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    Dossier: Ville

    Réflexions sans ordre concernant la ville

    Jacques Dufresne

     Table des matières

     Au commencement étaient les cimetières

    La ville instantanée

    Le bidonville poétique

    Le feu sacré de la ville

    La ville et le sens du lointain

     

    Au commencement était le cimetière

    Les premières villes furent des cimetières : entre deux excursions les chasseurs cueilleurs y rassemblaient leurs morts et revenaient périodiquement vers eux. « La cité des morts, écrit Lewis Mumford, a précédé le cité des vivants. » À propos de ce lointain passé, Mumford rappelle que mieux on connaît le passé des villes, mieux est préparé à penser leur avenir.

    Le débat sur les cimetières musulmans au Québec prend tout son sens dans ce contexte. Pour ce qui est du Québec chrétien, le lointain passé soulève cette question : la disparition des cimetières ne précède-elle pas celle des villes, de leur âme tout au moins ?

    Chose entendue il y a une quarantaine d’années par une femme innue de la région de Sept-Îles. Quand un enfant mourait l’hiver pendant une chasse, on attachait son cadavre à une branche d’arbre, pour pouvoir le déposer, le printemps venu, dans un cimetière près d’un sentier.

    On visite encore un cimetière romain près d’Arles, les Alyscamps…

    Dans Arles, où sont les Aliscams,

    Quand l'ombre est rouge, sous les roses,

                Et clair le temps,

    Prends garde à la douceur des choses.

    Lorsque tu sens battre sans cause

                Ton cœur trop lourd ;

    Et que se taisent les colombes :

    Parle tout bas, si c'est d'amour,

                Au bord des tombes. (P.J. Toulet)

     

    La ville instantanée

    Ordinateurs, internet, voitures électriques, fusées, téléphones portables. Dans la Silicone Valley on réussit tout, de plus en plus vite, tout sauf les villes. San Francisco est un enfer. Il fallait donc s’attendre à ce que les entrepreneurs du lieu donnent à leurs ingénieurs le mandat de construire des maisons en une journée,  des gratte-ciel en quelques jours et des villes en quelques semaines. Simple : des imprimantes 3D fabriqueront des maisons séparées, des modules qui seront intégrées à des structures géantes. Un article récent du New-York Times rend compte de toutes ces innovations possibles.

    Un fabuleux marché est ouvert à ces entrepreneurs. La ville de Lagos au Nigeria comptait 200 000 habitants en 1960. Elle en compte 20 millions aujourd’hui. Si la croissance continue au même rythme, elle en comptera 100 millions dans 60 ans. The Guardian dresse une liste des villes du monde appelées au même sort.

    On pourra certes réduire la migration vers les mégalopoles, mais ce sera au prix de la construction de nouvelles villes et partout il faudra agir rapidement, comme on se propose de le faire à Toronto, en bordure du lac Ontario, dans le cadre d’un projet conçu et géré Sidewalk Labs, une filiale d’Alphabet, maison-mère de Google.

    https://www.nytimes.com/2018/02/24/upshot/tech-envisions-the-ultimate-start-up-an-entire-city.html

    https://www.theguardian.com/cities/2018/mar/19/urban-explosion-kinshasa-el-alto-growth-mexico-city-bangalore-lagos

     

    Le bidonville poétique

    Le bidonville poétique, ultime espoir pour des centaines de millions d’êtres humains. La maison dont je conserve le souvenir le plus émue et le plus vivant, je l’ai découverte en 1961 dans dans l’un des barrios pobres de Santiago au Chili, dont les maisons étaient faites de contreplaqués de 6 mètres coupés en deux sur les côtés. En guise de toit, des tôles rouillées de même dimension. Trois frères de ;a communauté Charles de Foucauld, dont un ancien architecte, vivaient dignement dans l’un de ces abris. Leur charité consistait à l’embellir au point de le rendre poétique. La cour était si minuscule qu’on y garait la bicyclette à la verticale pour permettre à un petit oranger d’y survivre. À la place du mur de gauche des briques ajourées créaient le climat sacré d’une chapelle pouvant accueillir trois ou quatre fidèles. Quelques fleurs ici, quelques beaux objets là, des lits superposés, des fruits sur la table complétaient le tableau, celui de la seule inégalité créatrice, celle qui repose sur un goût dont tous peuvent s’inspirer gratuitement.

    Bien des nano maisons à la mode en ce moment correspondent à cet idéal.

    Chose dite : il y a une quarantaine d’années par une femme innue de la région de Sept-Îles. Quand un enfant mourait l’hiver pendant pendant une chassem on attachait son cadavre à une branche d’arbre, pour pouvoir le déposer, le printemps venu, dans un cimetière près d’un sentier.

     

    Le feu sacré de la ville

    Dans presque tous projets récents sur la ville, il est question de développement durable et de résilience, avec à l’horizon le respect de la Terre sacrée. Ne conviendrait-il pas, dans ce contexte, de renouer avec le feu sacré des villes de l’antiquité?  «Ce prytanée est le foyer de l'État, de la polis, là où se trouve le feu sacré qui ne s'éteint jamais. Symbole de la permanence de la cité, consacré à Hestia, déesse du foyer, de la maison et de la famille, le Prytanée en est le cœur symbolique et politique : les magistrats y siègent, on y reçoit les honneurs publics et les ambassadeurs, on y prend le feu pour fonder des colonies (et leur Prytanée), on y fait les sacrifices et offrandes aux dieux de la cité.»

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Prytan%C3%A9e

     

    La ville et le sens du lointain

    L'intérêt pour le patrimoine de l'humanité suppose l'exercice d'une faculté méconnue: le sens du lointain, du lointain dans le temps et du lointain dans l'espace, les deux étant inséparables, comme le prouve notamment la présence d'équipes internationales sur des chantiers archéologiques comme ceux de Carthage ou de Jéricho. Venus de très loin dans l'espace, ces chercheurs de souvenirs creusent très loin dans le temps. Leur œuvre a évidemment plus de signification que s'ils étaient des travailleurs du voisinage venus chercher des trésors pour le compte d'une entreprise locale.

    Comment se développe ce sens dont dépend l'avenir de l'humanité? Au moyen-âge, en Europe, trois ou quatre générations d'hommes ou de femmes travaillaient à la construction de villes comme Sienne en Italie, comme Cambridge en Angleterre, à l'édification de cathédrales comme celle de Chartes en France, de Cologne en Allemagne. Ces hommes et ces femmes travaillaient pour leurs descendants, pour nous donc. Le labeur des constructeurs des Pyramides d'Égypte est encore plus émouvant. Tout aussi émouvante est la finesse patiente des créateurs des jardins chinois et japonais. Et on est attendri jusqu'aux larmes lorsqu'on essaie de se représenter le travail de ceux qui ont façonné les premiers paysages humains dans la savane africaine.

    La plupart de ces êtres humains croyaient en une autre vie, mais cela rend leur sens du lointain, leur sollicitude à notre égard, encore plus incompréhensible. Puisqu'ils croyaient en une autre vie, la terre n'était pour eux qu'un lieu de passage. Ils auraient été justifiés de ne construire que des baraquements temporaires, d'autant plus qu'ils se savaient à la merci des épidémies et des conquérants étrangers. Ils ont préféré construire pour l'éternité.

    La terre, du moins pour les occidentaux, est désormais le premier et le dernier séjour, le lieu des seules joies que nous aurons jamais. La simple évocation de ce cadre unique de notre unique vie et de l'unique vie de nos descendants, devrait nous remplir de compassion. "Aimez ce que jamais on ne verra deux fois," disait Alfred de Vigny. Inspiré par la même vision tragique, Pindare avait écrit ces vers:

    Qu'est l'homme, que n'est pas l'homme?

    l'homme est le rêve d'une ombre

    mais quelquefois, comme un rayon descendu d'en haut

    la lueur brève d'une joie illumine sa vie

    et il connaît quelques douceurs.

    Cette terre, qui est notre paradis, nous l'avons pourtant transformée en un immense baraquement éphémère. Le Stade olympique de Montréal est le parfait exemple de cette architecture sans racine et sans avenir. Construit en quelques années, il aura disparu dans moins de cent ans comme tout ce qui n'est que béton, c'est à dire poussière. Pourquoi notre époque a-t-elle choisi la poussière comme matériau plutôt que le marbre ou la pierre? Le ciment servait à réunir des blocs plus résistants. Pourquoi en avons-nous fait notre matériau principal?

    Source et suite

    http://agora.qc.ca/documents/lointain--le_sens_du_lointain_par_

    Date de création : 2018-03-26 | Date de modification : 2018-03-29

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