Fondation Humanitas pour les humanités gréco-latines au Québec

Richard Lussier

Conférence sur Cicéron à Québec le 22 octobre 2022, à Montréal le 29 octobre. Cours de latin, cours de grec. Richard Lussier présente ici la Fondation.

La Fondation Humanitas, dont je suis le président, est un organisme de bienfaisance sans but lucratif qui vise à faire la promotion des humanités gréco-latines et ainsi rappeler à nos contemporains que les lettres anciennes constituent un précieux héritage qui ravive notre grandeur humaine.

Nos actions nous définissent. Cours de langues anciennes ( je tiens à souligner au passage, outre les cours réguliers de latin et de grec, le franc succès qu’a connu le cours intensif de latin, cet été au monastère de Saint-Benoît-du-Lac ). Nos actions nous définissent, dis-je : Cours de langues anciennes, cours de culture classique, conférences et lectures publiques. Ce sont nos actions, mais on ne connaît pas vraiment une personne ou une institution à moins de ne connaître son âme, ses motivations. Montaigne l’a bien énoncé : «Voilà, dit-il, pourquoi quand on juge d’une action particulière, il faut considérer plusieurs circonstances et l’homme tout entier qui l’a produite, avant de la baptiser. Pour dire un mot de moi-même. J’ai vu quelquefois mes amis appeler en moi prudence ce qui n’était que fortune.» - Fin de la citation - Vous voyez un homme riche donner toute sa fortune aux pauvres. Voilà un acte patent de charité, n’est-ce pas?, mais à lire saint Paul, on peut en douter, car il nous dit « j’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque la charité, l’amour, cela ne me sert à rien.»

Ce qui nous pousse à agir à la Fondation Humanitas, ce n’est pas la nostalgie du bon vieux temps, le temps des collèges classiques, ce n’est pas non plus le désir d’étaler notre culture, d’épater la galerie en parsemant nos discours de citations latines. NON! Ce qui nous pousse à agir, c’est notre amour des hommes, de nos contemporains, lesquels nous semblent bien mal en point. Une œuvre de Samuel Beckett, En attendant Godot, est, je crois, révélatrice de notre modernité. Quatre personnages dans cette pièce de Beckett : Vladimir, Estragon, Lucky et Pozzo. Ils sont là et ils attendent Godot, Dieu sait quoi? Ils s’ennuient mortellement. Pozzo représente l’homme qui exerce le pouvoir. Il a à son service Lucky, l’intelligence au service du pouvoir. Pozzo tient en laisse Lucky et le fouette pour qu’il pense. Le discours de Lucky, sa pensée, celle de l’intelligence moderne, est un amas de mots sans lien les uns avec les autres, des mots juxtaposés sans aucune ponctuation. Son discours n’est pas composé de phrases, sujet, verbe, complément, subordonnées. Juste des mots juxtaposés. Un amas de mots, comme un amas de déchets. Difficile de trouver un sens à cet amas de mots, sauf qu’en y regardant de près, on finit par retrouver certains mots qui regroupés par l’intelligence du lecteur font sens, à savoir, que «malgré le progrès et l’avancement des sciences, du sport et de la médecine, l’homme est en train de maigrir ».

À la Fondation Humanitas, nous croyons que l’homme n’est pas unidimensionnel, qu’au-delà de la quantité et de la matière, il y a la qualité et le sens. Notre époque croule sous un amas d’informations. En soi, ce n’est pas une mauvaise chose, encore faut-il avoir des critères, des balises pour distinguer l’essentiel du trivial, savoir faire un tout des informations essentielles, et y découvrir un sens à nos vies, à notre humanité. Une tête bien faite plutôt que bien pleine, et il faut ajouter, un cœur à la bonne place, car n’oublions pas que le peuple allemand, du moins ses élites, lesquels pouvaient lire dans le texte Ovide, Cicéron, Homère et Platon, ont néanmoins servi pour la plupart le Führer. René Descartes dans son Discours de la Méthode a amorcé la guerre entre les Anciens et les Modernes, et il faut bien l’admettre, Descartes a gagné la bataille. Il a fait table rase, tabula rasa de toute la sagesse des Anciens pour, prétendit-il, repartir à zéro sur des bases solides, sur ce qui est quantifiable; voilà selon lui ce qui devait permettre à l’humanité d’enfin progresser. Il n’a pas eu tout à fait tort, car nous progressons, car la science et la technique ont beaucoup apporté à l’humanité et nous repoussons constamment les limites, mais où nous mène le progrès, et comme le dit un humoriste français n’est-il pas temps de réaliser que lorsqu’on dépasse les limites, là il n’y a vraiment plus de limite? Ceux qui ont des enfants le savent très bien ou en tout cas l’apprendront très tôt à leurs dépens, s’ils ne le savent pas encore.

Nous ne sommes pas les premiers dans l’histoire de l’humanité à avoir cherché un sens à la vie. Dieu, merci, nous n’avons pas à repartir à zéro. Les anciens Grecs, Romains et Chrétiens s’y sont affairés bien avant nous. Ils nous ont légué un héritage de sagesse dans leurs œuvres et le but de notre fondation comme l’indique notre devise, est de transmettre cet héritage, notre héritage occidental. Les œuvres de Cicéron font partie de cet héritage. Cicéron est un de ces grands hommes de l’Antiquité qui savait bien articuler ses phrases, ses arguments, ses métaphores, et la sonorité des mots pour persuader un auditoire, mais il avait surtout une vision cohérente de l’homme et de sa place dans l’univers. 

 




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