Notre ami Émile est mort le 25 juin dernier à 91 ans. Il a été professeur, directeur d’école, consultant, formateur de maîtres. Et tout au long de cette carrière, il a donné des conférences, écrit des articles, puis publié des livres. Si on devait nommer cinq personnes qui ont joué un rôle de premier plan au vingtième siècle en éducation au Québec, il ferait partie de cette liste.
En 1972, il a fondé l’école Louis-Riel, laquelle est vite devenue pour les habitants du quartier nord de Montréal où elle a été implantée, l’équivalent d’une école privée. On pourrait trouver dans les principes auxquels obéit cette école bien des idées qui permettraient de transformer, d’améliorer l’école publique d’aujourd’hui sans détruire les écoles privées. Il s’intéressait aussi aux défis liés à la technologie, aux nouvelles technologies. Aujourd’hui il saurait quel parti tirer de l’IA.
À ce propos, voici une anecdote instructive. Émile a eu la bonne idée d’installer des tableaux de maîtres sur les murs de l’école. On a été sceptique face à cette initiative, prétextant que les élèves en quelques jours auraient déchiré ou détruit tous ces tableaux. C’est le contraire qui est arrivé. Ces élèves ont été très respectueux envers les tableaux de Vermeer ou Rembrandt. Ils s’estimaient honorés qu’on leur fasse confiance. Et non seulement ils n’ont pas détruit les œuvres, mais ils s’en sont inspirés pour améliorer l’ensemble de leur comportement.

Il n’est plus celui que ses amis latinos appellent el pensador planetario. Il conserve toutefois une présence multiforme et vivante dans bien des lieux. L’Encyclopédie de l’Agora en est un. Les articles des sections Pionniers de l’écologie et Complexité sont une excellente porte d’entrée dans son oeuvre. Transgressant les frontières entre les pays et les continents comme entre les disciplines, les religions et les visions du monde, il a domestiqué cette idée de complexité rendue nécessaire actuellement aussi bien par l’état de la planète que par celui de la science et de l’humanité. Il faut agir localement sans cesser de penser globalement. Penser, agir : Edgar Morin sait, parfois jusqu’à l’excès trouver le style qui convient aux sujets les plus abstraits comme il sait trouver celui qui incite à l’action.
Voir le dossier Edgar Morin
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Faire la synthèse de l'ensemble des connaissances. Cette tâche, reposant sur le besoin d'unité de l'esprit humain, allait de soi dans l'antiquité, elle était encore possible à la Renaissance; depuis plus de deux siècles, elle est impossible en raison notamment de la multiplication des savoirs spécialisés. Trop de gens en ont toutefois conclu que ladite tâche, parce qu'elle est impossible, a cessé d'être nécessaire. Edgar Morin n'est pas tombé dans ce piège. Il a compris au contraire que l'éclatement du savoir rend l'effort de synthèse encore plus impérieux. Cela le mit dans l'obligation de tenter l'impossible. Là se trouve l'étincelle initiale et le sens de son œuvre.
Voir la section Andrée Mathieu et la complexité
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Le site de l'Association pour la pensée complexe (site désactivé) comporte un lexique. C'est de ce lexique qu'est tirée la définition suivante :
« Ce n'est pas tant la multiplicité des composants, ni même la diversité de leurs interrelations, qui caractérisent la complexité d'un système : tant qu'ils sont pratiquement et exhaustivement dénombrables on sera en présence d'un système compliqué (ou hypercompliqué), dont un dénombrement combinatoire pourrait permettre de décrire tous les comportements possibles (et par là de prédire son comportement effectif à chaque instant dès que la règle ou le programme qui les régit est connu) : en termes mathématico-informatiques on dit alors qu'on est en présence d'un "problème polynomial" ("P. Problem").
La complexité, c'est l'imprévisibilité potentielle (non calculable a priori) des comportements de ce système, liée en particulier à la récursivité qui affecte le fonctionnement de ses composants ("en fonctionnant ils se transforment"), suscitant des phénomènes d'émergence certes intelligibles, mais non toujours prévisibles. Les comportements observés des systèmes vivants et des systèmes sociaux fournissent d'innombrables exemples de cette complexité. Pendant deux siècles, la science positive a semblé "baisser les bras" devant ces phénomènes, préférant ne vouloir connaître que le "scientifiquement prévisible" ou calculable, avant que G. Bachelard ne lui rappelle "son idéal de complexité" qui est de rendre le merveilleux intelligible sans le détruire. En introduisant le concept de "complexité organisée" en 1948, W. Weaver allait réouvrir de nouvelles voies à "l'intelligence de la complexité" que P. Valéry avait déjà définie comme "une intelligible imprévisibilité essentielle". Edgar Morin, à partir de 1977 (La Méthode, T. I) établira le "Paradigme de la complexité" qui assure désormais le cadre conceptuel dans lequel peuvent se développer nos exercices de modélisation des phénomènes que nous percevons complexes ("point de vue") : une complexité à la fois organisée et, récursivement, organisante »
Voir le dossier Complexité
Depuis mon insomnie de la nuit dernière, j’ai peur…peur de Donald Trump…et de tous ceux qui exécutent ses volontés parce que ce sont des ordres, ses ordres auxquels ils ont l’obligation d’obéir ; j’ai peur de ce que Hannah Arendt appelait la banalité du mal : le chef l’a dit, il faut le faire.
Le premier Trump me faisait rire, le second me terrifie. Les États-Unis s’aoute à ma liste des régimes terroristes. C’est ce que signifie à mes yeux le mot arbitraire appliqué à tant de ses décrets. On sous-estime déjà l’effet de cette terreur. Ce que me rappelle une manifestation devant le consulat de l’URSS à Montréal vers 1985, à la défense de Sakharov et de sa femme. Plusieurs de ceux que j'ai solloicté en vain ont eu la franchise de m’avouer qu’ils craingnaient d’être fichés par KGB. Or l’URSS donnait déjà des signes de son effondrement et Montréal n’était que l’une des dizaines de villes dans le monde où une manifestation semblable avait lieu
Petites causes, grands effets : la terreur se répand comme l’effet papillon. Meilleure façon d’en réduire l’effet : la qualité, le nombre, la variété des protestations de mê que la notoriété des partipants.J’ai repris espoir quand l’Université Harvard a fait preuve de résistance.

Je ne connais rien d’aussi joyeux, texte et musique confondus, que l’hymne marquant la cérémonie du cierge éternel pendant la Veillée pascale. Ce qui a retenu mon attention cette année, c’est le rôle des abeilles dans cette symbolique si inspirante. On les évoque dans le texte. C’est le fruit de leur travail qui nourrit la lumière. Donnant déjà le sucre et la lumière naturelle aux autres vivants, elles leur donnent désormais aussi la lumière surnaturelle. Leur cire est le bûcher de l’Agneau Mystique.
Difficile de mieux célébrer les liens unissant dans la nature les éléments (carbone, oxygène…) puis la vie végétale, animale et humaine. L’homme ici, comme l’ours, court le risque d’une piqûre pour mériter le fruit des abeilles. Il n’est pas le prédateur protégé. L’univers lui fait une juste place sans faire graviter tout autour de lui. L’univers n’est pas anthropocentrique,
Cette interdépendance des composantes de l’univers, du naturel au surnaturel, est la grande caractéristique de ce que, dans son encyclique Laudato si, publiée il y a dix ans déjà, le pape François appelle la Maison commune.
À l’Agora, nous avons attaché la plus grande importance à cette encyclique. Nous avons tenu un colloque sur le sujet, animé principalement par notre amie la regrettée Andrée Mathieu, laquelle avait obtenu du physicien Fritjof Capra l’autorisation de traduire en français son article sur l’approche systémique dans Laudato si.
Exultez dans le ciel, multitude des anges !
Exultez, célébrez les mystères divins !
Résonne, trompette du salut,
pour la victoire d’un si grand Roi !
Que la terre, elle aussi, soit heureuse,
irradiée de tant de feux :
illuminée de la splendeur du Roi éternel,
qui recouvrait le monde entier !
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Dans la grâce de cette nuit,
accueille, Père saint, en sacrifice du soir
(la flamme montant de) cette colonne de cire (œuvre des abeilles)
que la sainte Église t’offre par nos mains.
Hypatie d'Alexandrie (vers 360-415) est la seule femme philosophe, mathématicienne et astronome de l'Antiquité. Le roman historique de Jean Marcel Hypatie ou la fin des dieux est, à mon avis, le meilleur livre québécois, mais si je le tire des oubliettes en cette Journée de la femme, 8 mars 2025, c'est d'abord parce qu'il nous plonge dans une époque charnière, fin de la Grèce, triomphe du christianisme, qui rappelle celle que nous traversons aujourd'hui, marquée par ce qui semble être la fin du christianisme et l'entrée dans je ne sais quelle civilisation dominée par les technologies numériques. (Voir ci-après l'entretien de Michel Onfray et du père Michel.)
«Comment te convaincre que ce qui meurt autour de moi m'afflige plus encore que ma propre perte ? Nos dieux sont en péril de mort, Synésios, mais à qui en appeler quand il n'y a plus personne ? Nos dieux sont en détresse, et je suis seule avec eux?»

Chaque fois que je clique sur Google ou Facebook, je donne à ces géants des parts de mon attention qu'ils vendront à des agences de publicité souvent de ma région. J'enrichis ainsi des Américains déjà démesurément riches. Dans le calcul de la balance commerciale entre le Canada et les États-Unis, est-ce qu'on tient compte de ces dépenses invisibles mais bien réelles?
Bien des précédents rendent ce danger manifeste, mais quand j'ai vu l'ascension d'Elon Musk dans l'espace américain, c'est d'abord à Nicolas Fouquet que j'ai pensé. Ce richissime français avait fait construire le Château de Vaux-le-Vicomte, le plus somptueux de France. Il avait invité le jeune Louis XIV à l'inauguration. Commentaire de Voltaire : « Le 17 août 1661, à 6 heures du soir, Fouquet était le roi de France ; à 2 heures du matin, il n'était plus rien. »
Quel est le contraire de la noblesse ? La vulgarité. On l'a vue dans sa plus sombre splendeur le 28 février 2025 quand le président et le vice-président américains se sont acharnés, telle une meute sur son propre terrain et devant les télévisions du monde entier, contre Volodimir Zelensky, le président d'une petite nation, l'Ukraine, en position de faiblesse. «De la bonne télévision», a déclaré Donald Trump.

Voyons par comparaison comment Velasquez a évoqué la mansuétude avec laquelle le général espagnol a reçu les clefs de la ville de Breda après la reddition des Hollandais
Michel Onfray
dialogue avec un moine de l'Abbaye de Lagrasse