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L’écriture cursive est de retour

Alexandre Poulin

Quiconque a contemplé une écriture de haut niveau, celle de Nietzsche par exemple, comprend pourquoi Ludwig Klages, célébré caractérologue et graphologue du 20ème siècle, a pu dire que l’écriture manuscrite est « la synthèse immobile des mouvements de l’âme,» ce qui en fait un mode d’expression artistique précieux et pour le graphologue un document irremplaçable pour l’étude du caractère. Chacun s’incarne dans son écriture.

L’écrivaine et avocate Ephrat Livni attire notre attention sur un enjeu que l’on croyait derrière nous. La multiplication d’appareils électroniques utilisés sur une base quotidienne a conduit à une crise internationale de l’écriture. Est-ce une compétence surannée ? La saisie informatique paraît si commode que nous ne voyons plus l’utilité de prendre une plume – un crayon ou un stylo. Et si nous avions tort ?

Pourtant, l’écriture cursive est de retour aux États-Unis parce que des études scientifiques ont prouvé sa vertu sur le plan cognitif et que des parents ont demandé que soit préservée cette compétence pratique. Dix ans après avoir été classée parmi les brocantes d’une autre époque, l’écriture cursive fait son retour dans le programme éducatif de quatorze États, dont la Louisiane à partir de l’automne prochain – une loi a été adoptée et les enseignants avaient un an pour s’y conformer.

D’aucuns diront qu’il s’agit d’une affaire de nostalgie, ce que récusent Livni et d’autres experts. Virginia Berninger, professeure à l’université de Washington, déclarait récemment au Washington Post que ses recherches ont montré que les élèves, jusqu’en sixième année, écrivent plus de mots, plus rapidement, et expriment plus d’idées s’ils se servent d’un crayon plutôt que d’un clavier. À l’ère des ordinateurs, croire que plus n’est besoin d’écrire à la main relève d’un mythe. Quiconque peut bénéficier des effets cognitifs de l’écriture cursive, parent ou non, enfant ou non, que ce soit pour une prise de notes au travail ou pour simplement mieux organiser sa pensée.

Des études scientifiques auprès d’enfants et d’adultes montrent qu’il vaut mieux manier une plume pour une meilleure rétention d’information à long terme. Cela favorise également une augmentation de l’activité du cerveau, ce que prouvent des scanographies du cerveau. La cause de ce résultat n’est pas tout à fait connue, mais des chercheurs émettent l’hypothèse qu’écrire à la main plus exigeant pour le cerveau : l’écriture de chaque lettre requiert différentes actions.

L’écriture manuscrite comporte des limites, notamment quant à la vitesse d’exécution, ce qui nous pousse à faire des choix. En classe, tout prendre en note, à l’ordinateur ou à la main, est impossible. Les étudiants qui prennent des notes à l’ordinateur ont tendance à transcrire in extenso les paroles du professeur, contrairement à ceux qui prennent des notes à la main, lesquels doivent assimiler l’information et conserver l’essentiel.

Si l’écriture cursive était si démodée, pourquoi Vladimir Nabokov et Truman Capote préféraient-ils d’abord écrire leurs romans à la main ?

L'article d'Ephrat Livnni dans Quartz

 

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