Le romanesque

Jean Sgard

La vie de Prévost a été une telle succession d'engagements suivis de ruptures, d'escroqueries, d'exils, notamment en Angleterre et en Hollande que ses critiques se sont demandés si ses romans sont un pur reflet de ses expériences ou un savant mélange de réel et d'imaginaire...

Avec lui, le récit romanesque exprime une expérience dramatique, profondément ressentie, mais aussi une sorte de vérité immanente. Michel Gilot l'a parfaitement senti : «L'émotion autobiographique affleure dans toutes les grandes narrations de Prévost; le héros ne se contente de raconter ses épreuves, il en représente la continuité et le sens, il montre comment elles ont affecté et constitué son être profond. On devine en même temps comment le lecteur est amené à confondre l’autobiographie fictive du personnage et l’autobiographie réelle de l’auteur : à travers ses personnages le romancier atteint la chaîne des affections qui l’ont constitué lui-même; parlant de la violence de l’amour, de l’extrême des sentiments, de l'impossibilité du bonheur, de l'angoisse de la mort, il ne peut parler que de lui-même; la fantaisie romanesque disparaît devant la sincérité du retour à soi. Si de surcroît, l’auteur mêle à cette émotion du récit des traits qui n'appartiennent qu'à son propre passé, s'il évoque des deuils, des ruptures, des conflits familiaux qui relèvent de la vie la plus privée, on ne manquera plus de croire qu'il parle de lui: les ruses de Prévost pour fonder la crédibilité du récit sont innombrables». p. 49

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