Qu'est-ce qu'une religion?

L'Agora
Qu'est-ce qu'une religion? On trouvera ici les réponses des théologiens Karl Rahner et Paul Tillich, des philosophes Louis Lavelle et Gabriel Marcel, de même que des citations sur la religion tirées des oeuvres de Pascal, Kant et Louis de Bonald.
Qu’est-ce qu’une religion?

Karl Rahner: « D’une manière générale, (c'est-à-dire en cherchant à embrasser tout ce qui se présente dans l'histoire comme religion, d’une façon purement descriptive, sans porter aucun jugement de valeur), on désigne par « religion » la relation de l'homme avec le sacré, qui se traduit, comme religion subjective, dans la vénération et l'adoration et qui s'incarne, comme religion objective, dans la confession, dans la parole, dans les actes (gestes, danses, ablutions, onctions, bénédictions, sacrifices, repas sacrificiels) et dans le droit. Cette relation ne peut exister que dans la mesure où le sacré se manifeste à l'homme. La religion est la réponse de l'homme à cette manifestation. Comme telle, elle est, comme toutes les choses humaines, exposée à devenir caduque, et même plus que toutes les autres réalités humaines, car dans la religion l'homme reçoit une participation au sacré et atteint ainsi les extrêmes limites de ses possibilités, mais ceci aussi bien dans le sens du don de lui-même à Dieu, à qui toute sainteté appartient, que dans le sens d'un égocentrisme qui le porte à abuser du nom de Dieu, à s'approprier le sacré et à en disposer en vue de sa seule justification propre. Ces deux faces et ces deux possibilités de la religion, qui se réalisent dans les religions concrètes, le plus souvent, en même temps, dans un certain mélange, permettent de saisir la structure de la religion. »

KARL RAHNER et HERBERT VORGRIMLER, Article « Religion », dans Petit dictionnaire de théologie catholique, Paris, Seuil, 1970, p. 408, Coll. « Livre de vie » # 99.


Gabriel Marcel : « La religion dans sa pureté, c’est-à-dire en tant qu’elle se distingue de la magie et s’oppose à elle, est exactement le contraire d’une technique. Elle fonde en effet un ordre où le sujet se trouve mis en présence de quelque chose sur quoi toute prise lui est précisément refusée. Si le mot transcendance a une signification, c’est bien celle-là; il désigne exactement cette espèce d’intervalle absolu, infranchissable qui se creuse entre l’âme et l’être, en tant que celui-ci se dérobe à ses prises. Rien de plus caractéristique que le geste même du croyant qui joint les mains et atteste par ce geste même qu’il n’y a rien à faire, rien à changer, mais simplement qu’il vient se donner. Geste de dédicace ou d’adoration. Nous pouvons encore dire que ce sentiment est celui du sacré – sentiment où entre à la fois du respect, de la crainte, de l’amour. Remarquons-le bien, il ne s’agit nullement ici d’un état passif; le prétendre, ce serait sous-entendre que toute activité digne de ce nom est une activité technique, qui consiste à prendre, à modifier, à élaborer. »

GABRIEL MARCEL, « Remarques sur l’irréligion contemporaine », dans Être et avoir, Paris, Aubier/Montaigne, 1935, pp. 276-277, Coll. « Philosophie de l’esprit ».


Paul Tillich : « Le concept de religion qui offre donc une extension aussi large que possible doit être ainsi défini : la religion est l’état d’être saisi par une préoccupation ultime, par une préoccupation qui rend toutes les autres préoccupations provisoires et qui en elle-même comprend la réponse à la question du sens de notre vie. C’est pourquoi cette préoccupation comporte un sérieux inconditionnel et exige le sacrifice de toute préoccupation finie qui entrerait en conflit avec elle. La désignation religieuse la plus courante pour le contenu d’une telle préoccupation est le terme « Dieu » : un Dieu ou des dieux. Dans les religions non théistes les attributs divins sont conférés à un objet sacré, à une puissance présente en tout être ou à un principe supérieur tel que le Brahman ou l’ »Un ». Dans les quasi-religions séculières la préoccupation ultime prend pour objet la nation, la science, telle forme particulière ou tel stade déterminé de la société, ou encore l’idéal suprême de l’humanité : un tel objet est alors considéré comme divin. »

PAUL TILLICH, Le christianisme et les religions, Paris, Aubier/Montaigne, 1968, pp. 66-67.


Paul Tillich : « La fin de l’âge religieux – on a déjà parlé de la fin de l’ère chrétienne ou de l’ère protestante – est une représentation impossible. Le principe de la religion ne peut périr, car la question du sens ultime de la vie ne pourra pas être étouffée aussi longtemps que les hommes seront des hommes. »

PAUL TILLICH, Le christianisme et les religions, p. 173.


Louis Lavelle : « On peut dire que la religion commence avec le sentiment du divin c’est-à-dire de notre propre lien avec l’absolu et de la présence d’un infini actuel qui nous déborde à la fois et qui nous pénètre. […]

[…] là où est le tout ou bien l'infini ou bien l'absolu, là est aussi le religieux. Et la liaison de chaque chose avec le tout ou avec l'infini ou avec l'absolu lui donne à elle-même un caractère religieux. De telle sorte qu'à l'égard de l'expérience telle qu'elle nous est donnée, la religion est l'affirmation d’une transcendance, cette transcendance étant également inséparable du tout que la partie est incapable d'embrasser, de l'infini qui déborde radicalement le fini, et de l'absolu auquel on ne parviendra jamais à partir du relatif. […]

[…] pour les uns, la religion c'est la révélation dans le sentiment même de l'angoisse, d'un être sublime et inaccessible, pour les autres, c'est la confiance dans une présence qui ne cesse de nous éclairer et de nous soutenir. […]

[…] ce qui montre que la valeur religieuse dépasse toutes les autres et les comprend en elle, c'est qu'au lieu d'exprimer comme elles une orientation de notre activité dans le temps, elle est en quelque sorte transtemporelle, elle nous élève du temps vers l'éternité. »

LOUIS LAVELLE, Traité des valeurs. Tome II. Le système des différentes valeurs, Paris, P.U.F., 1955.


Pensées diverses

« La religion ne nous fait pas bons, mais elle nous empêche de devenir trop mauvais. »

LOUIS DE BONALD, Maximes et pensées.

« Il faut, pour faire qu’une religion soit vraie, qu’elle ait connu notre nature. Elle doit avoir connu la grandeur et la petitesse, et la raison de l’une et de l’autre. »

PASCAL, Pensées, Éd. Brunschvicg, extrait de la pensée # 434.

« Toute religion est fausse, qui, dans sa foi, n’adore pas un Dieu comme principe de toutes choses, et qui, dans sa morale, n’aime pas un seul Dieu comme objet de toutes choses. »

PASCAL, Pensées, Éd. Brunschvicg, # 487.

« La religion (considérée subjectivement) est la connaissance de tous nos devoirs comme commandements divins. »

KANT, La Religion dans les limites de la simple raison, Trad. J. Gibelin, Paris, Vrin, 1952, p. 204.

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