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Limite

On peut voir dans la limite soit un obstacle à la satisfaction d'un désir, soit une condition de la beauté. Forme, contour, achèvement sont des synonymes de limite et nous aident à comprendre pourquoi limite est synonyme de beauté. Les anciens Grecs avaient une préférence si marquée pour ce second sens qu'ils le tranposaient sur le plan moral et identifiaient le mal à l'illimité. Le premier sens imprègne à ce point la civilisation technicienne qu'il nous est congénital et que c'est seulement au prix d'une conversion intérieure que nous pouvons revenir au second.

«La vérité aime ses limites : c'est là qu'elle rencontre le beau.»

Rabindranath Tagore, Lucioles, Feuilles de l'Inde,p.97

«Le vrai exige une limite et la demande à la beauté.»

Michel Serres, Le triers-Instruit, p.190

Essentiel

La biologie, le droit, la bioéthique, dans leur état actuel, ne peuvent pas nous aider efficacement à trouver la voie de la sagesse dans les interventions humaines sur la vie, parce que ce sont des disciplines qui se meuvent à l'intérieur d'une raison instrumentale dont le but est de dépasser les limites alors que nous aurions besoin d'une raison respectueuse de la limite. C'est parce qu'ils vivaient d'une telle raison que les Grecs ont eu horreur de cette démesure dans laquelle nous nous complaisons.
«Or la raison est conçue, conformément à un thème ontologique fondamental de la pensée grecque, comme puissance essentielle de limitation, comme détermination à l'intérieur d'un trait qui fixe les contours, qui arrête le tracé au-delà duquel commencent excès et démesure, eux-mêmes condamnés simplement parce qu'avec eux s'instaure le règne du n'importe quoi. Être, c'est être quelque chose, et si l'indéfini est, dès l'aube de l'hellénisme, exorcisé, s'il est signe de déraison, c'est parce qu'il est en même temps non-être, ou moindre être. Définissant la rationalité comme puissance de limitation, il faut voir que cette limitation ne doit pas être comprise au négatif, c'est-à-dire comme ce qui, en bornant, ferme, mais au contraire, comme l'a marqué Heidegger dans Le principe de raison, comme ce qui, en cernant l'être, le constitue et le fait éclater au-dehors, saisissable au regard, tout comme la statue surgit du bloc quand le ciseau lui a conféré contour. La raison, pensant le besoin dans la société civile, lui donne son être de besoin humain, c'est-à-dire à la fois ouvre son champ et l'enclôt; elle assure la discipline du besoin au sens où Aristote, de façon très platonicienne, dit qu'il faut philosopher avec les passions, à savoir ne pas prétendre les extirper, mais les régler tout en les conservant. Et comment en effet extirper tout besoin? - mais comment l'abandonner à lui-même, à son excitabilité infinie, son indéfini pouvoir de prolifération, l'inextinguible appétit d'avoir plus.» (Le besoin et la détermination par Gilbert Romeyer Dherbey)

Voici comment, dans L'Illiade ou le poème de la force, Simone Weil déplore le fait que les idées de limite et de mesure, qui «devraient déterminer la conduite de la vie, n'ont plus qu'un emploi servile dans la technique.»

«Ce châtiment d'une rigueur géométrique, qui punit automatiquement l’abus de la force, fut l'objet premier de la méditation chez les Grecs. Il constitue l’âme de l'épopée; sous le nom de Némésis, il est le ressort des tragédies d'Eschyle; les Pythagoriciens,
Socrate, Platon, partirent de là pour penser l'homme et l’univers. La notion en est devenue familière partout où l’hellénisme a pénétré. C'est cette notion grecque peut-être qui subsiste, sous le nom de Kharma, dans des pays d’Orient imprégnés de bouddhisme; mais l'Occident l’a perdue et n’a plus même dans aucune de ses langues de mot pur l’exprimer; les idées de limite, de mesure, d'équilibre, qui devraient déterminer la conduite de la vie, n'ont plus qu’un emploi servile dans la technique. Nous ne sommes géomètres que devant la matière; les Grecs furent d’abord géomètres dans l’apprentissage de la vertu.» (La source grecque, NRF, Paris, 1953)

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