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    Dossier: Épicure

    Épicuriens et stoïciens

    Charles Renouvier
    La décadence rapide des écoles de l'Académie et du Lycée, après la mort de leurs fondateurs, la reprise active et de plus en plus prononcée des doctrines d'Aristote et de Platon, au bout de cinq cents ans pendant lesquels on avait vu les ouvrages d'Aristote tomber dans un désordre inexprimable et manquer de se perdre, et la Nouvelle Académie se confondre ou à bien peu près avec la secte de Pyrrhon, ce phénomène singulier de l'histoire de la philosophie, dont aucune révolution politique ou religieuse n'est là pour donner la raison, a besoin d'être expliqué dans ses deux phases:celle de l'oubli, celle du retour. Voici ce qui nous en semble. Deux sectes ont presque exclusivement attiré l'attention du grand public intelligent dans le monde grec et romain, durant une longue période; ce sont celles d'Épicure et de Zénon, fondées à Athènes un peu moins d'un quart de siècle après la mort d'Aristote; non que les autres eussent alors disparu, mais celles-là représentaient deux systèmes de morale d'un intérêt commun et supérieur, en dehors des pures questions d'école, logiques ou physiques. Or, l'épicurisme et le stoïcisme se rattachaient par l'intermédiaire des cyniques et des cyrénaïques à Socrate, qui le premier «avait fait descendre la philosophie du ciel sur la terre» et fondé la morale. La postérité philosophique la plus directe de Socrate n'est certainement à chercher ni chez Platon ni chez Aristote, deux grands génies originaux qui, venus aussitôt après cet homme extraordinaire, lui ont dû l'initiation à la méthode analytique et à la psychologie, et lui ont été infidèles sur le point capital de la spéculation. La réforme socratique, pour autant qu'elle a pu réussir, a passé par dessus leurs têtes. Aristippe et Antisthène en ont transmis l'esprit, chacun comme il l'a compris, c'est-à-dire en sens opposés, à Épicure et à Zénon, qui, infidèles à leur tour, ont éprouvé le besoin de se procurer une physique pour servir d'explication et de support à leur morale. L'éthique n'a pas laissé d'être leur principale affaire. C'est à elle qu'ils ont dû la notoriété immense et le succès de leurs enseignements entre lesquels se partagèrent les esprits enclins aux deux directions contraires les plus communes parmi les hommes cultivés. Il est hors de doute que les atomes, d'un côté, avec leurs déclinaisons, le vivant Éther, de l'autre, et sa science immanente, n'ont point été les grands sujets d'attraction pour les Romains qui s'attachèrent à l'une ou à l'autre des deux sectes. Mais l'extrême affaiblissement des croyances surnaturelles pendant les derniers siècles de l'ère ancienne explique assez que les doctrines théologiques de Platon ou d'Aristote n'aient pas survécu à cette époque pour lutter de crédit avec les hypothèses matérialistes dont s'accompagnaient l'épicurisme et le stoïcisme. Celles-ci étaient mieux accommodées, somme toute, à l'incrédulité générale touchant l'existence des dieux, quoiqu'elles parussent en admettre à leur manière. Plus tard, quand l'influence orientale et le syncrétisme, aidés de la critique, quoique si peu éclairée, des mythologies, eurent engagé les philosophes à chercher un principe d'ordonnance universelle, de dignité plus haute que le Feu providentiel par lui-même, ou que l'atome apte à tout produire par la vertu des combinaisons fortuites; mais surtout quand le monothéisme des Juifs d'Alexandrie et de Rome, suivi du monothéisme chrétien, vint s'opposer à la fois aux superstitions populaires et au froid dogmatisme des sectes, les vues théologiques transcendantes de Platon et d'Aristote furent relevées par ceux des penseurs qui étaient à la recherche d'une doctrine philosophique capable de donner satisfaction aux nouvelles tendances religieuses.

    Épicure est l'auteur de la réaction de l'esprit vulgaire contre la philosophie et contre les sciences, au moment du déclin de la philosophie spéculative qui s'était entée sur la méthode socratique. Mais la séparation que Socrate avait voulu établir entre la psychologie morale, dont il était le fondateur, et les «vaines» spéculations sur la nature de l'univers n'ayant pu aller plus loin que quelques-uns de ses premiers disciples, la réaction contre la philosophie eut elle-même besoin des apparences d'une philosophie intégrale. Épicure étranger aux sciences rationnelles de son temps, mathématiques et astronomie, entièrement dénué d'esprit scientifique, ignorant en logique et en dialectique, mais en possession d'une idée simple et bien arrêtée sur ce qui constitue le souverain bien de l'homme, du chercher parmi les doctrines qui avaient gardé grande réputation en physique après Aristote et contre son école, celle qui pouvait le mieux favoriser sa manière de voir en morale. Il était profondément incapable de toucher à la conception du monde mécanique de Démocrite sans la défigurer par des contresens, mais ce n'était pas ce qui pouvait arrêter beaucoup ses disciples. Cette conception, entre toutes les autres, avait pour lui le mérite, non sans doute d'offrir des principes d'où se déduirait une morale, mais d'écarter un grand obstacle aux applications de la sienne. Son idée maîtresse était la vie sans agitation et sans trouble de l'âme, le plaisir comme but, mais plutôt celui qui naît de l'absence de douleur que celui qui procure la satisfaction des passions. Mais la vie ainsi comprise rencontre une difficulté. S'il existait des dieux s'occupant de nos affaires et qui nous imposassent des devoirs, — ce qui était une croyance après tout fort répandue dans la société, et soutenue par les pouvoirs publics, — si l'on croyait cela, il pourrait arriver que la vie égoïste et oisive fût troublée par la crainte de ces êtres, par les menaces que les prêtres font en leur nom, et dont on imagine l'accomplissement après la mort. Les religions sont, au moins en partie, ce que dit la très remarquable définition étymologique d'un ancien grammairien: Religio, id est metus, ab eo quod mentem religet dicta religio 1. Épicure reçut, pour avoir mis sous ses pieds la religion et la crainte des dieux (relligio pedibus subjecta... obteritur), des louanges presque divines de ses disciples et du grand poète qui donna lui-même ce but à son ouvrage: Relligionum animos nodis exvolvere pergo 2. Le système des mondes de Démocrite était incontestablement le plus avantageux qu'Épicure pût trouver pour éviter l'intervention des dieux et de tout dieu dans l'établissement et dans la marche des choses, et pour démontrer que la mort est un phénomène en tout semblable à la rupture d'une machine faite d'un million de pièces qui se séparent et s'éparpillent.

    On a vu plus haut comment Épicure affaiblit la valeur de la conception de Démocrite en tant qu'hypothèse scientifique, et dérogea au principe du mécanisme qui en faisait tout le mérite, en rendant aux atomes l'inexplicable qualité d'un poids sans but qui les emporterait tous en droite ligne, parallèlement, dans l'espace sans fin; et puis, idée bizarre, contradictoire de l'autre, en imaginant qu'ils sont sujets à de petites déviations sans cause qui leur permettent de s'accrocher. Il était animé de la bonne intention de briser par ce moyen les «chaînes de la nécessité», de donner une ouverture aux machines animales pour échapper à l'étreinte du pur mécanisme, fuir la douleur qu'amèneraient des rencontres fatales, et même conserver la liberté interne des déterminations à agir :
    Ne mens ipsa necessum
    Intestinum habeat cunctis in rebus agendis
    3
    Malheureusement, la stricte nécessité est la condition sine qua non de toute action mécanique, là ou c'est bien d'action mécanique qu'il s'agirait; et la théorie des déclinaisons atomiques ne pouvait faire entrevoir comment le íïàò d'Épicure, ipsa mens, composé atomique lui-même, serait capable de s'entendre avec ses atomes et d'obtenir de tous et de chacun qu'ils dévient de façon convenable pour «arracher la volonté aux destins et diriger l'individu où son plaisir le conduit» 4. C'est d'ailleurs une anomalie du système, et qui n'était pas dans le plan de Démocrite, d'ôter de la thèse de l'éternité des phénomènes et de leur procès à l'infini, tout en la conservant, le principe de l'enchaînement invariable des causes (ex infinito ne causam causa sequatur) qui en était et qui en est resté le nerf.

    Le sentiment de Démocrite sur Dieu et les dieux n'est point éclairci par ce qu'on a des témoignages des anciens sur ses opinions, mais il est clair qu'il n'était pas guidé en sa doctrine par l'hostilité contre les religions; et on l'opposa à Épicure, sous ce rapport. Ce dernier, afin de débarrasser des dieux le monde, prit l'étrange parti, — sincère? pourquoi pas, puisque la théorie atomistique ne le défend point? — de supposer qu'il en existe réellement, et qu'ils sont constitués par des combinaisons indéfiniment durables d'atomes, lesquelles ont leur siège dans les intermondes où nulle cause de dissolution ne les peut atteindre: d'ailleurs parfaitement heureux, étrangers et indifférents aux affaires des mortels, qui ne pourraient que leur troubler l'esprit; et, éternels, comme on le dit des dieux des religions, rien n'empêche de le croire; car on ne voit pas pourquoi la dissolution des mondes actuels et la formation des mondes futurs intéresseraient les régions que ces êtres habitent, et que le hasard a favorisées en y faisant rencontrer des combinaisons d'une entière stabilité, à l'abri des perturbations de provenance externe.

    Il est remarquable, et on pourrait voir là une confirmation de la sincérité de l'imagination d'Épicure, que la vie divine, passée selon lui dans l'éternelle inaction et la souveraine paix 5, est conforme à son idéal de l'homme sage, qui ne doit point avoir d'affaires, autant que possible, et qui doit fuir les passions, éviter même les plaisirs trop vifs, dans l'intérêt de la volupté, plaisir imperturbable. La perfection de cet état est entière pour les dieux qui se savent éternels; comment faire maintenant pour que les hommes en approchent, eux dont les plaisirs sont à tout instant troublés par la pensée de la mort? C'est le second problème a résoudre: après avoir ôté la crainte des dieux, l'épicurisme doit ôter la crainte de la mort. Épicure s'est servi à cet effet de sophismes demeurés célèbres, qu'il avait empruntés selon toute apparence à des philosophes athées de l'école cyrénaïque qui enseignaient le suicide; de cet argument, entre autres: que la mort n'est rien et ne nous concerne en rien, attendu que, vivants, elle ne nous touche pas, et, morts pas davantage, puisque nous ne sommes plus. Lucrèce n'a pas craint d'en développer le sens 6, qui ne porte pas non plus que cette froide considération: que l'état du mort ne diffère point, selon la doctrine épicurienne, de l'état où il se trouvait pendant les siècles qui ont précédé sa naissance, lesquels n'avaient pour lui rien de douloureux. Ces raisonnements sont impuissants contre la crainte de la mort, passion nécessairement associée à l'idée de ce que nous possédons et que nous aimons, lorsque nous y joignons l'idée de le perdre. Le poète est tout autrement éloquent dans la peinture des misères de la vie humaine, quand tout tremblant sa bassesse de cœur, son inutilité sur la terre, son attachement à des biens qu'il a épuisés, et l’injustice de ses plaintes en présence du sort commun avant lui tant d'hommes puissants et de héros, de poètes et de sages 7. Mais il ne songe pas que ses invectives portent surtout contre les hommes qui vivent selon les maximes d’Épicure!


    Notes
    1. Servius, Commentaire de l'Énéide, VIII, 1319 et 1I, 053.
    2. Lucrèce, De natura rerum, I, V. 230.
    3. Id., ibid., II, v. 289.
    4. Id., ibid., II, v. 251
    De nique si semper motus connectitur omnis, Et vetere exoritur semper novas ordine certo, Nec declinando faciunt primordia motùs Principlum quoddam quod fati fœdera rumpat
    Ex infinito ne cancans causa sequatur;
    Libera per terras uncle banc animantibus exstat, Undo est haec, inquam, lotis avolsa voluntas
    Per quam progredimur quo ducit quemque voluptas?
    Declinamus item motus, nec tempore certo, Nec rations loci certa, sod ubi ipsa finit mens.
    Le passage est d'une netteté d'expression singulière, et valait bien de n'être pas abrégé dans la citation.
    5. Id., ibid., 1, v. 57 °, Omnis enim per se divum natura necesse est Immortali aevo summa cum pace fruatur Semota ab nostris rebus sejunctaque longe...
    6. Id., ibid., 111, V. 974 sq.
    7. Id., ioïd , V. 944 sq., 1037 sq.

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