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    Impression du texte

    Dossier: Décentralisation

    La renaissance du «Small is beautiful»

    Andrée Mathieu

    « N'importe quel type intelligent peut rendre les choses plus grandes, plus complexes et plus violentes. Il faut une touche de génie et beaucoup de courage pour aller dans la direction opposée. » Albert Einstein

    J’avance l’hypothèse que les velléités de sécession ou d’accroissement d’autonomie observables un peu partout dans le monde actuellement participent d’un mécanisme de défense devant les menaces de bouleversements que font planer les changements climatiques, la reprise économique mondiale anémique[1] et les diverses crises sociales et géopolitiques. J’ai toujours cru que les peuples possèdent un capital inné de sagesse et d’intuition où ils peuvent puiser lorsque les temps sont durs et que les stress se multiplient.

    Le monde pourrait bien en être au stade précoce d’un changement de paradigme majeur comme il n’en a pas vu depuis la Renaissance. Cette « révolution copernicienne » de la politique verra l’affaiblissement ou la fracture des États centralisés. C’est comme si à la force centralisatrice de la mondialisation s’opposait un réflexe décentralisateur pour ramener le pouvoir le plus près possible des citoyens.

    Un peu partout dans le monde, les gens se sentent à la merci de forces puissantes et souvent corrompues qui, dans certains cas, n’hésitent pas à recourir à la violence pour préserver leur mainmise sur le pouvoir. Plusieurs citoyens cherchent alors un moyen d’échapper à cette emprise en optant pour la décentralisation du pouvoir au profit de leurs communautés locales ou de leurs régions. Si l’on en croit la liste élaborée par Wikipédia[2], il existe au moins 194 mouvements autonomistes ou séparatistes dans le monde. Le géopoliticien américain George Friedman[3] fait remarquer que presque tous les pays d’Europe ont connu des problèmes de frontières[4]. Or, « partout en Europe, nous assistons à la réaffirmation des États »[5], constate l’économiste Rémi Bourgeot. De son côté, Dani Hutton, contributeur au magazine international en ligne OZY, rappelle que chaque état américain a déjà abrité ou abrite encore au moins un mouvement de sécession[6]. Plusieurs attribuent ce phénomène croissant à la montée des leaders et des mouvements populistes de chaque côté de l’océan, mais une dynamique bien plus fondamentale pourrait être en jeu.

    Une tendance mondiale croissante vers l’autodétermination

    Les mouvements autonomistes, qui prennent de plus en plus d’ampleur, sont déjà observables un peu partout sur la planète.

    Après l’Écosse (18 septembre 2014) et la Grande Bretagne (Brexit, 23 juin 2016), l’attention s’est naturellement portée vers le référendum sur l’autodétermination de la Catalogne, nous y reviendrons. Un autre territoire espagnol, le Pays basque, pourrait revendiquer l’autonomie par référendum en 2019. Notons cependant que le président du gouvernement, qui milite au Parti indépendantiste basque depuis le début des années 1980, est loin de la ligne dure du mouvement séparatiste ETA, qui a fait plus de 800 morts dans cette région du monde en quatre décennies. Toutefois, selon le journaliste et analyste politique russe Andrew Korybko, « c’est vraiment la région flamande du nord de la Belgique qui servira de baromètre sur la question de savoir si de grands morceaux de l’UE se désagrégeront en une collection de mini-États centrés sur leur identité, avant la reconstitution du bloc en une « fédération de régions » »[7]. En effet, depuis que le président du mouvement national flamand, le NV-A, a été porté au pouvoir, à la fois sur la scène régionale et nationale, un référendum est envisageable en 2019. Ailleurs, porté par le parti régionaliste Ligue du Nord, l’Italie du nord a tenu un référendum visant à réclamer plus d’autonomie pour la Vénétie et la Lombardie, le 22 octobre dernier. Le mouvement souverainiste l’a remporté avec respectivement 98% et 95% des voix.

    Le 25 avril 2018, les îles Féroé, qui font partie du Royaume du Danemark, se prononceront sur leur volonté de s’affranchir de Copenhague. Tous les indicateurs montrent qu’il y a de fortes chances pour que la voie autonomiste l’emporte. La question de savoir si l’archipel devrait adhérer à des organisations supranationales telles que l’Union Européenne sera également soumise aux citoyens par référendum. À la suite du Brexit, l’Écosse pourrait quitter le Royaume Uni afin de demeurer dans l’Union européenne. Pour l’instant, l’idée de tenir un second référendum dès l’automne 2018 a été mise sur la glace, en attente des résultats des négociations du Brexit. Mais une consultation populaire visant à séparer l’Écosse et la Grande Bretagne est possible à l’horizon 2019-2020. Ces deux pays sont unis depuis 1707, soit depuis plus de 300 ans. Ailleurs encore, le Tribunal constitutionnel fédéral d’Allemagne a dénié à la Bavière et aux autres Länder tout droit à la sécession. Mais le ras-le-bol d’une partie de la population s’est manifesté lors des élections législatives allemandes où le parti nationaliste AfP a fait une percée significative, principalement dans l’est du pays où subsistent pas mal de minorités qui réclament une certaine autonomie.

    En Nouvelle Calédonie, un référendum sur l'autodétermination doit être organisé avant novembre 2018. Un accord vient d’être signé (2 novembre 2017) entre le gouvernement français et les responsables néo-calédoniens quant aux modalités du scrutin. En Corse, c’est déjà près d’un citoyen sur trois qui vote nationaliste. L’île a déjà acquis une large autonomie et les nationalistes renforceront sans doute leur position lors des élections territoriales les 3 et 10 décembre prochains. Selon le président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, la question de l’indépendance de la Corse « se posera dans dix ans »[8]. Le ministre français de l'Intérieur a récemment déclaré : « Nous sommes favorables à l’autonomie de la Corse, mais à l’autonomie de la Corse dans la République française »[9].  

    De l’autre côté de l’Atlantique, samedi le 1er octobre dernier, un vote a été organisé en parallèle des élections municipales dans le Sud du Brésil composé des régions de Rio Grande do Sul, Santa Catarina et Parana. Ces trois régions combinées, dont la principale ville est Porto Alegre, font à peu près la taille de la France et comptent près de 30 millions d’habitants. Le vote n’a cependant pas valeur légale puisque la constitution du Brésil, comme celle de l’Espagne, interdit explicitement la sécession. « L’objectif de ce scrutin était de créer une légitimité populaire pour être reconnu au niveau de l’ONU et obtenir à terme du gouvernement fédéral un vrai référendum (qui, s’il se tenait, se solderait très probablement par la victoire des indépendantistes) »[10]. Au référendum d’octobre, le « oui » a obtenu plus de 95% des voix.

    Selon l’historien et diplomate québécois Jean-Louis Roy, la quête de souveraineté se rencontre aussi « dans de nombreux pays africains, de la Casamance, au Sénégal à l’Oromia, en Éthiopie ; en Amérique latine, des zapatistes au Mexique aux indépendantistes portoricains ; en Asie, des Tibétains en Chine aux Tamouls au Sri Lanka parmi tant d’autres. »[11]

    Enfin, au Canada, selon la radio d’État, « Plus de 5000 personnes ont rejoint un groupe Facebook qui réclame l'indépendance des provinces de l'Ouest canadien depuis la victoire des libéraux de Justin Trudeau aux élections fédérales »[12]. Et on connaît évidemment l’histoire autonomiste du Québec.

    D’où vient cet élan souverainiste ?

    L’un des principaux moteurs de la volonté d’indépendance est de nature économique. L’historien normand Franck Buleux, auteur d’un mémoire sur les séparatismes européens, écrit que « L’Italie du nord est un peu dans la même attitude que la Catalogne ou la Flandre en ce sens qu’ils disent : « nous sommes la partie étatique qui contribue le plus, fiscalement parlant, à l’État. Et nous n’en voyons pas toujours un retour. » »[13] Rappelons que les leaders de la Révolution américaine étaient également très fortunés. En somme, plusieurs des régions sécessionnistes sont riches et elles veulent stopper les transferts de leurs recettes fiscales vers des régions déshéritées. Elles ont souvent l’impression d’être victimes d’une forme de taxation sans représentation semblable à celle qui est à l’origine de la guerre d’indépendance américaine (Boston Tea Party).

    Mais la volonté d’autodétermination ne repose pas uniquement sur des considérations fiscales. Elle s’appuie aussi sur des caractéristiques physiques, climatiques, ethniques, historiques et culturelles. Plusieurs régions ne veulent plus être intégrées à un ensemble dans lequel elles ne se reconnaissent que partiellement. On voit donc partout un réveil des nationalités. Mais qu’est-ce qu’une nation ? En 1882, l’historien et philosophe français Ernest Renan prononçait une conférence à ce sujet à la Sorbonne. Franck Buleux synthétise ainsi sa pensée : « … une nation est la fusion entre ce qui fut et la volonté de devenir, une synergie entre l’héritage et la pensée collective de continuer ensemble l’aventure humaine sur un territoire défini »[14]. Commentant cette définition, Buleux demande alors : « Qui peut décider de la sécession d’une partie d’une nation, sinon ses propres habitants ? »

    Certains diplomates comme Jean-Louis Roy appellent de leurs vœux « une doctrine relative à l’accession à la souveraineté nationale, une doctrine qui fixe les normes à respecter par les parties. » Selon lui, « le Conseil des droits de l’homme des Nations unies devrait se saisir de la question des conditions de l’accession à la souveraineté nationale au XXIe siècle et proposer des normes impératives à l’Assemblée générale des Nations unies pour examen et adoption »[15].  Le problème, c’est que la légitimité même de l’ONU est de plus en plus remise en question[16].

    Il est captivant de suivre l’évolution de la situation en Catalogne. L’Espagne va-t-elle utiliser à nouveau la violence pour préserver l’intégrité de son territoire ? Comment réagira l’Union européenne devant cette boîte de Pandore que constituent les revendications autonomistes au sein de ses pays membres ? L’ONU devrait-elle s’en mêler, comme le suggère Monsieur Roy ? Il convient de méditer cet avertissement de John F. Kennedy :

    « Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable ».

                                                              

    La trahison des élites

    Le journaliste et auteur américain, ancien correspondant de guerre et récipiendaire du prestigieux Prix Pulitzer, Chris Hedges, déplore la décadence de l’élite dirigeante : « Nous vivons dans une nation où les médecins détruisent la vie, les avocats la justice, les universités la connaissance, la presse l’information, la religion la morale et les banques l’économie »[17]. Selon Hedges, « Trump est le résultat, le symptôme d’un système défaillant et d’une démocratie dysfonctionnelle, il n’est pas la maladie ». Cette dernière est plutôt le résultat d’accords commerciaux désastreux, de la réduction des services gouvernementaux de base et de la transformation du pays en oligarchie.

    Bien sûr, le journaliste parle ici des États-Unis, mais la situation est-elle tellement plus reluisante au nord de la frontière ? Des policiers accusent d’autres policiers ; ils espionnent les journalistes ; ils arrêtent un élu sans l’accuser ; des bandits de toutes sortes sont remis en liberté parce que les procédures sont trop longues, faute de moyens ; les juges font des remarques sexistes ; trois anciens premiers ministres et certains de leurs amis cachent des sommes importantes dans des paradis fiscaux ; les principaux cabinets d’avocats actifs dans ces paradis fiscaux font de la politique au moyen de lobbyistes comme ceux du Forum IFC (acronyme anglais pour centres financiers internationaux)[18] ; une commission d’enquête révèle qu’il y a eu de la collusion et de la corruption dans l’octroi des contrats gouvernementaux ; certains des fleurons de l’ingénierie québécoise ont participé à ce pillage de fonds publics ; l’argent des contribuables sert à enrichir des multinationales ; les médias entretiennent le culte des personnalités politiques, artistiques et autres en s’alimentant à Twitter, Facebook ou CNN ; les médecins réclament de plus en plus d’argent pour des services de moins en moins universels ; les universités visent à former de la main d’œuvre pour le monde des affaires plutôt que de développer l’adaptabilité et l’esprit critique des étudiants, etc. On observe des comportements semblables, et bien pire, un peu partout dans le monde. Les élites dirigeantes ont poussé le bouchon un peu loin. Comment reprocher aux citoyens de perdre confiance en leurs institutions ?

    Par ailleurs, certains politologues élitistes avancent que la politique est un métier de spécialistes, d’experts. Ainsi, le philosophe américain Jason Brennan propose de donner davantage de poids aux voix des « électeurs informés » ; il appelle ce système politique « épistocratie ». Dans le magazine en ligne Aeon, le professeur de sciences politiques Nicholas Tampio écrit : « À travers le monde, on assiste à des batailles politiques entre des technocrates et des populistes, des experts qui revendiquent une quelconque autorité à cause de leurs connaissances et des leaders qui combattent les élites au nom du « vrai monde ». Il y a une troisième option, la démocratie, où les gens en chair et en os peuvent et doivent exercer un pouvoir significatif dans la gouvernance des affaires publiques »[19]. Sur le site du journal Le Monde, dans un article intitulé « Le Macronisme ou le spectre de l’épistocratie »[20], le professeur de droit public Alexandre Viala opine : « La composition du deuxième gouvernement d’Édouard Philippe, consécutive à la large victoire de La République en marche (LRM) aux élections législatives, respire cette culture (de l’épistocratie)… ». Mais Tampio fait remarquer que ce sont les meilleurs et les plus brillants des experts qui ont mené les États-Unis à la guerre en Irak et à la crise des prêts hypothécaires de 2008. Les économistes ne savent plus expliquer le « mystère »[21] de l’inflation disparue et de la stagnation des salaires ; les experts n’ont pas vu venir la crise financière de 2008, le Brexit, l’élection de Donald Trump, celle de Valérie Plante à Montréal, etc.  Le bilan de l’épistocratie est pour le moins douteux. À la désaffection des citoyens envers l’élite dirigeante s’est donc ajouté celle des experts.  

    Les citoyens ont de plus en plus l’impression que le pouvoir s’éloigne d’eux et qu’ils ont perdu la capacité d’influencer les décisions qui les concernent. Les élus, qui sont censés les représenter, ne se donnent même plus la peine de les écouter. Les lobbyistes ont un accès facile aux dirigeants et aux fonctionnaires de l’État, mais pas eux. Les experts consultés par les décideurs les induisent en erreur. En somme, les citoyens ont l’impression d’être toujours du côté des perdants, alors pas étonnant qu’ils valorisent l’autodétermination en se tournant vers les niveaux de gouvernement où leur opinion est prise en compte, leur région ou leur communauté.

    Les méfaits de la centralisation

    On a longtemps pensé qu’un état central fort était garant de paix, de sécurité et de prospérité. Les centralisateurs prétendent toujours qu’il permet d’assurer un certain ordre social et politique en garantissant l’égalité de traitement des administrés. C’est pourquoi la sécession fait peur car elle fait jaillir le spectre de l’anarchie.

    Dans son œuvre majeure Léviathan, le philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-1679) a conceptualisé l’état de nature et le contrat social. Selon lui, seule la violence légitime de l’État peut s’opposer à la violence primitive des hommes. Éminents interprète de l’École de Vienne, le philosophe et économiste libertarien américain d’origine allemande, Hans-Hermann Hoppe, soutient que dans la période monarchique, qui a pris fin au milieu du XIXème siècle, les rois ne parvenaient pas à prélever plus de 5 à 8% du produit national brut, alors que les démocraties modernes ont pu en extraire de 40 à 60%[22]. Et contrairement à ces dernières, les rois n’auraient pas pu ordonner un service militaire obligatoire pour tous. Dans Democracy : The God That Failed, Hoppe attribue à la démocratisation de masse une croissance spectaculaire de la concentration de la richesse et du pouvoir militaire. Ainsi, après la Révolution française, les troupes de la République sont passées de quelques centaines de milliers d’hommes à 3 millions à la fin des guerres napoléoniennes ; la Première Guerre mondiale a fait environ 11 millions de victimes et la Seconde Guerre en a fait environ 60 millions. De quoi contredire ceux qui prétendent qu’un état central fort est garant de paix…  

    Une autre forme de centralisation, la mondialisation, est source de pauvreté en Occident. En effet, à quoi s’attendre d’autre quand vous exportez des millions d’emplois en Asie ou ailleurs, que vous diminuez le pouvoir de négociation des travailleurs d’ici ou que vous les forcez à accepter des emplois médiocres et sous-payés ? Pour certains, c’est leur mode de vie qui a entièrement disparu. Comme toute autre forme de centralisation, la mondialisation a éloigné la richesse de la périphérie pour nourrir les forces centrales, gouvernementales, militaires ou commerciales, avec les fruits du travail des populations locales. Elle a peut-être sorti des millions d’individus de la pauvreté et créé une classe moyenne dans les pays en voie de développement, mais elle a miné cette même classe moyenne en Occident. Les progrès technologiques et l’ouverture des frontières ont permis la financiarisation de l’économie. Alors que les élites modernes voyaient leurs perspectives d’avenir améliorées, ceux qui n’étaient pas équipés pour profiter de l’économie de services ont connu la marginalisation et l’appauvrissement. De quoi contredire ceux qui prétendent qu’un état central fort est garant de prospérité…

    Bien sûr, il y a des choses qui gagnent à être centralisées, comme la sécurité, mais pas les biens essentiels comme l’eau, la nourriture, le logement et les vêtements. De plus, la centralisation a des effets pervers. Ainsi, quand les individus s’en remettent de plus en plus à l’État pour leur bien-être, on voit un accroissement de ses pouvoirs. C’est pourquoi le très libertarien économiste Hans-Hermann Hoppe envisage la sécession politique comme solution à une trop grande centralisation, car elle permet « de réattribuer la gestion de la richesse nationale, la transférant d’un État surdimensionné et central à une entité étatique plus petite à échelle régionale ».

    Thomas Jefferson pensait que le passage de la démocratie à la tyrannie est un processus naturel :

    « L’expérience a montré, que même sous les meilleures formes de gouvernement, ceux dont le pouvoir a été confié ont, en temps et en heure, et par des opérations lentes, été perverti dans la tyrannie. »

    L’explication de Joseph Tainter

    La montée des mouvements populistes est perçue par plusieurs comme la cause principale des crises politiques qui secouent l’Occident. Selon les détracteurs, c’est la victoire des gens du passé - vieux, intolérants, simplistes, bigots, peureux et étroits d’esprit - sur les gens de l’avenir - jeunes, cosmopolites, hétérogènes, tolérants, innovateurs et créatifs. Il ne leur vient pas à l’esprit que les gens qui votent pour des leaders populistes peuvent avoir des raisons légitimes de faire ce choix, ne serait-ce que pour résister à la détérioration de leurs conditions de vie, à la stagnation de leurs salaires, à la mondialisation débridée, à la croissance des inégalités, à la dette publique galopante, etc. Qu’une explication soit facile et populaire n’en fait pas une vérité. Le journaliste indépendant Paul Arbair[23] voit trois failles dans l’argument du populisme : premièrement, la démocratie donne aux citoyens le droit de décider (the right to make decisions) et non l’obligation de prendre les bonnes décisions (to make the right decisions) ; deuxièmement, cet argument risque d’antagoniser davantage ceux et celles dont le vote est méprisé et troisièmement, cet argument est très réducteur et cache la dynamique plus complexe qui est en jeu.

    Dans un livre remarquable intitulé The Collapse of Complex Societies[24], l'anthropologue et historien américain Joseph Tainter explique qu’il arrive un point dans une société où tout accroissement de sa complexité produit des rendements décroissants. La taille de son économie est un bon indicateur de la complexité d’une société ; elle s'incarne dans les systèmes humains mis sur pied pour résoudre ses problèmes et dont les bénéfices affectent la qualité de vie des citoyens. Par exemple, la recherche scientifique, les transports, la médecine, le marché du travail, la consommation, la technologie, les lois ou même les organisations politiques contemporaines appartiennent à la complexité d'une société. Une économie croît à mesure que ses ressources sont exploitées, mais le stock de ressources s'épuise plus vite à mesure que l'économie croît, avec comme résultat qu’à un certain moment, chaque nouvelle couche de complexité a des retours négatifs en termes de bénéfices pour le système. La société doit s’endetter de plus en plus, juste pour maintenir le statu quo. Elle atteint un point où l'économie ralentit, puis commence à se contracter. Selon Tainter, les crises politiques actuelles, dont la montée du populisme, suggèrent que nous avons atteint ce point. 

    Partout dans le monde, les gouvernements font des promesses qu’ils ne peuvent plus tenir. Entre des vérités qui dérangent et des mensonges qui rassurent, les politiciens et leurs représentants dans les médias choisissent les seconds, car ils n’ont même pas le courage d’aborder le sujet. Cependant, la dynamique des rendements décroissants les rattrape et les électeurs cherchent quelqu’un à blâmer et à punir. De plus, comme écrit le journaliste du Guardian George Monbiot, « la conjonction de l’automatisation, de la complexité et des changements climatiques est dangereuse à un point que nous n’avons même pas commencé à saisir »[25]. Alors, préparez-vous à bien d’autres surprises comme les défaites des maires Denis Coderre et Bernard Sévigny.

    Selon Paul Arbair, les sociétés multiculturelles et diversifiées sont des constructions sociales beaucoup plus complexes que les sociétés ethniquement et culturellement homogènes, en conséquence elles tendent à être plus difficiles à gouverner. Sur le plan de la gouvernance, la complexification se manifeste dans le développement de structures politiques transnationales comme l’Union européenne. Du côté de l’économie, elle inclut les accords de libre-échange « nouvelle génération » comme le Partenariat transpacifique.

    Les révoltes populaires de plus en plus nombreuses contre la mondialisation, l’Union européenne ou le multiculturalisme sont signe que nos sociétés luttent déjà pour maintenir leur niveau de complexité. Dans les velléités de sécession ou d’accroissement d’autonomie, de puissantes forces centripètes sont déjà à l’œuvre pour réduire cette complexité. C’est ce que j’ai appelé un « mécanisme de défense ». Nous devons maintenant cultiver l’aptitude à affronter les stress, la « résilience ».   

    Au-delà de la résilience : l’antifragilité[26]

    Le professeur d’épistémologie des statistiques Nicholas Taleb divise les systèmes selon trois conditions : fragile, résilient et antifragile. Fort d’une remarquable culture classique, il associe ces états à trois caractères mythiques : l’épée de Damoclès, le Phoenyx et l’Hydre.

    L’épée de Damoclès, c’est la vulnérabilité, la fragilité. Une société est fragile quand elle devient trop grande, trop complexe et trop dépendante de la technologie, de l’endettement, des infrastructures, comme l’Internet et les réseaux de transport, qu’elle accroît la diversité ethnique et culturelle de ses citoyens, ou qu’elle est affaiblie par la cupidité, la fraude, la spéculation, le favoritisme, les monopoles, le manque de transparence, la propagande et l’érosion des compétences et de la qualité. Notre monde moderne, obsédé par l’efficacité et l’optimisation, augmente également sa vulnérabilité en éliminant les redondances. Plus un système est centralisé, plus il est efficace, mais moins il est résilient.

    Le Phoenyx, cet oiseau qui renaît de ses cendres, représente la résilience, qu’on définit comme la capacité d’un système à surmonter un stress ou une altération de son environnement, à rebondir après un choc, à retrouver son état initial. Héraclite disait : « rien n’est permanent, sauf le changement ». Résister au changement nous rend vulnérable et sacrifie les occasions d’innover, car cela limite nos options. Accueillir le changement et s’y adapter est au cœur de la résilience.

    Mais pour Taleb, viser la résilience, c’est rechercher le statu quo, le retour à la normale, au lieu de tirer avantage du désordre, de la volatilité et du stress. L’Hydre était un monstre à plusieurs têtes ; si on coupait une de ses têtes, il en poussait deux à sa place. C’est ce que Taleb appelle l’antifragilité, un système qui devient plus fort devant l’adversité. Pour être antifragile, il est préférable d’être petit, car un système de petite taille est plus souple et plus agile dans les périodes difficiles. Small Is Beautiful, disait E. F. Schumacher, contrairement à l’expression Too Big to Fail à propos des grandes banques qui ont risqué d’entraîner l’effondrement de tout le système économique, fragilisé par la centralisation des risques financiers.  

    Les petits États et les communautés sont plus flexibles et ils ont tendance à être plus pacifiques car, comme ils ne peuvent produire tous les biens et services dont ils ont besoin, ils sont dépendants de leurs relations avec les États et communautés voisins. De plus, comme écrit Nicholas Taleb, « ce qu’il y a de réconfortant au sujet des petits États en guerre, c’est que leur petitesse les empêche d’avoir plus d’un ennemi… »[27]. Alors quel est l’endroit le plus antifragile de la planète ? Selon Taleb, c’est la Suisse, car son gouvernement « est entièrement bottom-up, puisque constitué d’espèces d’entités régionales ou municipales qu’on appelle cantons, des mini-États presque souverains unis par une confédération » (p. 112).

    Deux exemples, deux stratégies

    Gefira (Global Analysis from the European Perspective), un site destiné aux investisseurs, tentait dernièrement d’expliquer « pourquoi le mouvement indépendantiste catalan est en voie d’échouer »[28]. Gefira met en avant cinq raisons :

    1. Un mauvais plan : les indépendantistes catalans veulent s’affranchir de Madrid pour retomber immédiatement sous la coupe de Bruxelles. Ils ont choisi d’ignorer l’attitude centralisatrice, pro-austérité et anti-démocratie directe de l’Union européenne ;

    2. Le leadership du président Puigdemont est douteux ;

    3. Il n’y a pas d’armée pour défendre les frontières catalanes ;

    4. La Catalogne n’a pas de reconnaissance internationale ;

    5. Il ne suffit pas à la « génération snowflake » d’agiter des drapeaux pour obtenir l’indépendance. Gefira est très sévère envers les jeunes manifestants espagnols à qui il fait dire : « Tassez-vous pendant que nous faisons la révolution ou nous allons vous crier des noms sur Twitter, ou même mettre une vidéo sur You Tube et la partager avec nos amis Facebook ».

    De son côté, le Rojava, ou Kurdistan syrien, suit un plan inspiré du « confédéralisme démocratique », une doctrine politique théorisée par le co-fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan. Contrairement aux pacifiques Catalans, les Kurdes syriens n’hésitent pas à brandir des AK-47 pour lutter contre l’État islamique dans leur région. Les femmes y ont même leur propre corps d’armée autonome, les Unités de protection de la femme (YPJ)[29]. En fait, 40% des combattants kurdes sont des femmes[30].

    L’émergence du confédéralisme démocratique est issue d’une volonté de dépasser le marxisme-léninisme des premiers temps du PKK pour une forme de socialisme agissant dans tous les domaines de la société sur la base de la démocratie directe. Cette réorientation est en grande partie l’œuvre des relations entretenues par Abdullah Öcalan avec l’essayiste libertaire américain Murray Bookchin. Öcalan décrit la lutte kurde comme une lutte contre la logique même de l’État-nation. En introduction au manifeste[31] du confédéralisme démocratique on peut lire :

    « Le droit à l‘autodétermination des peuples comprend le droit à un État propre. La fondation d‘un État ne permet cependant pas d‘augmenter la liberté d‘un peuple, et le système des Nations Unies, fondé sur les États-nations, a démontré son inefficacité. Les États-nations se sont ainsi mis à représenter de sérieux obstacles face aux évolutions sociales. Le confédéralisme démocratique est le paradigme inverse, celui des peuples opprimés. Le confédéralisme démocratique est un paradigme social et non-étatique. Il n‘est pas contrôlé par un État. Le confédéralisme démocratique représente également les aspects organisationnels et culturels d‘une nation démocratique. Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la population, et ce sont les communautés concernées qui y maîtrisent le processus décisionnel. Les niveaux les plus élevés ne sont présents qu‘afin d‘assurer la coordination et la mise en œuvre de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués aux assemblées générales. Pour assurer un gain de temps, ils font office à la fois de porte-parole et d‘institution exécutive. Cependant, le pouvoir décisionnel de base est dévolu aux institutions populaires. »

    Öcalan s’est initié au « municipalisme libertaire » dans la prison turque, où il est incarcéré à vie depuis une accusation de terrorisme en 1999. Le leader kurde a ajouté deux éléments[32] à la doctrine politique de Bookchin : « l’importance que doit prendre l’écologie dans la révolution, car si l’on ne protège pas la nature, l’homme n’a pas d’avenir » et l’idée d’une « révolution par marginalisation progressive de l’État jusqu’à sa disparition grâce à la multiplication des communes autonomes et leur auto-organisation confédérative ».

    Selon Öcalan, les concepts clés du confédéralisme démocratique sont la démocratie, l’égalité, le féminisme et l’écologie. Le journaliste indépendant Raphaël Lebrujah, qui s’est rendu au Kurdistan syrien, décrit comment les forces sociales du Rojava mettent en œuvre ces principes de base[33]. « Des communes ont été crées, elle se regroupent dans des assemblées de quartier puis à leur tour en assemblées de ville puis de canton, les assemblées étant incitées à régler les questions le plus localement possible. (…) Les cantons sont liés entre eux à travers un contrat social qui offre une grande autonomie aux municipalités. Le contrat social a fortement été inspiré d'un texte réalisé par des femmes kurdes de la fédération des femmes du Kurdistan. (…) Les communes de femmes mènent des politiques anti-patriarcales dans tout le Rojava, (notamment) contre les crimes d'honneur (et) les mariages forcés… » Pierre Bance31 parle d’un canton qui a adopté « un certain nombre de droits révolutionnaires pour des sociétés patriarcales : l’interdiction de la polygamie, des mariages avant dix-huit ans et des mariages forcés ; l’organisation du mariage civil et l’annulation de la dot ; l’égalité des sexes devant l’héritage ; l’égalité des salaires et les congés de maternité ». Selon Lebrujah32, « Les municipalité encouragent ou créent des coopératives (où les) revenus sont répartis de manière équitable entre tous les membres de la coopérative. (…) La justice est pratiquée sur des bases éthiques et non (sur) le droit romain. La peine de mort ainsi que la torture ont été abolies. La peine de prison maximale est de 20 ans. Les droits de l'homme font partie des valeurs fondamentales du Rojava. » Le projet du Rojava de créer une démocratie durable rejette les formes étroites de nationalisme et accueille les différentes communautés incluant les Kurdes, les Arabes, les Arméniens et les Tchétchènes.

    « La question est de savoir si les institutions sauront s’effacer devant le mouvement social et ses communes le moment venu (…), car même chez les Kurdes, les traditions patriarcales, tribales et religieuses restent fortes et, sur le plan théorique, ne sont pas compatibles avec le confédéralisme démocratique »31. Le Journal International[34] s’est également penché sur cet aspect de la question kurde. Un membre d’une branche du PKK à Lyon, « souligne les divergences d’opinions immenses au sein de la communauté kurde, trop souvent réduite par les médias à une entité indivisible. » Il ajoute : « Il est difficile d’identifier une idéologie caractéristique des Kurdes, malgré les efforts d’Abdullah Öcalan pour faire de son essai un manifeste du peuple kurde. »

    Conclusion

    La situation catalane est en constante évolution. Les indépendantistes parviendront-ils à s’imposer ? Je ne peux m’empêcher de sourire au choix de Bruxelles comme lieu d’exil de Carles Puidgemeont, car non seulement il s’est rapproché de la communauté flamande, plus que sensible aux arguments des Catalans, ce qui doit être « légèrement » indisposant pour la Belgique, mais il vient de demander à l’Union européenne « Allez-vous continuer à aider Rajoy dans ce coup d’état ? », question à laquelle ses interlocuteurs n’ont pas vraiment le goût de répondre… Du côté du Rojava, le processus révolutionnaire gagne du terrain au Bakur (Kurdistan du nord situé en Turquie) et au Başur (Kurdistan du Sud situé en Irak). Et qu’adviendra-t-il des autres mouvements sécessionnistes ou décentralisateurs ?

    Si vous écoutez bien le discours des citoyens un peu partout dans le monde, et surtout celui des jeunes, vous entendrez des expressions comme « démocratie directe », « budget participatif », « création collective » et même, peut-être, « confédéralisme démocratique ». Quand ce discours est tenu à la fois par un libertarien comme Hoppe, un anarchiste comme Bookchin et un ancien marxiste-léniniste devenu « communaliste » comme Öcalan, il est plus facile de comprendre ce qui a fait que les partisans de Bernie Sanders et de Donald Trump se rejoignaient sur certains points, comme l’opposition à la mondialisation tous azimuths.

    Je crois avant tout que cette tendance décentralisatrice est là pour rester car, dans les situations de crises écologiques, économiques ou politiques, qui ne manqueront pas de se matérialiser, il est préférable d’être antifragile. L’avantage est alors aux structures plus petites (régions, cantons, municipalités, communautés) et moins complexes. Mais les États centraux forts vont se défendre avec l’énergie du désespoir pour conserver leurs pouvoirs. Ils ont déjà commencé. Il faudra donc « une touche de génie et beaucoup de courage pour aller dans la direction opposée ».

     



    [3] Le géopoliticien George Friedman a fondé Stratfor, une société mondiale de renseignement connue pour être une sorte de cabinet fantôme de la CIA. Si vous voulez avoir une idée du personnage, il faut vraiment entendre ceci ! 

     http://reseauinternational.net/incroyables-revelations-de-george-friedman-comment-les-usa-controlent-leurope/

    [6] OZY est un magazine international en ligne fondé par le journaliste et ancien présentateur de nouvelles à    MSNBC Carlos Watson et financé notamment par la veuve de Steve Jobs (à voir !) :

      http://www.ozy.com/acumen/the-united-states-of-secession/61365

    [23] George Monbiot du journal The Guardian a dit de cet article que c’était le meilleur qu’il avait lu en 2016

    https://paularbair.wordpress.com/2016/07/05/brexit-the-populist-surge-and-the-crisis-of-complexity/

    [24] Joseph Tainter, The Collapse of Complex Societies
       Cambridge University Press; 1 édition (30 mars 1990)

    [26] Voir l’excellent article de Stéphane Stapinsky sur le livre Antifragile de Taleb :

    http://agora.qc.ca/documents/contre_lemprise_medicale_et_pharmaceutique_cultivons_lantifragilite

    [27] Nassim Nicholas Taleb, Antifragile : Les bienfaits du désordre

        Les Belles Lettres, Paris, 2013, p. 124

    Date de création : 2017-11-15 | Date de modification : 2017-11-15
    Informations
    L'auteur

    Andrée Mathieu
    Mots-clés
    Nation, complexité, résilience, fragilité, décentralisation

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