Influence

Vision maîtres

Jacques Dufresne

L’Encyclopédie de l’Agora : une vision organique du monde

Par Jacques Dufresne

Une série de synthèses sur les grands thèmes les plus significatifs à nos yeux. Chaque synthèse est un arbre auquel on pourra ajouter des branches et des feuilles par une recherche sur les sites: http://agora.qc.ca et http://www.appartenance-belonging.org/fr/

Les grands thèmes

Les maîtres

Le fichier joint est la version PDF de mon livre La raison et vie, paru en 2019. Vous y trouverez des pages sur ceux et celles, maîtres et amis, qui ont eu l'influence la plus déterminante sur moi et par suite sur les synthèses qui explicitent la cohérence de notre oeuvre,cohér ence résumée ici en trois phrases: vvision organique du monde- la vie naît de la vie- se greffer sur un milieu vivant, naturel et divin. Quelques noms. En italique, ceux et celles que j,ai connus personnellement: Charles Péguy. Yvon Desrosiers, Gabriel Marcel, Gustave Thibon, Simone Wei, Jeanne Parrain-Vial, Henri F.Ellenberger, René Dubos, Illonka Schdidt-Maxkay, Ivan ILlich, Lewis Mumford, Jean-Paul Desbiens, Fernand Dumont.

Complément sur Gustave Thibon et Simone Weil

Gustave Thibon

Extraits :

On a comparé Gustave Thibon à Pascal, Gabriel Marcel a reconnu en lui un Nietzsche chrétien, mais il eut encore plus d’affinités avec Simone Weil. Comment situer un tel être sans le trahir? Né en 1903 à Saint-Marcel d’Ardèche, mort en 2001 dans le même village, Il publiera ses principales oeuvres à partir de 1960: Notre regard qui manque à la lumière, L'ignorance étoilée, Le voile et le masque, L'illusion féconde. Sa rencontre avec Simone Weil, en 1941,  aura été l'événement le plus marquant de sa vie. Il la fit connaître au monde en publiant La pesanteur et la grâce.

Gustave Thibon avait déjà reçu en 1964 le Grand prix de littérature de l''Académie française. En l'an 2000, la même Académie lui décernait son Grand prix de philosophie. Si elle a souvent su prendre ses distances par rapport aux modes et aux goûts du jour, la vénérable institution n'a pas toujours été prophétique dans ses choix. Elle l'aura été à la fin du second millénaire. Elle a reconnu l'homme qui, en France, et osons le dire en Occident, aura le mieux récapitulé ces deux millénaires de christianisme marqués à l'origine par les idées grecques et romaines et à la fin, par l'esprit réducteur de la science moderne.

[…]

L'unité du composé humain, aspect de l'incarnation, sera le centre de gravité de son oeuvre. Le dualisme, sous une forme ou une autre, est la tentation permanente de l'esprit humain et le point vers lequel il est emporté à moins qu'un principe supérieur ne le ramène à l'unité; la matière soumise à l'entropie tend vers la division, la dispersion. Ainsi en est-il de la pensée. La vie est néguentropie, elle ramène la matière en dispersion à l'unité concentrée de chaque être vivant. La même vie dans la pensée ramène l'homme à son unité, et au moment de l'histoire où elle fut affirmée le plus clairement: dans la vie du Christ, dans l'oeuvre de saint Thomas au Moyen Âge, dans celle d'Aristote auparavant. Grand vivant, Thibon aura toujours eu le souci de tout ramener à l'unité. Mais attention! Rien n'est plus contraire à l'unité qu'une volonté trop ferme et trop claire de la faire. «Dans une ténébreuse et profonde unité», Thibon commente ainsi ce vers de Baudelaire: «L'utopie, c'est de vouloir réaliser l'unité hors de cette ténèbre et de cette profondeur, c'est-à-dire dans la clarté et en surface. Au niveau de la chair et des passions chez les amants, ou de la révolution sociale chez les politiques, etc.»
Pourtant, les deux pensées qui l'ont le plus marqué, celle de Klages, dans la première partie de sa vie, et celle de Simone Weil dans la seconde, sont l'une et l'autre fortement empreintes de dualisme. «Le dualisme de Klages, confiera-t-il à Philippe Barthelet, a toujours été ma grande tentation. Et si je n'y ai jamais complètement cédé c'est en raison de l'impossibilité radicale de tout dualisme: les pères de l'Église l'ont surabondamment démontré, saint Augustin en particulier, en reniant l'hérésie manichéenne. Et saint Thomas après eux: non videntur litigare quae nihil habent commune: les choses qui n'ont rien en commun ne se battent pas entre elles. La lutte suppose en effet une parenté entre les êtres, une même origine, sans quoi ils coexisteraient dans des mondes différents et sans rencontre possible. Corollaire du vieux principe pythagoricien: seul le semblable peut connaître le semblable.»

***


Gustave thibon : notre regard qui manque à sa lumière, une synthèse pour un temps sans illusions

Cet article a d'abord paru dans Gustave Thibon, Dossier H, L'Âge d'Homme, Lausanne et Paris 2012

 « Le souffle de la vie et le souffle de l’esprit se confondaient si bien en Thibon qu’on peut dire, au sens littéral du terme, qu’il pensait comme on respire.»

[…]

Il est temps de rappeler qu’il n’a, suivant le mot de Nietzsche « jamais troublé ses eaux pour les faire paraître profondes » et qu’il a toujours dispensé ses lecteurs de faire à sa place son travail d’auteur. Il est lumineux, si lumineux que son lecteur ne peut échapper ni à la douleur de voir plus clair en lui-même à son contact, ni à la nécessité d’une transformation intérieure. Comprendre oblige. De tels auteurs sont faits sur mesure pour les époques sans illusions, comme celle de 1935 à 1950 où Thibon a eu le plus de lecteurs. Tant que dureront les illusions actuelles, fondées sur ce rêve d’un paradis sur terre qu’il n’a eu de cesse de dénoncer, notre regard manquera à sa lumière, si on me permet de retourner en sa faveur le titre de l’un de ses livres ! Il importe que quelques témoins vigilants veillent sur son œuvre pour qu'on s’en souvienne le jour où les illusions tomberont de nouveau.

Pour bien mettre en relief les deux pôles qu’il réunit dans sa synthèse, je distinguerai deux périodes dans la vie intellectuelle de Thibon. Comment savoir, quand on fait une telle distinction, si on facilitera ainsi la compréhension de son œuvre ou si les étiquettes qu’on lui accolera en fausseront la lecture? Il me semble tout de même qu’entre le premier Thibon, celui de La science du caractère et de Diagnostics, et le second, celui de L’Ignorance étoilée et de L’Illusion féconde, il y a une différence assez marquée pour justifier la distinction entre deux périodes, que j’appellerai les «années de conviction» et les «années de transparence». J’espère montrer au fil de ces périodes la cohérence qui caractérise l’ensemble de la vie et de l’œuvre de Thibon.

***

Gustave Thibon, un Nietzsche chrétien

Extrait

D’abord formé hors des écoles, Thibon, à la fin de sa vie du moins, ne sera d’aucune école, sauf, par-delà toutes les frontières, celle des invariants :« Au‑delà des mythologies et des sciences, du merveilleux imaginaire et du réel mesurable, chercher les grands invariants qui peuvent unir, dans la même sagesse et la même foi (car, au centre de l'esprit, le Dieu des philosophes et le Dieu des croyants se rejoignent), les hommes de tous les temps et de tous les lieux. Le signe auquel on reconnaît ces invariants, c'est qu’ils ne sont jamais vérifiables du dehors et toujours irréfutables au- dedans […] Seul défie l'usure des siècles le dialogue intérieur entre l'homme et sa source. Le Tao, les grands textes de Platon, Marc Aurèle, saint Jean de la Croix n'ont pas vieilli et ne vieilliront jamais. La Cité des âmes est invulnérable au temps. » [11]

***

Simone Weil ou la synthèse de la méthode et de la purification

Extraits

La méthode dans les sciences, la purification dans la vie personnelle sont les deux conditions de la vérité. Si vous négligez la première, vous n'aurez de vous-mêmes et du monde qu'une image floue; si vous négligez la seconde, le savoir essentiel, qui donne sens à la vie, vous échappera toujours, votre science se limitera à l'enchaînement des faits et des signes abstraits.
Les plus grands parmi les penseurs se sont rapprochés de l'équilibre entre la méthode et la purification. À l'intérieur d'une même œuvre, La République par exemple, Platon souligne l'importance de la purification par le mythe de la caverne, par l'exemple du Juste, pour ensuite proposer une méthode, la dialectique. Le même Platon adopte tantôt un langage poétique propre à l'expression des vérités acquises par la purification, tantôt une prose, parfois fastidieuse, propre à l'esprit de méthode.

[…]

Son œuvre, désormais, comportera deux versants. Sur l'un des versants, elle précisera la méthode pour accéder au sommet, sur l'autre elle explicitera la vision du monde que l'expérience des sommets lui aura inspirée. Une pensée de Ernst Jünger sur la liberté, tirée de son Journal parisien, illustre bien l'une et l'autre de ces démarches. «Où que nous puissions déserter, nous emportons notre dispositif inné, et dans le suicide même, nous ne nous délivrons pas. Il faut que nous nous élevions, fût-ce par la souffrance; alors, le monde s'organise sous nos regards.»

[,,,]

L'intelligence ne nous conduit pas au sommet. Elle nous aide à dissiper les mirages avec lesquels nous le confondons et nous amène à désirer y accéder, sans nous masquer à nous-mêmes son inaccessibilité; jusqu'à ce que, sous l'intensité croissante du désir, se dissipent les nuages qui nous le cachent et apparaisse le soleil qui nous donnera l'énergie nécessaire à la dernière étape de l'ascension.

***

Le choc Simone Weil, livre de Jacques Julliard

Extrait:

Nous avons pensé un moment être les seuls à attacher une telle importance à cet auteur qu'on néglige encore dans les facultés de philosophie; mais viennent de paraître deux ouvrage collectifs, le premier au Québec, Les racines de la liberté, l’autre en France, Radicalité : 20 penseurs vraiment critiques, qui consacrent un chapitre à Simone Weil. Son nom apparaît dans les deux ouvrages avec ceux de George Orwell, Jean-Claude Michéa, Pier Paolo Pasolini et Christopher Lasch.
C’est dans ce contexte qu’est paru Le choc Simone Weil de Jacques Julliard.  Depuis l’étude de Gustave Thibon en introduction à la première édition de La pesanteur et la grâce en 1948 et l’essai de Victor-Henry Debidour, Simone Weil ou la transparence, paru en 1963 c’est, à mes yeux, le meilleur ouvrage consacré à celle qui a écrit, vingt jours avant sa mort : «Les éloges de mon intelligence ont pour but d’éviter la question : dit-elle vrai ou non? » Julliard n’évite pas cette question.

***

Simone Weil et la tradition dualiste- Introduction

Thèse de doctorat de Jacques Dufresne soutenue à Dijon en 1965

Introduction

"Il faut seulement savoir que l'amour est une orientation et non pas un état d'âme". (S.W.)

Je tiens à exprimer ma reconnaissance à Madame Jeanne Parain‑Vial, dont la bonté constante, les enseignements et les conseils m'ont permis d'entreprendre et d'achever ce travail; à Gustave Thibon, qui m’a révélé Simone Weil et Platon; à M.J.E.Ménard, sans qui je n'aurais jamais connu les religions dualistes que du dehors.
Jacques Dufresne.
Au printemps de 1942, quelques mois avant son dé­part pour l'Amérique, Simone Weil se rendit dans la ré­gion de Toulouse où elle devait revoir quelques anciens amis et faire la connaissance du groupe des Etudes Catha­res. Elle accomplissait ainsi un de ses voeux les plus chers, celui de ne point quitter la France et la vie sans avoir aperçu le coin de terre qui avait vu naître et dis­paraître la plus grecque des civilisations chrétiennes.
Elle pensait déjà "que l'on ne peut trouver de secours ici‑bas que dans les îlots de passé demeurés vivants à la surface de la terre". Le Languedoc était pour elle un de ces îlots. Un peuple libre y avait vécu, dont elle se fit un devoir de faire revivre le souvenir en faisant paraître dans un des numéros des Cahiers du Sud consacrés au génie d'Oc, deux articles intitulés: "L'agonie d'une civilisation" et "En quoi consiste l'inspiration occita­nienne". Dans le second de ces articles, elle fit de la re­ligion cathare l'éloge suivant:
"Le besoin de pureté du pays occitanien trouva son expression suprême dans la religion cathare, occa­sion de son malheur... Les cathares poussèrent l'hor­reur de la force jusqu'à la pratique de la non‑vio­lence et jusqu'à la doctrine qui fait procéder du mal tout ce qui est du domaine de la force, c'est­-à‑dire tout ce qui est charnel et tout ce qui est social. C'était aller loin, mais non pas plus loin que l'Evangile". (
Ce texte qui fut inséré par la suite dans une oeuvre contenant déjà plusieurs thèmes manichéens ne pouvait pas manquer d’attirer l’attention des lecteurs avertis. C’est ce qui expliquer pourquoi les mots manichéisme ou gnose, employés souvent avec mépris, parfois avec sympathie, s’associèrent peu à peu au nom de Simone Weil, comme le mot de jansénisme s’était associé au nom de Pascal.

[…]

Simone Weil manichéenne! Simone Weil néo‑gnostique! Le mot n'est‑il pas un peu fort ? Qu'il y ait un lien de parenté entre la pensée de Simone Weil et la pensée gnos­tique, nous ne pouvons songer à le nier après ce qui a été dit. Mais ce lien est‑il aussi étroit que le chanoine Moëller nous invite à le croire ? Quelle est la vraie na­ture du dualisme de Simone Weil ? Par‑delà la gnose, ne re­joint‑elle pas une tradition dualiste à la fois plus uni­verselle et plus nuancée ? Son intuition fondamentale est-­elle vraiment dualiste

Simone Weil et la tradition dualiste- Première partie

Simone Weil et la tradition dualiste- Deuxième partie

Simone Weil et la tradition dualiste - Troisième partie

Simone Weil et la tradition dualiste - Conclusion

 

 

 

 



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