Merci d'encourager L'Agora
Faites un don via Paypal
Le site est en cours de modernisation. Nous vous invitons à utiliser la recherche pour repérer les contenus qui vous intéressent. Merci de votre patience et bonne lecture.

Jouir de la musique, en tout point du globe, et à tout moment

Paul Valéry

1) Faire entendre en tout point du globe, dans l’instant même, une œuvre musicale exécutée n’importe où.

2) En tout point du globe, et à tout moment, restituer à volonté une œuvre musicale.

Ces problèmes sont résolus. Les solutions se font chaque jour plus parfaites […]. Nous évoquons [les sons, les bruits, les voix, les timbres] quand et où il nous plaît. Naguère, nous ne pouvions jouir de la musique à notre heure même, et selon notre humeur. Notre jouissance devait s’accommoder d’une occasion, d’un lieu, d’une date, d’un programme. Que de coïncidences fallait-il !

 C’en est fait à présent d’une servitude si contraire au plaisir, et par là si contraire à la plus exquise intelligence des œuvres. Pouvoir choisir le moment d’une jouissance, la pouvoir goûter quand elle est non seulement désirable par l’esprit, mais exigée et comme déjà ébauchée par l’âme et par l’être, c’est offrir les plus grandes chances aux intentions du compositeur, car c’est permettre à ses créatures de revivre dans un milieu vivant assez peu différent de celui de leur création. Le travail de l’artiste musicien, auteur ou virtuose, trouve dans la musique enregistrée la condition essentielle du rendement esthétique le plus haut.

Paul Valéry, La conquête de l’ubiquité (1928). Citation reproduite sur le site de l'EA 1279 Histoire et critique des Arts de l'Université Rennes 2

À lire également du même auteur

Le cimetière marin
Μή, φίλα ψυχά, βίον ἀ

Trois caractères distinctifs du français
Passage tiré de: «Introduction aux images de la France», dans Regards sur le monde actuel, Paris,

Tout puissants étrangers
Valéry invoque ci-dessous un lointain temporel qui évoque la relativité d'Einstein.

Patience dans l'azur
«Tout ce qui n'est pas de l'éternité retrouvée est du temps perdu.» (G.Thibon) Je ne vois pas

Louanges de l'eau
L'eau, métaphore de l'intelligence.

Lettre sur Mallarmé
« M. Paul Valéry a écrit pour un volume, consacré à Stéphane Mallarmé, que doit publier proch