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Humanités

Essentiel

«Je me demande si ce n´est pas justement l´exclusion dont les "humanités" ont été l´objet, depuis que les "sciences humaines" ont prétendu se substituer à elles, qui a privé cette humanité, dont tous se réclament, des sources communes où l´on peut puiser pour l´évaluer concrètement et pour y éduquer pratiquement les enfants. Les "humanités" au pluriel, traduction française longtemps en usage d´une expression latine chère à la Renaissance, humaniores litterae, les lettres qui rendent plus humains, désignent à la fois un programme d´éducation qui achemine à l´humanité par l´étude des langues et des textes classiques, et une culture générale qui aiguise et favorise le discernement de l´humain tout au long de la vie.»

Marc Fumaroli, Les humanités sont la mémoire vivante du passé, Le Monde, 21 novembre 2000

Un texte écrit il y a plus de cent ans et qui interpelle encore notre réflexion :

« Il y a quelque deux cents ans, lorsque, au dire de Racine, l’on trouvait Tacite entre toutes les mains, les écoliers se donnaient parfois encore les gants d’apprendre quelque chose, avant de devenir les insupportables petits messieurs qu’il faut pour plaire aux dames. Les fêtes du lendit n’existaient pas, où les disciples font valoir leurs agréments physiques, ni les clubs propres à montrer les doctrines politiques de tels messieurs, peu ferrés sur la table de Pythagore. La version, le discours et même, horreur ! les vers latins donnaient au parler de ce temps une saveur, un fond de langue, qu’il a bien perdu depuis.

Dans les anciens auteurs, les jeunes gens faisaient leur apprentissage d’honnête homme. Les courtoises maximes d’Horace, les fermes exemples de tant de héros dont Plutarque, selon un mot célèbre, fut le Walter Scott, façonnaient à la plus noble des règles morales tant d’esprits frais ouverts. Pour eux, le miel des poètes ruisselait. La sainte légende grecque leur montrait, dans Homère, dans Eschyle, dans Sophocle, l’idéal de la guerre et des vertus sociales, tandis que Virgile, au déclin du monde antique, les initiait aux beautés de sa mélancolie.

Une empreinte restait, indélébile, sur les esprits ainsi formés. Quiconque possédait ces deux langues maîtresses, le grec et le latin, faisait partie d’une aristocratie fermée à tous ceux dont l’âme n’avait pas reçu la culture des vieux maîtres.

Notre surprise en présence des moindres reliques du passé, l’étonnement qui nous prend devant le style des écrits professionnels au temps de Louis XIV, devant la perfection du langage atteinte par un fontainier ou par un maître mire, tient au peu de souci que nous avons pour ces nobles études si bellement qualifiées d’humanités.

Les jeunes étalons du cycle ou du racing-club, les politiciens dont le nez mal torché jute encore d’un lait à peine aigri, ne semblent pas en humeur de remonter le courant.

Mais je ne trouve pas, quand à moi, sujet de rire en ces choses, et j’ai tels soirs mélancolieux où je regrette pour tout de bon cet excellent Rollin, et Bitaubé aussi, avec le De Viris et l’Epitome taché d’encre qu’ont épelé mes jeunes ans. »

Laurent Tailhade, « Exhortations aux études latines », Revue blanche, 1er semestre 1896, p. 505

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Texte d'une causerie prononcée au Séminaire de Sainte-Thérèse (Québec) à la réunion annuelle des Anciens le 2 mai 1948. Publié dans L'OEUVRE DES TRACTS, janvier 1949, no 355. Reproduit avec l'autorisation des ayants droit de l'auteur

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