    Contre toute logique, nos aménagistes soutiennent que c’est cette langue-là qu’il faudrait enseigner dans les écoles du Québec. Le but de l’opération, précise-t-on, serait de ne pas accabler les enfants, ces «chanceux» qui tiendraient désormais «de la bouche même du cheval» – leur professeur de français, peut-être, ou mieux encore, un célèbre animateur de télévision, tous les secrets du mâchouillage facile. Malheureusement, cette théorie aménagiste ne sert à rien. Elle ne contribue surtout pas à faire avancer les choses ni à améliorer les connaissances des Québécois de leur langue maternelle. Elle les invite plutôt à rejeter toute tentative de mieux maîtriser le français et à se satisfaire d’un dialecte qui leur fermera la porte du monde extérieur. Elle propose le repliement sur soi, le rétrécissement du tissu culturel, l’appauvrissement du vocabulaire. Cette thèse est une catastrophe intellectuelle indéfendable qui risque d’imploser dès qu’on la soumet à une analyse même sommaire, et il faut lui opposer un refus sans équivoque. Les aménagistes proposent d’adapter la langue à l’ignorance des utilisateurs. Pareil non-sens doit être dénoncé. Autant dire que le Québec n’aurait pas d’autre destin que d’être le pays où l’on parle peut-être le plus mauvais français de toute la francophonie.

    C’est l’ignorance qu’il faut combattre. Pourquoi devrions-nous saccager la grammaire et l’orthographe quand ce sont les locuteurs qui doivent se retrousser les manches et réapprendre ce qu’ils ont mal appris ou apprendre ce qu’ils n’ont jamais su? On progresse mieux auprès d’un maître exigeant qu’auprès d’un maître complaisant. Cela n’a rien à voir avec la nostalgie d’une époque «révolue» où l’on n’avait pas honte de s’exprimer clairement et correctement, et où l’ignorance n’était pas brandie comme un étendard. En revanche, cela a tout à voir avec l’efficacité de l’outil dont on se sert pour exprimer sa pensée et communiquer avec les autres.


    IV – Quelle langue française?

    Inexorablement, les empires chavirent sous le poids de leurs pro-pres excès et ils tombent sous les coups que leur portent les siècles. Leur chute entraîne des bouleversements dont la clameur se répercute sur les générations qui passent, et la mémoire des hommes fouille les ruines d’un passé dont la gloire s’inscrit dans la pierre des monuments, où la poussière des temps achève d’en prononcer le destin accompli. La langue de ces géants qui donnent aujourd’hui le la aux chantres de l’économisme deviendra-t-elle demain «langue morte»? Il en fut ainsi des langues latines et grecques, ces ancêtres de la langue française qui furent des langues de grandes civilisations que l’on dit aujourd’hui disparues. Mais le latin et le grec sont-ils vraiment des langues mortes, et les civilisations qui les ont vu naître, grandir et rayonner ont-elles vraiment disparu? Peut-on déclarer «mortes» des langues dont les racines servent toujours à former chaque année une pléiade de mots nouveaux et qui sont encore bien vivantes dans des dizaines de milliers de mots d’usage courant de notre langue française? Dans tout le texte qui précède, sauf quelques noms propres et, bien sûr, les énormités langagières données en exemples à ne pas suivre, un seul mot n’est pas d’origine ou de formation latine ou grecque.

    Avec plus de cent dix millions de locuteurs répartis dans une cinquantaine de pays autour du globe, on pourrait croire que la langue française n’est pas menacée ni en voie de disparition. On pourrait croire que sa richesse intrinsèque la protégera toujours du néant. On pourrait aussi se persuader que si la grammaire et la syntaxe du français sont aussi souples et dynamiques que celles de n’importe quelle autre langue contemporaine, elles s’accordent parfaitement aux besoins des utilisateurs de notre siècle. Qu’elle soit en mésestime dans certains milieux où on lui trouve, semble-t-il, un parfum suranné, soit! mais cela n’enlèverait rien aux qualités et à l’utilité d’une langue dont les ressources permettent d’explorer tous les reliefs de la réalité concrète, tous les labyrinthes de l’abstraction, de la création et de l’imagination, fussent-ils le lieu d’expériences ou de recherches techniques, scientifiques, artistiques ou philosophiques.

    L’existence et le rayonnement d’une langue ne peuvent cependant pas reposer sur ses seules qualités intrinsèques. Encore faut-il que ses utilisateurs en connaissent les règles et qu’ils les observent. Admettons que les pouvoirs publics ne peuvent pas forcer un citoyen à parler une langue châtiée dans sa vie privée. Cela ne veut pas dire que l’État doive abdiquer sa responsabilité de corriger les situations anormales qui touchent à la société tout entière. Si l’État intervient lorsque des crimes contre la personne sont commis dans l’intimité d’un foyer entre membres d’une même famille, et ce, au nom de valeurs sociales qui condamnent ces comportements répréhensibles qui détruisent l’harmonie familiale et troublent la paix sociale, pourquoi lui serait-il refusé de faire de la qualité de la langue une affaire d’État?

    Un peuple qui prétend à une présence internationale doit avoir les caractéristiques d’une personnalité internationale. L’affirmation de cette personnalité passe par la promotion d’une langue de qualité internationale. Par conséquent, les pouvoirs publics peuvent et doivent donner à l’école publique le mandat de prodiguer un enseignement de qualité de la langue maternelle, et c’est aux pouvoirs publics qu’il revient de mettre à la disposition de l’école les moyens nécessaires à cet égard. Cette responsabilité comprend le recrutement de maîtres qualifiés et compétents et la formation appropriée des futurs enseignants, ainsi que la mise en place d’un cadre pédagogique propice à la transmission du savoir.

    Mais comment donner (encore) un coup de balai dans les programmes de français et redresser la situation sans tomber dans le piège du calendrier républicain? Loin de prétendre détenir le monopole de la vérité, l’auteur croit cependant savoir qu’on est toujours avisé de commencer par le commencement. En l’occurrence, cela consisterait à définir des objectifs d’enseignement de la langue maternelle en fonction de critères portant sur la nécessité, pour les élèves, de maîtriser les notions de base de leur langue dès la fin du troisième cycle d’études primaires. Les deux premières années du premier cycle pourraient être consacrées presque entièrement à l’étude de la langue. L’espace nous manque ici pour entrer dans tous les détails du programme pédagogique qu’il conviendrait d’adopter, mais les éléments suivants devraient être tenus pour indispensables: initiation à l’alphabet et à la calligraphie; exercices de prononciation et d’élocution; introduction aux notions de genre et de nombre et aux parties du discours (nom, article, adjectif, pronom, verbe, etc.); notions grammaticales de base (rapports entre le sujet, le verbe et le complément, conjugaison, temps et modes verbaux); enrichissement du vocabulaire; programme de lectures obligatoires. Les matières dites de «compétences transversales» seraient, pour l’alphabet, la calligraphie, la prononciation et l’élocution: le chant, la musique, la danse et le dessin; pour l’apprentissage des notions touchant le genre, le nombre et les parties du discours: des disciplines comme la géographie, l’histoire, la biologie et le calcul. Tout le programme serait obligatoire et les progrès des élèves feraient l’objet d’un contrôle hebdomadaire. Il importe de ne pas rater le départ et de rectifier rapidement le tir dans les cas où un élève éprouve des difficultés à suivre ses camarades. Ici, la collégialité s’impose et le supplément d’aide dont un enfant pourrait avoir besoin doit faire appel à la solidarité. C’est toute la classe qui bénéficie des progrès accomplis par chacun des élèves. On ne perd pas son temps à aider son compagnon de route à franchir un obstacle. Pour le reste du cycle primaire, le programme pourrait être conçu de façon à assurer l’approfondissement des notions acquises au cours des deux premières années. Les élèves seraient progressivement amenés à découvrir d’autres aspects de leur langue dans un champ d’exercices élargi permettant d’intégrer, notamment, la rédaction, cet outil par excellence de la mise en pratique des notions fraîchement absorbées.

    Voilà qui est partir du bon pied. Voilà ce qu’on appelle préparer les enfants à devenir des citoyens libres, capables de faire des choix, puisqu’on leur aura appris à faire l’effort, bien réel, rappelons-le, d’assimiler des notions dont l’importance, voire l’utilité immédiate, pourrait leur échapper, mais que les maîtres ne manqueraient pas de souligner et de rattacher à l’acquisition de tous les autres savoirs. À la fin du premier cycle d’études, la maîtrise des règles de base de la grammaire et de la syntaxe de leur première langue, la langue française, serait acquise, et les élèves pourraient s’engager sur le reste de leur parcours scolaire munis d’une clé ouvrant la porte de la grande bibliothèque de l’inconnu à explorer.

    Il est évident qu’un programme d’enseignement de la langue maternelle ne saurait à lui seul apporter un remède à la situation de la langue française dans notre pays, eût-il toutes les vertus souhaitables en l’occurrence. Le contexte social doit prendre le relais de l’école et offrir aux futurs citoyens des perspectives intéressantes de participation à la vie de la collectivité.

    Si la société québécoise tient à préserver son héritage culturel français, elle devra parler, écrire et promouvoir une langue française de qualité exportable, compréhensible au-delà de ses frontières, toute parée qu’elle soit de ses couleurs «locales». C’est à cette condition que le Québec pourra entretenir des liens réciproquement enrichissants avec la communauté internationale qui utilise la même langue que lui. Si l’affirmation de la personnalité internationale du Québec passe par l’affirmation de sa culture française, il faudra que le français dans lequel elle s’exprime soit de qualité internationale.

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Richard Weilbrenner
    Richard Weilbrenner est traducteur et poète. Il est intervenu à diverses reprises dans le dossier de la langue française au Québec, notamment par la publication de quatre articles dans la revue L’Action nationale (février et novembre 1999, puis avril et octobre 2000). Ces articles ont par la suite été versés au dossier Langue française de l’Encyclopédie de l’Agora sur Internet, sous le titre général «Les malheurs de Françoyse». En novembre 2000, il a présenté un mémoire intitulé «Les vrais ennemis de notre langue» à la Commission des États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec. Les trois commissaires qui se sont prononcées sur le fond de son intervention ont rejeté ses idées, les estimant «trop pessimistes». Elles lui ont reproché particulièrement de brosser un tableau «excessivement noir» de la situation. Pour sa part, le président de la Commission a jugé utile de dénoncer le mémoire de l’auteur en le qualifiant de «trop alarmiste». Le lecteur intéressé pourra se faire son propre jugement sur les idées avancées par l’auteur en consultant le mémoire de ce dernier sur le site Internet de la Commission, ou encore, dans l’Encyclopédie de l’Agora, au dossier LANGUE FRANÇAISE (agora.qc.ca).
    Mots-clés
    L'enseignement du français
    Extrait
    Le locuteur qui connaît et applique la convention de signes et de règles de la langue française reste interdit devant des emplois comme «établissement licencié», «la Banque N…, pour une» ou «ce comité répond directement au premier ministre». [..] La multiplication des emplois aberrants à laquelle nous assistons dans à peu près tous les milieux au Québec apparaît d’autant plus suspecte qu’on nous rebat les oreilles avec des «Québec, première société française d’Amérique», «Québec, pays ouvert sur le monde», etc. Mais un Québec qui «implante une réforme» après avoir consulté un «comité aviseur» et qui prétend «clairer l’air avant de parler de comment s’organise (la réforme) tout en faisant attention jusqu’où on peut aller» est un Québec qui se referme sur lui-même. Personne ne comprend un tel jargon. Il n’est pas inutile de rappeler que la convention de signes à laquelle adhèrent des personnes de pays différents utilisant une langue commune n’invalide en rien les faits de culture propres à chacun de ces pays.
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