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Le début d’une lente réconciliation

Alexandre Poulin

L’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec permettra aux Québécois de renouer avec eux-mêmes. Ce n’est ni l’expression d’une fatigue ni la preuve d’un soi-disant repli xénophobe. La « vague » qui est sur toutes les lèvres représente le début d’une synthèse historique, et l’ampleur de la victoire confirme l’aspiration de la société québécoise à la continuité de son histoire. L’engagement de la CAQ d’interdire les signes religieux ostentatoires pour les juges, les policiers et les enseignants s’inscrit aussi dans cette dynamique. Les Québécois ont peut-être tourné le dos à l’indépendance, mais ils n’ont pas renoncé à leur identité. Sans elle, le souverainisme n’a aucun sens.

Les Québécois en l’absence d’eux-mêmes

En 2003, la victoire de Jean Charest et des libéraux a mis fin à une période de redéfinition de l’identité québécoise. À la suite du référendum de 1995, la redéfinition de l’identité collective occupait un espace plus grand que la destination de la collectivité. La question « Qui est québécois ? » avait préséance sur celle qui consistait à savoir « Où vont les Québécois ? ». Sous la forme d’un consensus implicite et sous prétexte d’« ouvrir le cercle de la nation » (Gérard Bouchard), plusieurs intellectuels ont mis au rancart les caractéristiques traditionnelles de la nation au bénéfice d’une ouverture toujours plus grande aux particularismes. À défaut d’avoir opté pour une définition explicite, ils ont choisi une définition implicite :  pour eux, l’identité québécoise ne devait plus être porteuse de la mémoire canadienne-française. Peut-on vraiment souscrire à cette coupure de l’histoire ? Sans passé, il n’est guère d’avenir possible.

Une double manifestation du statu quo

L’effondrement du duopole formé par le Parti libéral et le Parti québécois n’est pas l’inscription d’un pis-aller dans la politique québécoise, mais bien le délitement d’une double manifestation du statu quo. Chacun à sa manière, ces deux partis ont mené à la même impasse ; chacun œuvre à sa propre survie plutôt qu’à celle de la communauté précaire du Québec. Libéraux et péquistes ont participé à la construction du même récit autoglorificateur qui a fait du Québec la société la plus inclusive, la plus ouverte et la plus moderne du monde occidental. A-t-on déjà effleuré l’idée que ce discours de la grandeur n’est que l’envers du mépris de soi ?

Sans complexe ni hésitation, les Québécois ont enfin adhéré à un discours à leur propre mesure. Ils ont surtout compris que le PLQ représentait l’enracinement du statu quo et que le PQ était le véhicule idéal pour ne pas en sortir. En ce cinquantième anniversaire de la fondation du parti de René Lévesque, les appels à la convergence des souverainistes de gauche sont légion. Ont-ils oublié que Lévesque soutenait qu’« il y a trois portes dans la maison » ? Par quelle porte entre-t-on à Québec solidaire ? Poser la question, c’est y répondre.

Les souverainistes sont tombés dans le piège

Les souverainistes qui ne saluent pas la victoire de la CAQ sont tombés dans le piège de la gauche multiculturaliste. Jean-François Lisée s’y est laissé prendre rapidement. En appelant une ultime fois à un rapprochement de son parti agonisant avec Québec solidaire, son discours de défaite s’est avéré pathétique. QS est un parti qui a toujours souhaité la mort du PQ et qui réussira probablement à le remplacer. Le fonds de commerce des solidaires demeure la culpabilisation d’un peuple québécois toujours suspecté d’intolérance. Le PQ était déjà mort, mais Jean-François Lisée est allé jusqu’à l’incinérer.

La victoire de la CAQ, la chute du PQ et la montée de QS auront deux importantes conséquences. D’abord, le retour d'un nationalisme autonomiste, non-souverainiste, représenté par la CAQ. Enfermés dans leur dogmatisme péquiste, plusieurs refusent de le reconnaître, mais tous les indices pointent dans cette direction. Surtout considérant la position de la CAQ en matière de laïcité. Ensuite, en parallèle, l'émergence d'un souverainisme anti-nationaliste représenté par QS. Il s’agit d’un souverainisme très paradoxal, car multiculturaliste et réservé à la gauche vertueuse ; un souverainisme utopique et fleur bleue, puisque complètement détaché de la réalité historique du Québec. Les souverainistes tourneront-ils le dos à l’affirmation du Québec pour mieux caresser la sainteté de leur option ?

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