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    Dossier: Rousseau Jean-Jacques

    Les dernières années

    Gustave Lanson
    L'Émile et le Contrat social furent mal accueillis des gouvernements et des Églises: l'Émile surtout, à cause du Vicaire savoyard. L'Émile fut condamné et brûlé à Genève (cf. E. Bitter, le Conseil de Genève jugeant les œuvres de J.-J. Rousseau, 1883), et l'auteur décrété de prise de corps s'il venait dans la ville (18-19 juin 1762). Le Sénat de Berne expulsa Rousseau d'Yverdun (9 juillet): il se transporta à Motiers-Travers dans le pays de Neuchâtel appartenant au roi de Prusse. Le gouverneur, Milord Maréchal (lord Keith), se fit le protecteur et l'ami dévoué de Jean-Jacques. Thérèse vint le rejoindre et habiter avec lui une petite maison que prêta Mme Boy de La Tour. Là Rousseau se sentit tranquille: le pasteur Montmollin le reçut à la communion (fin août 1762); le Vicaire savoyard triomphait à Motiers. Il fallait le défendre au dehors: Rousseau écrivit sa Lettre à l'archevêque de Paris (nov. 1762), en réponse au mandement qui le condamnait. À ce chef-d'œuvre d'apologie personnelle, Marin, l'abbé Yvon et dom Déforis répondirent comme ils purent. À Genève, les amis de Rousseau s'étaient remués, sans que la masse des citoyens bougeât: alors Rousseau abdiqua son droit de bourgeoisie (12 mai 1768). Cet acte divisa les Genevois: le petit Conseil écarta, en vertu du droit négatif, les représentations des citoyens favorables à Rousseau. Le procureur général, J.-B. Tronchin, venant au secours du conseil, publia ses Lettres écrites de la campagne (1763), auxquelles répondit d'Yvernois. Jean-Jacques entra en lice, et tant pour lui qu'en faveur de ses amis et de leur droit, il donna ses Lettres écrites de la montagne (1764), qui ne calmèrent pas les esprits. Dans une première partie, il maintenait les idées du Vicaire savoyard, et son droit de les exprimer librement, même à Genève; dans la seconde, il expliquait la constitution de son pays et le mécanisme du droit de réprésentation. Tronchin répliqua par des Lettres populaires. Claparède et Jacob Vernes intervinrent sur la question religieuse (1765).

    Cependant Rousseau vivait paisiblement. Il avait pris l'habit arménien. Il faisait des lacets qu'il donnait aux jeunes mariées qui s'engageaient à nourrir leurs enfants. Il jouait du bilboquet. Il faisait des herborisations; de grandes courses à pied dans le Jura (cf. d'Escherny, Mélanges de littérature, de morale et de philosophie, 1811, 3 vol.). Il avait fait des amis: outre Raguin et Milord Maréchal, c'étaient le colonel de Pury et son gendre Dupeyrou, le procureur général de Neuchâtel, d'Yvernois, d'Escherny, et ce Hongrois Sauttersheim que son goût pour les aventuriers lui fait accueillir avec une incroyable facilité. Il reçoit des visites de ses amis de Paris et de Genève, Mme de Verdelin, les Deluc, Moulton, le négociant d'Yvernois.Cette tranquillité fût troublée d'abord par les tracasseries de Thérèse qui se brouilla avec les gens de Motiers, puis par les suites des Lettres écrites de la montagne. Elles lui attirèrent une violente attaque, dans une brochure intitulée le Sentiment des citoyens (1765): où il était voué à un châtiment capital et dénoncé comme ayant exposé ses enfants à la porte d'un hôpital. Jean-Jacques s'obstina à imputer à Vernes ce triste pamphlet dont l'auteur était Voltaire. Puis, le Conseil condamna au feu les Lettres de Rousseau: ce qui redoubla la guerre intestine de Genève. Après avoir regretté la mollesse de ses partisans, Rousseau s'efforça de les calmer (cf. Béranger, Rousseau justifié envers sa patrie, 1775). Cependant les Lettres écrites de la montagne étaient brûlées à La Haye, à Paris, à Berne, à Neufchâtel. Montmollin, qui se repentait d'avoir reçu Jean-Jacques à la communion, le citait à comparaître devant le consistoire le 29 mars 1765. On évitait l'excommunication, mais Rousseau dut prendre l'engagement de ne plus écrire contre la religion (cf. les Lettres de Du Peyrou et de Montmollin; Londres, 1766). Excité par les prédications de Montmollin, le peuple insulte Rousseau. Enfin, dans la nuit du 6 au 7 septembre, on casse à coups de pierres quelques carreaux dans sa maison. La lapidation est réelle: seulement c'est peut-être un artifice de Thérèse pour obliger Jean-Jacques à quitter un pays qu'elle avait pris en horreur. Rousseau part précipitamment (7 septembre), s'en va à Neuchatel et de là à l'île Saint-Pierre dans le lac de Bienne (cf. D. Guillaume, Jean-Jacques à Motiers, 1865; Fr. Berthoud, J.-J. Rousseau au val de Travers, 1884; J.-J. Rousseau et le Pasteur de Montmollin, 1884) .

    À l'île-Saint-Pierre, Rousseau passe six semaines délicieuses (cf. Rêveries; Metzger, Rousseau à l'île SaintPierre, 1875). Un décret du Sénat de Berne l'expulse le 17 octobre. Affolé, il offre au Sénat de Berne de se livrer pour passer le reste de sa vie en prison. Il s'en va à Bienne, puis à Strasbourg. Il avait roulé. en sa tête depuis six mois toute sorte de projets: l'Écosse,Venise, Zurich, la Silésie, la Savoie, Jersey, l'Italie, l'Autriche, Amsterdam, la Corse. Il semble se.décider pour Berlin, et brusquement se rend à Paris avec un sauf-conduit. Il loge au Temple, qui est lieu d'asile. Le 4 janvier 1766, il se laisse emmener en Angleterre par David Hume. Pendant ces quatre années, son influence et sa gloire s'étaient répandues: des prêtres, des officiers, des jeunes filles, des femmes, des précepteurs, un prince allemand, une famille russe le consultaient, lui exposaient leurs troubles de conscience, leurs difficultés de ménage, leurs plans d'éducation, et imploraient sa direction.. Des Corses lui demandaient une constitution pour leur pays. Au moment où la folie de la persécution s'emparait de lui, il s'élevait au-dessus du succès littéraire jusqu'à l'autorité du sage et du prêtre.

    Après avoir résidé à Londres et à Chiswick, ou Thérèse vint le rejoindre, Rousseau s'installa. le 22 mars à Wootton (Derbyshire) chez Davenport. La fausse lettre de Frédéric II composéee par Horace Walpole, divers articles de journaux, des circonstances insignifiantes envenimées par Thérèse qui s'était trouvée mal reçue par la pruderie anglaise, firent travailler la tête de Rousseau, qui bientôt se persuada que Hume était un traître d`accord avec ses ennemis Tronchin et D'Alembert. Il rompit avec éclat (23 juin 1766. Cf. D. Hume; Exposé succinct de la contestation qui s'est élevée entre M. Hume et M. Rousseau, 1766). Cette affaire fit tort à Rousseau: plusieurs de ses amis se refroidirent ou renoncèrent à leurs relations avec lui, même Mme de Verdefin et Milord Maréchal. Elle excita sa fâcheuse manie, et le confirma dans l'idée d'un complot universel dont il était la victime. Enfin, se brouillant avec Davenport, il arrive à Calais (22 mai 1767). Il se fait appeler Renou; il vient loger à Fleury-sous-Meudon, chez le marquis de Mirabeau qui le juge bien, avec sympathie et clairvoyance, puis à Trye chez le prince de Conti. Des tracasseries de domestiques, qu'il grossit par son imagination malade, le chassent. Le 18 juin 1768 il est à Lyon, d'où il fait en juillet une excursion à. la grande Chartreuse. De Lyon il va à Grenoble, et se sentant, surveillé par la police, il va s'établir le 8 août à Bourgoin, en Dauphiné. Hors Plutarque, l'Astrée et le Tasse, il a renoncé aux livres. Hors ses Confessions, il ne veut plus écrire. La musique et la botanique le consolent. Il. trouve un homme en qui il se confie, le marquis de Saint-Germain, à qui il écrit de longues lettres. Le 31 août 1768, il déclare devant deux témoins Thérèse pour sa femme. Des idées de fuite le tourmentent; mais il tombe malade, et sur l'ordre du médecin, il va loger à une demi-lieue de Bourgoin, dans la montagne, à Monquin, maison dépendant du château de Cézarge (février 1769). Après diverses courses à Nevers, au mont Pilat, après une brouille avec Thérèse suivie de raccommodement, il songe de nouveau à se déplacer: la querelle de Thérèse et d'une servante le brouille avec les maîtres de Cézarge. Il part en juin 1770, il est à Lyon, et au début de juillet, à Paris (cf. E. Jovy, un Document inédit sur, le séjour de J.-J. Rousseau à Grenoble en 1768; Vitry-le-François, 1898. in-8; et les brochures du Dr A. Potion; Lyon, 1844, gr. in-8; Aug. Ducoin, 1832, in-8; Fochier,1860, in-8.)

    Logé rue Platrière, à son domicile d'autrefois, il reprend l'habit français. Il se dérobe aux visites et refuse de renouer d'anciennes amitiés. Il voit pourtant Mme de Chenonceaux, se lie, puis se brouille avec Dusaulx, et, en 1772, entre en relations assez intimes avec Bernardin de Saint-Pierre. Il aime à se promener aux environs de Paris, il herborise. Quand sa folie soupçonneuse ne le travaille pas, il est d'humeur douce et gaie; il adore les enfants, il est généreux et bienfaisant, comme il l'a été toute sa vie. Il a 12 ou 1 400 fr. de rente, et y trouve des ressources pour faire l'aumône. Il copie toujours de la musique pour vivre. En. 1778, après avoir écarté l'offre du prince de Ligne qui met son château de Belœil à sa disposition, il accepte de s'installer à Ermenonville, chez le marquis de Girardin: c'est là qu'il meurt après quarante-deux jours de résidence. Ses restes furent transportés au Panthéon en 1793. Les contemporains ont cru à un suicide: Rousseau se serait brûlé la cervelle, mais cette opinion a été démontrée erronée par Berthelot, qui a examiné avec soin le crâne de Rousseau, lors de l'ouverture du cercueil de plomb qui renfermait ses restes, au Panthéon le 18 décembre 1897; le crâne était intact, sans aucune trace de balle. En même temps a été réfutée une légende d'après laquelle les restes de Rousseau et de Voltaire auraient été profanés en 1844 (cf. Corancé, Journal de Paris, 30, octobre 1778 et nos 261-61, an VI; Lebègue de Presle, Relation des derniers jours de J.-J. Rousseau, 1778, in-8; A. Bougeault, Étude sur l'état mental de J.-J. Rousseau et sa mort a Ermenonville, 1883; P.-J. Mœbius, J.-J. Rousseau's Krankgeschichte; Leipzig, 1889, Joly, la Folie de J.-J. Rousseau, Revue philosophique, 1890).

    En quittant Paris, Rousseau avait renoncé à la littérature. Pourtant, outre les ouvrages de polémique et d'apologie dont j'ai parlé, il s'occupa vers 1764 d'une histoire de Genève (Histoire de Genève, fragments inédits. p. p. J. Sandoz; Neuchâtel 1861), puis de la constitution de la Corse en 1765 et d une scène lyrique en prose Pygmalion, qui fut jouée le 3 octobre 1773. Diverses lettres et écrits sur la botanique, entre 1769 et 1776, une traduction d'Olinde et Sophronie, du Tasse, vers 1771-72, sesétudes sur la Pologne, un opéra de Daphnis et Chloé; et quelques travaux de musique, des pensées détachées, dont plusieurs écrites sur des comptes de blanchissage ou sur des cartes à jouer, voilà toute la production des dernières années. Je ne sais à quelle date rapporter un Traité élémentaire de sphère. Le Testament de J.-J. Rousseau, 1771, réimprimé à Halle, 1891, est apocryphe, malgré l'avis de Jansen et Schutz Gora. En somme, de 1764 ou 1765 à 1778, l'ouvrage littéraire qui occupe Jean-Jacques, ce sont les Confessions, avec les deux écrits qui en sont comme les annexes ou les compléments: les trois Dialogues, Rousseau juge de Jean-Jacques, et les dix Rêveries d'un promeneur solitaire. Dans ces trois œuvres, Rousseau se peint, se raconte, et se défend.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Gustave Lanson
    Extrait
    «Il aime à se promener aux environs de Paris, il herborise. Quand sa folie soupçonneuse ne le travaille pas, il est d'humeur douce et gaie; il adore les enfants, il est généreux et bienfaisant, comme il l'a été toute sa vie. Il a 12 ou 1 400 fr. de rente, et y trouve des ressources pour faire l'aumône. Il copie toujours de la musique pour vivre. En. 1778, après avoir écarté l'offre du prince de Ligne qui met son château de Belœil à sa disposition, il accepte de s'installer à Ermenonville, chez le marquis de Girardin: c'est là qu'il meurt après quarante-deux jours de résidence.»
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