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    Impression du texte

    Dossier: Culture médicale

    Manzoni, romancier, historien, épidémiologiste

    Jacques Dufresne

    Dans Les fiancés, le plus grand roman italien, Manzoni (1785-1873) raconte l’histoire de la peste de Milan (1630) avec la rigueur d’un historien et celle d’un épidémiologiste. Dans un autre ouvrage, moins connu, un essai intitulé L’histoire de la colonne infâme, il s’élève contre la barbare injustice commise à l’endroit des boucs émissaires de Milan, avec une indignation que l’on a comparée à celle de Voltaire dans L’affaire Calas. Il s’agit d’un classique à la fois de la criminologie et de l’épidémiologie. Voici des extraits de ces deux livres. Y aura-t-il des boucs émissaires en Chine ? Le maire de Huan n’est-il pas sur la liste ?

     

    Les Fiancés

    Le texte complet du roman est offert en ligne.

    Extrait

    «Que l’on se figure quels devaient être les soucis des décurions sur qui pesait le soin de pourvoir aux besoins publics, de parer au mal là où il était possible de le faire dans un semblable désastre.

    Chaque jour il fallait remplir des vides parmi les employés du service sanitaire, chaque jour augmenter le nombre de ces agents de diverses sortes : monatti, apparitori, commissaires. Les premiers étaient affectés aux services les plus pénibles et en même temps les plus dangereux de la peste, comme d’enlever les cadavres des maisons, des rues, du lazaret, de les charrier aux fosses et les enterrer, de porter ou conduire les malades au lazaret et de les y soigner ; de brûler, de purifier les objets infectés ou suspects. Quant à leur nom, Ripamonti le fait dériver du grec monos ; Gaspare Bugati (dans une description de la peste antérieure), du latin monere ; mais celui-ci en même temps soupçonne, avec plus de raison, que ce peut être un mot allemand, vu que ces hommes étaient pour la plupart recrutés en Suisse et dans le pays des Grisons. Et il serait en effet assez plausible de voir dans ce mot une abréviation de celui de monatlich (mensuel) ; car, dans l’incertitude où l’on était sur le temps durant lequel on pourrait avoir besoin de cette sorte d’agent, il est probable qu’on ne les engageait que de mois en mois. L’emploi spécial des apparitori était de précéder les chariots chargés de cadavres, en sonnant une clochette pour avertir les passants de se ranger. Les commissaires dirigeaient les uns et les autres, sous les ordres immédiats du tribunal de santé. Il fallait veiller à ce que le lazaret fût constamment pourvu de médecins, de chirurgiens, de médicaments, de vivres, de tout ce qu’exige le service d’une infirmerie ; il fallait trouver et disposer de nombreux logements pour les nouveaux malades qui survenaient tous les jours. Pour cela on fit construire à la hâte des baraques en bois et en paille dans l’espace intérieur du lazaret ; on en forma un nouveau, tout en baraques, avec une simple clôture en planches, et propre à contenir quatre mille personnes. Puis, comme il ne suffisait pas encore, on ordonna la formation de deux autres, pour lesquels même on mit la main à l’œuvre ; mais le défaut de moyens de tout genre empêcha de les achever. Les moyens, les ouvriers, le courage, tout cela diminuait à mesure qu’en augmentait le besoin.

    Et non-seulement les projets et les ordres donnés restaient sans exécution, non-seulement on ne satisfaisait que d’une manière bien imparfaite, même en paroles, à nombre de nécessités qui n’étaient que trop reconnues ; mais on en vint à ce degré d’impuissance et de désespoir de ne rien faire du tout pour celle-là même qui était la plus urgente et la plus à déplorer. Ainsi, par exemple, on laissait mourir dans l’abandon une grande quantité de petits enfants dont les mères avaient succombé à la peste. La Santé proposa de créer un asile pour ces infortunées créatures et pour les pauvres femmes en couche ; elle demanda que l’on fît quelque chose pour venir à leur secours ; elle ne put rien obtenir. Il est juste cependant, dit Tadino, de ne point trop accuser à cet égard les décurions de la cité qui étaient affligés et tourmentés par le militaire, dont les demandes n’avaient ni règle ni discrétion, et moins encore dans la malheureuse province que dans la ville, attendu qu’on ne pouvait obtenir du gouverneur nulle assistance et pas d’autres paroles, sinon que l’on était en temps de guerre et qu’il fallait bien traiter les soldats[121]. Tant il importait de prendre Casal ! Tant se montre pleine de charmes la louange qui suit la victoire, indépendamment du motif, du but pour lequel on combat !

     

    Ainsi encore les cadavres ayant comblé une grande, mais unique fosse, qui avait été creusée près du lazaret, et conséquemment les nouveaux cadavres dont le nombre grossissait chaque jour, demeurant çà et là privés de sépulture, les magistrats, après avoir en vain cherché des bras pour ce triste et fâcheux travail, avaient fini par dire qu’ils ne savaient plus à quel moyen recourir. Et l’on ne voit pas comment, sans un secours extraordinaire, on aurait pu sortir de ce funeste embarras. Ce secours, le président de la Santé alla, dans une sorte de désespoir, et les larmes aux yeux, le demander à ces deux hommes si capables, à ces deux excellents moines qui gouvernaient le lazaret ; et le père Michel s’engagea à lui donner, sous quatre jours, la ville nette de cadavres, ainsi qu’à faire creuser, dans la huitaine, des fosses suffisantes, non-seulement pour le besoin du moment, mais pour celui que les prévisions les plus sinistres pourraient faire supposer dans l’avenir. Accompagné d’un de ses religieux et de quelques employés du tribunal qui furent mis à sa disposition par le président, il alla hors la ville chercher des hommes de la campagne ; et moitié par l’autorité du tribunal, moitié par celle de l’habit qu’il portait lui-même et de ses paroles, il parvint à en réunir environ deux cents, par lesquels il fit creuser trois fosses de très-grande dimension ; il envoya ensuite du lazaret des monatti pour ramasser les morts ; et, au jour fixé, sa promesse fut remplie.

    Une fois le lazaret resta sans médecins ; et, par des offres de forts salaires et de distinctions, on ne put qu’à grand’peine, et tardivement, en avoir un certain nombre, bien au-dessous de celui qu’eût exigé le besoin. Cet établissement fut souvent sur le point de manquer de vivres, tellement que l’on put craindre d’y voir mourir les gens, non-seulement de la peste, mais de la faim ; mais il ne fut pas rare aussi, lorsqu’on ne savait plus où donner de la tête pour se procurer le strict nécessaire, de voir arriver comme à point nommé d’abondants secours versés, sans qu’on s’y attendît, par des mains charitables ; car, au milieu du trouble de tous les esprits et de l’indifférence que l’on éprouvait pour les autres par suite de la crainte où chacun était continuellement pour soi, il y eut des âmes que la charité ne cessa d’animer, il y en eut dans lesquelles la charité s’éveilla lorsque tous les plaisirs du monde cessèrent ; de même que, si d’un côté la mort ou la fuite dégarnissaient les rangs de ceux auxquels était confiée la direction des intérêts publics, il s’en trouva aussi qui conservèrent constamment la santé du corps comme la force de l’âme dans le poste où ils étaient placés ; il y en eut d’autres qui, mus par la piété, se donnèrent volontairement et remplirent avec gloire, en partageant les soins de ces derniers, une tâche qui ne leur était point imposée.

    Ce fut surtout parmi les ecclésiastiques que brilla une généreuse et constante fidélité aux plus pénibles devoirs. Dans les lazarets, dans la ville, leur assistance ne manqua jamais ; ils étaient partout où était la souffrance ; toujours on les vit mêlés, confondus avec les moribonds, et, tandis quelquefois qu’ils étaient malades et moribonds eux-mêmes, avec les secours de l’âme, ils répandaient, par tous les moyens en leur pouvoir, les secours temporels ; ils rendaient tous les services que pouvaient réclamer les circonstances. Plus de soixante curés, dans la ville seulement, moururent de la contagion, c’est-à-dire environ les huit neuvièmes.

     

    Histoire de la colonne infâme.

    Lu sur Zones Sensibles

    « L’Histoire de la colonne infâme n’a rien d’un roman. Pas de dialogue. Pas de description. Nulle péripétie. La vérité n’est sacrifiée à rien. Pourtant, le petit livre de Manzoni se lit avec fièvre. On veut en connaître le dénouement ; on veut enfin savoir. Quelque chose nous entraîne. Il n’y a pas plus littéraire que ce petit livre, pas de roman plus palpitant, pas de description plus envoûtante, pas de personnages plus émouvants que les victimes, pas de figures plus mystérieuses que leurs juges, mais, surtout, pas d’intrigue plus brûlante que l’histoire de cette injustice. » Éric Vuillard

    «L’œuvre d’essayiste de Manzoni est moins connue, mais son Histoire de la colonne infâme (Storia della colonna infame, 1840), qui fait ici l’objet d’une nouvelle traduction (la seule disponible en français jusqu’à maintenant date de 1844), est cependant couramment étudiée à l’instar de L’affaire Calas de Voltaire, texte avec lequel Histoire de la colonne infâme a quelque parenté. La « colonne infâme » désigne un monument qui fut édifié, par la volonté des juges, pour commémorer le procès, mené à grand renfort de terrifiants supplices, la condamnation et l’exécution, en 1630 à Milan, de plusieurs hommes accusés d’avoir propagé délibérément la peste par des « onctions pestifères », c’est-à-dire en barbouillant les murs d’un certain quartier d’une substance empoisonnée, supposément mortifère. Cet atroce fait divers avait déjà inspiré à Pietro Verri, un représentant italien de la philosophie des Lumières, un texte mémorable, Observations sur la torture, paru en 1769, où l’auteur dresse un réquisitoire inflexible contre cette pratique intolérable. En 1764, un autre philosophe, Cesare Beccaria, grand-père maternel de Manzoni, avait publié Des délits et des peines, un petit essai, très en avance sur son temps, contre la torture et la peine de mort. Z.S.

    Extrait

    “Les juges qui à Milan, en 1630, condamnèrent aux supplices les plus atroces quelques individus accusés d’avoir propagé la peste, à l’aide de certaines inventions non moins stupides qu’elle étaient horribles, crurent avoir fait une chose tellement digne de mémoire que, dans la sentence même, après avoir ordonné, par surcroît de châtiments, la démolition du logis d’un de ces malheureux, ils décrétèrent encore que, sur l’emplacement de cette maison, serait élevée une colonne qu’on appellerait la Colonne Infâme, avec une inscription chargée de transmettre à la postérité, avec la connaissance du crime, le souvenir de la peine. En quoi ils ne se trompèrent pas. Ce fut là, sans nul doute, un jugement mémorable.”

    Date de création : 2020-01-28 | Date de modification : 2020-01-28
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    Jacques Dufresne
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