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John Muir (1838-1914)

Jacques Dufresne

Géologue, géographe, zoologiste, botaniste, mais avant tout marcheur, John Muir (21 avril 1838 - 24 décembre 1914) fut un des fondateurs du mouvement environnementaliste aux États-Unis. C’est grâce à lui que la vallée du Yosémite en Californie fut classée comme parc naturel en 1890. Il fonda le Sierra Club en 1892, lequel continue à jouer un rôle très important pour la sauvegarde des sites naturels des États-Unis.

 

«C'est à John Muir, note Daniel Cérézuelle, que les Américains doivent leurs parcs nationaux, mais c'est pour une autre raison que tant d'êtres humains se reconnaissent en ce marcheur solitaire: il a posé en termes clairs la question du sens de la vie dans la nouvelle société industrielle et industrieuse et il a répondu, par sa vie, en termes tout aussi clairs. Son père, l'immigrant typique, a mis toute sa famille au travail forcé pour défricher la terre qui lui avait été concédée. En dépit de l'état de fatigue permanent dans lequel le régime familial le maintenait, John levait parfois la tête pour regarder le paysage... et l'admirer, ce qui soulevait en lui la grande question: pourquoi travaillons-nous comme des damnés si nous reportons toujours à plus tard ce qui donne son sens à ce travail: la joie de se rapprocher de Dieu en le contemplant à l'œuvre dans la nature. Muir a vite pris son parti, dont il n'a pas dévié: se tourner immédiatement et résolument vers la fin.» Source

LE MARCHEUR ROMANTIQUE

«À ce moment, en Europe comme aux États-Unis, la marche était un véritable sacrement, on se donnait rendez-vous pour marcher aussi souvent que pour prendre un repas.C’est par des organismes comme le Sierra Club que s’est opérée la transition entre un naturalisme dominé par la contemplation désintéressée de la nature et les mouvements écologiques actuels qui, sans négliger la contemplation, mettent surtout l’accent sur la protection de la nature. Si jamais la nature est sauvée sur cette planète, la dette de l’humanité à l’endroit des marcheurs romantiques sera considérable. Pour l’instant c’est dans les paysages de l’Ouest de l’Amérique du Nord, si chers aux membres du Sierra Club, et en Alberta plus précisément, que les crimes les plus violents contre la nature sont commis.» L'homme assis: la grande révolution méconnue.

 

CULTIVATEUR OU FOSSOYEUR?

« J’ai souvent pensé, écrit John Muir, que notre manière brutale et excessivement laborieuse de faire produire du grain au sol avait trop à voir avec l’action du fossoyeur (…) En ces jours-là, hommes et garçons et, même les femmes et les filles, étaient eux aussi fauchés pendant que l’on moissonnait le blé. Les gras devenaient maigres et les maigres de plus en plus maigres, cependant que les joues roses ramenées d’Ecosse ou d’autres régions fraîches tournaient au jaune, comme le blé. Le vice du surtravail faisait de nous tous des esclaves.» (SMBY p102-103)

VIE ET MORT

« Il n’est pas d’autre sujet sur lequel nos idées sont plus tordues et pathétiques que sur la mort. Au lieu de la sympathie, de l’union amicale de la vie et de la mort, si apparentes dans la nature, on nous enseigne que la mort est un accident, une punition déplorable pour notre plus ancien péché, l’ennemi suprême de la vie etc. Les enfants des villes, en particulier, sont plongés dans cette orthodoxie de la mort, car les beautés naturelles de la mort sont rarement vues ou enseignées dans les villes. Mais laissez les enfants marcher dans la nature, laissez-les voir le beau mélange et la communion de la vie et de la mort, leur joyeuse et inséparable unité, telle qu’elle nous est enseignée dans les bois et dans les prés, les plaines et les montagnes et les ruisseaux de notre planète bénie, et ils apprendront que la mort n’a pas d’aiguillon, assurément, et qu’elle est aussi belle que la vie, et que la tombe n’a pas de victoire car elle n’a pas de combat. Tout est harmonie divine. » ( TMWG p.33-34)

PARFUM D’ÉTERNITÉ

« Chaque matin, ressuscités du sommeil de la mort, les plantes heureuses et toutes nos sœurs, les créatures animées grandes et petites, et même les rochers semblaient crier " debout, debout, réjouis-toi, viens nous aimer et chanter avec nous, viens, viens ! " Considéré à travers le calme, la beauté enchanteresse et romantique et la paix de ce bosquet où nous avons campé, ce mois de juin semble le plus magnifique de tous les mois de ma vie, le plus authentiquement et divinement libre, illimité comme l’éternité, immortel. Tout ce qu’il a contenu semble également divin – une émanation incandescente, paisible, pure et sauvage de l’amour divin, qui ne sera jamais terni ou effacé par quoi que ce soit de passé ou à venir » MFSS p.38

 

L’ESPRIT DES MONTAGNES

« Pour les amoureux de la nature sauvage, ces montagnes ne sont pas à cent miles. Leur pouvoir spirituel et la bonne qualité du ciel les rendent proches, comme un cercle d’amis. Elles s’élèvent comme si elles n’étaient qu’une partie du cercle de collines qui entoure ce vallon. On ne peut pas se sentir soi-même lorsqu’on est en plein air ; la plaine, le ciel, les montagnes irradient une beauté que l’on ressent. On baigne dans ces rayons spirituels qui nous encerclent de la même manière que l’on se réchauffe à un feu de camp. Et à ce moment on perd la conscience de son existence séparée, on se fond avec le paysage et on devient un élément, une partie de la nature. » (TMWG p.100).

CONTRE L’ÉGLISE, TOUT CONTRE

Il se rebelle en particulier contre les enseignements des églises et des écoles qui trop souvent répandent la (D.C.) " doctrine cruelle, aveugle et sans amour, selon laquelle les animaux n’ont ni esprit ni âme, n’ont pas de droits que nous aurions l’obligation de respecter, qu’ils ont été faits seulement pour que l’homme les domestique, les dénature, les massacre ou les mette en esclavage" (SMBY p.51). Dès lors la notion de sympathie entre tous les êtres revient constamment sous sa plume et nourrit un lyrisme qui repose avec bonheur sur l’analogie généralisée.(D.C.)
« Il n’est apparemment jamais venu à l’esprit de ces enseignants des fins dernières qu’en faisant des animaux et des plantes la nature ait eu pour objectif d’abord le bonheur de chacun d’entre eux et non le bonheur d’un seul. Pourquoi l’homme se donnerait-il une valeur supérieure au fait d’être une petite partie de la grande unité de la création ? Et parmi toutes les créatures que le Seigneur a pris la peine de créer en est-il une seule qui n’apporte pas sa contribution à la plénitude de cette unité : le cosmos ? L’univers serait incomplet sans l’homme, mais il serait aussi incomplet sans la plus petite des créatures microscopiques qui demeurent loin de nos yeux et de notre connaissance… les bien-pensants terrifiants, les orthodoxes de ce laborieux patchwork qu’est la civilisation moderne, taxent d’hérésie celui dont les sympathies s’étendent ne serait-ce que d’un cheveu au-delà de l’épiderme de notre propre espèce. » (TMWG p.66).

Muir est persuadé que l’éthos de l’exploitation de toute la nature a été encouragé par la tradition chrétienne. Mais il ne s’aperçoit pas qu’il s’appuie sur toute une tradition biblique pour critiquer une version très particulière de la tradition judéo-chrétienne. En réalité, Muir est pétri de culture humaniste et biblique. Enfant, il avait appris pratiquement toute la Bible par cœur ; et pour critiquer la religion des bigots c’est quand même à Dieu qu’il en appelle, ce même Dieu qui répondit à Job (D.C.) " Où étais-tu quand j’ai posé les fondements de la terre ? (…) Voici le Béhémoth que j’ai créé comme toi ". Et de l’alligator qui hante les marais de Floride, version plus contemporaine du Béhémoth biblique, voici ce qu’il écrit : « Je pense que la plupart des antipathies qui nous hantent et nous terrifient sont des productions morbides de l’ignorance et de la faiblesse. J’ai de meilleures pensées au sujet des alligators maintenant que je les ai vus chez eux. Honorables représentants des grands sauriens d’une création plus ancienne, puissiez-vous jouir durablement des lys et de vos élans, et être gratifiés de temps en temps d’une ration d’homme terrifié, en guise de gâterie ! " » (TMWG p.47).

Ouvrages cités


The Story of a Dog, 1909 (ST);
My First Summer in the Sierra, 1911 (MFSS) ;
The Story of My Boyhood and Youth,1913 (SBY) ;
Travels in Alaska, 1915(TA) ;
A Thousand-Mile Walk to the Gulf 1916 (TMWG).

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