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    L'Encyclopédie sur la mort



    Autochtones

    Cornelius Krieghoff Musée MccordParmi les populations amérindiennes, les Aguaruna, un sous-groupe des Jivaros, habitants des forêts tropicales de l’Amazone, ont un taux exceptionnellement élevé de suicide: 180 sur 100 000 personnes. Aux États-Unis*, chez les Apaches, le taux est déjà considérablement plus bas (133), mais plus élevé que celui des Shoshone des Grandes Plaines de langue uto-aztèque (100). Le suicide et l’homicide sont étroitement liés chez les Apaches des White Mountains, qui vivent dans une réserve de l’Arizona. Il devient alors difficile de distinguer entre les deux modalités de mourir: être tué ou se tuer. La majorité des hommes utilisent les armes à feu*, tandis que les femmes se font brûler vives. L’agression, historiquement dirigée vers l’ennemi, se trouve intériorisée au sein même du clan (G. Evans et N. L. Farberow, The Encyclopedia of Suicide, p. 15). Chez les Navajos, par contre, dix des trente-trois suicides de femmes relevés de 1848 à 1942, sont associés à des querelles de ménage et à la jalousie et quatre seulement à la vengeance. Chez les Matacos en Argentine, les mésententes conjugales et les problèmes relatifs à l’amour sont loin d’être étrangers aux suicides des jeunes entre treize et dix-sept ans, car le mariage se fait très tôt à la puberté.

    Au Canada*, l’espérance de vie des membres des premières nations est inférieure à la moyenne nationale. Même si l’ensemble de la population autochtone augmente en nombre plus rapidement que la population blanche, elle perd près de cinq fois plus d’années de vie potentielles que l’ensemble de la population canadienne en raison de blessures non intentionnelles et de suicides (Santé Canada, «Les lésions traumatiques accidentelles et intentionnelles chez les Autochtones du Canada», 1990–1999). D’après le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, bien que le taux réel de suicide soit sans doute plus élevé que ne l’indiquent les statistiques, le taux de suicide chez les autochtones, pour tous les groupes d’âge, est environ trois fois plus élevé que chez les non-autochtones. Il fixe le taux de suicide chez les Indiens inscrits et chez les Inuits* à respectivement 3,3 fois et 3,9 fois la moyenne nationale. Ce sont chez les adolescents et les jeunes adultes que les risques sont les plus élevés. Le nombre de suicides chez les jeunes autochtones de 10 à 19 ans est cinq à six fois plus nombreux que chez les non-autochtones du même âge. Dans certaines communautés, les adolescents et jeunes adultes se tuent près de vingt fois plus que les autres Canadiens. À cela s’ajoute le problème de l’automutilation.

    La population autochtone est majoritairement composée de jeunes gens. Ceux qui devraient être l’avenir de leur peuple sont, dans bien des cas, en proie à de graves problèmes. En fait, la souffrance de leurs enfants met en péril des communautés autochtones entières. Beaucoup d’enfants autochtones vivent et grandissent dans des conditions qui ont et auront de fâcheuses conséquences pour leur santé. La moitié d’entre eux, dans les réserves ou hors réserve, survivent plutôt qu’ils ne vivent. Immergés dans la pauvreté, ces jeunes sont plus susceptibles de connaître des problèmes de santé chroniques ou des troubles mentaux et affectifs. Cette situation commence dès la petite enfance. Les enfants autochtones victimes de violence physique et sexuelle sont plus nombreux qu'ailleurs, se heurtent à des obstacles lorsqu’ils tentent d’atteindre un niveau de scolarité adéquat, sombrent dans la toxicomanie* ou se suicident. Au nord de l’Ontario, les nations Pigangikum, Webequie et Kingfisher ont été particulièrement frappées par des vagues successives de suicides chez les jeunes de leurs communautés depuis le début des années 1990. En 1994, six jeunes de Pigangikum avaient mis fin à leurs jours et des douzaines d’autres avaient été éloignés de la réserve pour un traitement destiné à soigner leur dépendance aux vapeurs de solvants. On a relevé diverses causes de cette épidémie: la perte de leur culture ancestrale, les agressions sexuelles, les familles éclatées et la toxicomanie* des parents. Cependant, toutes les communautés autochtones ne connaissent pas ce fléau; certaines en sont carrément exemptes, tandis que d’autres vivent une épidémie de suicide qui dure depuis des décennies.

    Le suicide est l’un des problèmes les plus urgents et les plus troublants des communautés autochtones. Le révérend Paul Williams, pasteur anglican de Rankin Inlet dans les Territoires du Nord-Ouest, a livré un témoignage éloquent sur le deuil* durement ressenti dans les premières nations: «La plupart des collectivités […] sont affligées et bouleversées chaque fois que se produit un suicide ou même une tentative de suicide. On assiste alors à une telle éruption de sentiments négatifs que, sous la force du choc, des collectivités entières se referment pratiquement sur elles-mêmes. La douleur ressentie est si intense que, dans les faits, toute la collectivité a besoin d’une aide professionnelle. […] Et le pire, c’est qu’on n’a pas même le temps de se remettre d’un suicide qu’un autre s’est déjà produit» («Quelle est la gravité du problème?», dans Commission royale sur les peuples autochtones, Choisir la vie, un rapport spécial sur le suicide chez les autochtones, 1994, p. 6-20).

    Dans certaines communautés, comme chez les Cris du Québec, le taux de suicide est équivalent ou inférieur à la moyenne nationale. Chez les Cris de la baie James, le sens de la communauté est plus profondément marqué. Au Québec, ce sont les Inuits*, ainsi que les Innus, qui sont décimés par le suicide. Selon le docteur Pierre Gagné, professeur à l’université de Sherbrooke et psychiatre (Florence Meney. «Ce ma qui ronge les jeunes autochtones du Québec» Pages de l’émission Zone libre, Radio-Canada, février 2002), la communauté des Inuits éprouve, plus durement que d’autres, le déracinement culturel et l’aliénation des jeunes générations par rapport à celle de leurs pères. Beaucoup de programmes destinés à prévenir le suicide sont voués à l’échec, parce qu’ils ont tendance à réduire les causes du suicide à un facteur unique comme celui de la dépendance, de la pauvreté ou de la violence. Or, ce qui porte un jeune autochtone à s’enlever la vie est le résultat d’une situation complexe où s’additionnent une vulnérabilité préexistante de l’individu, un problème de dépendance, la pauvreté, un climat aride où règnent le froid et la noirceur, la dépression, un événement perturbateur. Une aide efficace passe nécessairement par l’intégration de tous ces éléments. Contrairement à d’autres cultures, les causes du malaise social chez les autochtones sont plus difficiles à cerner. Elles sont plus floues, ne sont pas clairement exprimées par eux ou saisies par les autres en raison du fossé culturel entre les intervenants blancs ou formés par les blancs et les jeunes autochtones. Dès lors la solution à ce problème ne peut se trouver qu’à l’intérieur de la communauté, par ses membres. D’ailleurs, il faut se méfier des statistiques du suicide, de l’avis d’Éric Gourdeau, secrétaire général associé au Secrétariat des activités gouvernementales en milieu amérindien et inuit (SAGMAI). En effet, si, dans une communauté de cent personnes, un individu s’enlève la vie, en extrapolant, on arrive à des chiffres comme 1000 suicidés sur 100 000 personnes. Or, ces résultats ne correspondent pas du tout à la réalité.

    Les Innus sont les habitants indigènes du territoire appelé Nitassinan. Ils sont répartis en deux communautés, les Montagnais («gens de la montagne»), qui vivent le long du rivage du golfe du Saint-Laurent, et les Naskapis («peuple de l’intérieur»). Selon les données du ministère des Affaires indiennes, au Québec, la nation innue, compte près de 15 170 membres. Elle est l’une des nations autochtones les plus populeuses au Québec. Sept des neuf villages innus sont établis sur la Côte-Nord, les deux autres étant situés au Lac-Saint-Jean et à proximité de Schefferville. La majorité des membres de la nation parle l’innu dans la vie quotidienne et le français est leur seconde langue. («Autochtones du Québec»,

     

    Selon les psychologues P. Golliez et F. Larose, dont les recherches ont été présentées lors du congrès international de psychiatrie de langue française en 1991, les jeunes Algonquins de l’Abitibi, dans certaines réserves, se suicident par vagues de cinq ou six adolescents. Ainsi, dans la réserve algonquine du Lac-Simon, des suicides collectifs* se produisent tous les deux ans. L’arme du suicide chez les jeunes Algonquins est le fusil, mais ils font aussi un large usage de stupéfiants. Ils peuvent renifler de la colle aux effets néfastes mal connus. Toujours selon les interprétations de Golliez et Larose, les causes de ces comportements suicidaires se trouveraient notamment dans le conflit des générations. Les jeunes, exclusivement francophones, ne pourraient plus communiquer avec les gens plus âgés qui ne parlent que la vieille langue indienne. N’ayant plus de système de référence adéquat et vivant dans un milieu fermé, loin de la vie urbaine, leur contact avec le monde extérieur serait remarquablement réduit.

    .Chez les Iroquois, les suicides des femmes* et des enfants* sont associés à la vengeance. Par exemple, le taux de suicide d’enfants est très élevé par rapport à la moyenne des diverses cultures. Il traduit un modèle culturel des relations parents-enfants. Les parents étant très permissifs à l’égard de leurs enfants, une réprimande de leur part paraît aussi inattendue que surprenante et est douloureusement ressentie. À la suite d’un châtiment, les enfants se vengent par la mort. Il en va de même pour les femmes vieillissantes dont le mari envisage de prendre une épouse plus jeune. Elles répliquent par le chantage (tentative de suicide*) et, en cas d’échec, par le suicide (J. Baechler, Les suicides, p. 355-356). La méthode la plus utilisée est l’empoisonnement avec une substance tirée de la cicuta maculata (ciguë). Selon la conception iroquoise, le suicidé n’a pas accès au monde des esprits, mais reste sur terre à rôder aux alentours de la plante dont il extrait le suc pour se tuer. Ainsi, les femmes qui ont subi quelque mauvais traitement en amour ou en ménage peuvent se venger en prenant du poison et, après leur mort, soulever la communauté contre leur homme (p. 538).

    En ce qui concerne le taux élevé de suicide que l’on observe chez les autochtones dans divers pays et diverses cultures, J. Baechler* soutient la thèse du «processus de dissolution». Il y a d’abord la dissolution de la structure familiale: absence du père et rôle paternel dévalorisé. Le chômage* et un système scolaire inadéquat portent leur empreinte négative sur l’éducation de la jeunesse. Mais la dissolution de la structure communautaire déborde la famille et l’école et atteint tout le clan. «À la place d’un suicide collectif* perpétré au moment de la défaite, on observe une sorte de suicide collectif étalé dans le temps. Soit que l’oppression du vainqueur s’approfondisse et rende la position des vaincus insoutenable, soit que le vaincu ait perdu, avec l’indépendance, ses raisons de vivre et subisse une dissolution proprement dite» (Les suicides, p. 458). Contre cette hypothèse fort pessimiste, on peut alléguer le désir des communautés de se prendre en main, la scolarisation et la formation universitaire de plusieurs membres de la communauté en droit, service social ou en médecine et l’espoir exprimé par plusieurs jeunes de sortir de leurs dépendances physiques et sociales afin d’acquérir une identité nationale dont ils pourront être fiers.

    IMAGE
    Cornelius Krieghoff (1815-1872)
    «Un chasseur huron-wendat appelant l'orignal» (vers 1868)
    © Musée McCord, Montréal

     

     

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-19
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