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Noël et le tourisme spatial

Jacques Dufresne

Entre le «Dieu homme qui descendit jusqu’à nous» et l’homme dieu qui monte au ciel sans nous, l’écart se creuse dangereusement en faveur du second. Il se creuse aussi en le 1% et le 99%. Danger! Noël, fête de l'Incarnation! Fuir la terre en fusée vers des astres morts n'est-ce pas la désincarnation suprême?

Gilets jaunes et verts du monde entier unissez-vous! Contre les Musk, Bezos et Branson, ces Space Barons qui veulent transformer Mars en une Venise galactique, pigeons compris; avec hélas! la complicité de tous les médias. Ces enfants de la science-fiction, démesurément enrichis par vous et moi, perdent la tête, une tête trop pleine sans doute, quand ils se proposent, au péril de la vie sur terre, de transformer leurs fusées en bateaux de croisière de l’espace. Qu’ils veuillent aller chercher du lithium sur les planètes, voire détruire les satellites de l’ennemi, cela s’inscrirait dans une logique suicidaire certes, mais bien réelle; ce qu’ils veulent toutefois c’est aussi et peut-être avant tout une porte de sortie VIP pour échapper aux feux de forêt de la Californie et à une humanité en colère.

Je n’aurais jamais osé les accuser d’un tel narcissisme. Je cite le National Geographic : « Un des mobiles de ces barons de l’espace c’est la conviction que les jours de la Terre sont comptés; ils veulent donc leur escalier personnel, privé vers le ciel. » Ils sont les maîtres du château fort et ils veulent quitter leur donjon par le haut en fusée plutôt que de défendre la piétaille qui les a nourris. Champions aussi dans la cour de récréation : « Une fusée spatiale c’est bien sûr le symbole phallique par excellence. […] On se croirait dans une cour d’école à un concours de popularité entre hommes riches : “ Le mien est plus gros que le tien!” »[i]

Accordons-leur au moins le mérite de soulever par leurs excès la seule question vraiment importante en ce moment. « L’homme Dieu descendit jusqu’à nous (tous) » dit le Minuit chrétien. Nos barons montent seuls au ciel. Ici il faut corriger le Minuit chrétien. C’est le Dieu homme qui descendit par amour jusqu’à nous. L’homme Dieu c’est celui qui monte au ciel égoïstement.

Nous sommes au cœur d’un phénomène religieux. Les fusées sont des ascenseurs, de la pesanteur déguisée en grâce parce qu’elles s’élèvent un moment avant de tomber. Elles sont idolâtrées pour cette raison et parce qu’elles sont un symbole phallique. C’est à une ascension, une croissance intérieure, que nous invite le Dieu homme en descendant jusqu’à nous.

Il ne s’agit pas ici de revendiquer pour une seule religion ou une seule spiritualité l’exclusivité de l’énergie d’un autre ordre, qu’elle vienne d’en haut, du soleil invisible ou que son souffle nous atteigne à travers l’élan vital de l’évolution. Il s’agit de savoir s’il est sage de reporter sur l’être humain toute la confiance détournée de Dieu, si souvent trahi par les religions, mais aussi si souvent retrouvé grâce à elles.  Sous le soleil visible, les plantes, exposées à ce seul soleil, croissent pour donner, les hommes, dans les mêmes conditions,  croissent pour prendre. C’est la démesure. Comment pouuraient-ils apprendre à croître en donnant ?

Quelques artices récents sur le même sujer:

Dans Le Point

Dans L'Express

Dans Le nouvel ordre mondial

 

 



[i] https://news.nationalgeographic.com/2018/04/three-billionaires-are-racing-to-space--who-will-win-/

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«Agrégé d’histoire et de géographie, mais aussi grand ami et princi