Conférence: La logique du don

Jacques Godbout
«On m’a invité à vous parler de la logique du don. L’embêtant c’est que le don n’est pas logique. À tout le moins il n’obéit sûrement pas à la logique dominante actuellement, celle de la rationalité instrumentale et de l’intérêt propre au néo-libéralisme. Le don est un peu fou, il répond à des impulsions émotives; il laisse aller les choses, il suppose l’abandon actif.
Il s’oppose au contrat, où on essaie de tout prévoir; dans le don, au contraire on libère l’autre de ses obligations contractuelles.

Ça fait même partie des multiples définitions du don: donner c’est une forme de circulation des choses qui libère les partenaires de l’obligation contractuelle de céder quelque chose contre autre chose. Comme l’écrivait déjà Sénèque: un bienfait est un service rendu par quelqu'un qui eût été libre, tout aussi bien, de ne pas le rendre (t.1, p. 77)

Donner, c’est donc risqué. Si on donne, on peut se faire avoir, et à force de se faire avoir, on n’a plus de biens et on ne survit pas… Or l’humanité aspire à avoir le plus de biens possibles, et de plus en plus. Et pour y arriver, il faut se fier sur soi seulement, il ne faut chercher que son intérêt, lequel consiste à augmenter la quantité de biens, et c’est d’ailleurs ce que les humains font, depuis toujours. Ce faisant on arrivera au plus grand bonheur du plus grand nombre, affirme Bentham. Telle est la logique qui aspire à dominer la planète, la logique néolibérale exposée magnifiquement chaque semaine dans la revue The Economist. C’est une logique contraire au don, une logique qui s’oppose même au don;une logique qui affirme qu’on doit tout produire pour tout contrôler; une logique de contrôle sur les choses.»

Voir le texte de cette conférence.

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