Corvées et quêtes

Jeanne Pomerleau
Synthèse des différentes figures qu'a prises l'entraide dans la fondation de l'Amérique septentrionale et plus particulièrement canadienne-française. L'enquête inclut les corvées issues de l'Ancienne France et couvre le régime anglais aussi bien que les populations acadienne, américaine mais surtout québécoise. Une centaine de corvées communautaires, religieuses ou d'entraide avec ou sans échange de temps sont décrites, agrémentées de témoignages et abondamment illustrées.
Jeanne Pomerleau définit ainsi la corvée: «La corvée, telle que nous la connaissons au Québec et dans les milieux francophones en Amérique du Nord, est un travail fait en groupe, sans rénumération dans le but de s'entraider ou d'échanger du temps» (p. 21). En marge de la société moderne naissante et de la lutte séculaire de la rénumération ouvrière, toute une société peut vivre sur la base d'un travail qui n'est aucunement rénuméré, si ce n'est sous forme d'un échange de temps conclu de gré à gré.

La centaine de corvées répertoriées et décrites par Pomerleau, spécialiste de la vie d'autrefois, montre l'impact des différentes coutumes de charité et de solidarité sur l'économie réelle de la colonisation. La liste des corvées semble innombrable: «d'autres corvées concernaient les travaux forestiers comme le bûchage, la préparation d'abattis, l'essouchage, le défrichage et le sciage de bois. Il y avait aussi les corvées de travaux agricoles (...) Il y en avait aussi pour la construction et l'entretien des chemins, de ponts en bois, en pierre ou en glace et de quais de pêche (...) les corvées de la vie domestique, telles que la construction du four à pain, sans oublier les corvées alimentaires comme celles de la préparation de la nourriture lors de maladie ou de décès...» (p. 40).

On voit, avec cet essai, que ce mode de production des biens et des services reposant uniquement sur le principe de solidarité tisse de part en part le dynamisme de la société canadienne traditionnelle et n'est pas réductible à des atavismes culturels marginaux. Sans corvées multiples échelonnées sur toute l'année, le développement de cette communauté économiquement démunie que fut le Canada français n'aurait peut-être pas assuré la survie de l'identité ou la survie tout court.

À cette dose massive de corvées assurant la survie de la collectivité québécoise, s'ajoutait de multiples quêtes permettant de compléter le service d'entraide. Ainsi la Guignolée, la quête de l'Enfant-Jésus, la Chandeleur, le mardi Gras (qu'il ne faut pas confonde avec la mi-Carême et même l'Halloween) sont décrites comme coutumes culturelles mais aussi comme démarches de solidarité: «Ces démarches s'inscrivaient dans le rituel des fêtes saisonnières et s'accompagnaient toujours de divertissements dont le déroulement était fixé par la tradition (p. 329). La fête devient ainsi une monnaie de rétribution; elle est enclavée à son tour par le précepte religieux. Beaucoup de fêtes (incluant la boisson) se terminent à minuit moins le quart, le temps d'une courte prière avant la dispersion des fêtards.

L'essai de Jeanne Pomerleau s'accompagne aussi de shémas illustrant les cycles de ces corvées et quêtes réparties au long de l'année (celui qui suit se trouve à la p. 26).

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