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C19 : Cui-cui sur l’accalmie du mois d’août 2020

Pierre Biron

Loin des émotions, loin des twits, voici, à propos d’une journée oubliée du mois d’août 2020, une analyse et des propositions faisant place aux principaux paramètres dont il faudrait tenir compte même dans les moments les plus chauds d’une pandémie comme celle de la COVID-19.

Penchons-nous sur les décès en août 2020. Il y avait selon Statistiques Québec[1] environ 178 décès quotidiens toutes causes confondues en mi-août 2020, donc après le pic de la crise pandémique commencée en mi-mars 2020.

Assumant une population québécoise d’environ 8,5 millions, cela revient à dire qu’un québécois sur 1/47 754 est mort chaque jour en ce chaud mois d’août 2020.

Quand 1 décès quotidien est attribué spécifiquement au c19, assumant une mortalité quotidienne générale de 178, cela signifie que 0,56% (ou 1 / 178) des décès est spécifique au c19; cela n'affecte pas sensiblement la mortalité générale qui passe alors à 179. Quand 2 décès quotidiens sont attribués spécifiquement au c19, cela représente 1,12% (ou 1 / 89) des décès, et cela n’affecte pas sensiblement la mortalité générale quotidienne qui passe alors à 180.

Rien à voir avec le 2 mai 2020 où la province a connu un pic de mortalité générale quotidienne de 296 décès selon la même source (Institut de statistiques du Québec), une surmortalité ponctuelle de +66%. Noter que si l’on comparait sur une période plus large l’année précédente de 2019, soit du 14 mars au 23 mai, la surmortalité de 2020 en serait de +30% selon Alec Castonguay (Surmortalité et COVID-19, L’Actualité, Oct 2020).

Évidemment la santé publique souhaite même en temps d’accalmie éviter un incrément de 0,56% ou de 1,12% d’origine covidienne confirmée, si ces décès sont évitables par les mesures préconisées jusqu’à maintenant et tant mieux si ces mesures sont utiles tant par leur niveau d’observance et leur efficacité intrinsèque que par les populations ciblées.

On peut  se féliciter par exemple d’interdire les regroupements sans distanciation et sans masques, là où en temps normal on crie, on chante, on danse ou on acclame. Si ces activités collectives pouvaient se faire en silence, le risque de contagion serait réduit et dans ce sens le silence serait d’or. Mais ces regroupements ont justement pour objectif de crier, chanter, danser ou acclamer (au stade, en discothèque, au concert, en fêtant à la maison …), toutes ces activités étant propices aux postillons porteurs du virus.

La quarantaine imposée aux personnes exposées ou « positives » semble raisonnable, surtout si l’accès au test et l’obtention du résultat se font rapidement et le test choisi est performant (avec un minimum de faux positifs et de faux négatifs, chiffres que les autorités devraient divulguer). Des pays moins touchés ont favorisé le dépistage des résidents et des voyageurs arrivant, le confinement vérifié et le retraçage des contacts.

Les économistes rappellent que ratisser trop large ou pousser trop loin peut porter atteinte à la survie de nombreuses catégories d’entreprises qui contribuent à la qualité de vie tant de leurs employés que de leurs clientèle, ou encore à la santé mentale et physique de ceux de tous âges qui seraient visés par un confinement trop contraignant.

On pourrait profiter des temps d’accalmie pandémique pour réfléchir ensemble, et se rappeler qu’il y a des conditions de vie – disons malsaines - qui sont responsables de bien plus que 0,56% ou 1,12% des décès quotidiens au Québec comme en août 2020. On pourrait s’y intéresser avantageusement, en particulier parce ces mesures n’impliquent pas de confinement non cliblé, mal toléré et parfois tragique.

Les canicules ont fait beaucoup de victimes et vraisemblablement n’ont pas fini. Voir à ce qu’il y ait des climatiseurs, dans toutes les résidences privées et publiques pour aînés autonomes ou non serait efficient, pandémie ou non. On se souviens comment un confinement hermétique excluant la visite, même en fin de vie, des aidants naturels, avait été encore plus traumatisant sous une chaleur écrasante.  

Inversement, l’hiver on pourrait fournir des crampons aux personnes au physique fragile (voire les imposer, puisqu'on impose aussi des masques, sauf que cette fois-ci l’imposition s’appliquerait à l’extérieur et non à l’intérieur …) qui doivent absolument sortir quand la chaussée est verglacée. Pour réduire les fractures invalidantes avec en plus des coûts d'opportunité substantiels (lits occupés, autres chirurgies reportées). On impose bien des pneux d’hiver même aux citadins qui évitent de sortir quand les rues sont glissantes, et dont les coûts ne conviennent pas à toutes les classes socio-économiques.

La négligence institutionnelle peut aussi être mortelle : une fraction des décès en établissement au plus fort de la crise du printemps 2020 furent attribuables à une pénurie de personnel entraînant des décès par la soif et la faim, notamment dans un Chsld privé de l’Ouest de l’île de Montréal.

Ce serait le temps de revoir la surmédicamentation prévalente dans les Chsld. On la dénonce depuis longtemps mais sans résultat. On l’excuse par le manque de personnel. Pourtant l’argent sauvé en déprescrivant les produits inappropriés contribuerait à financer l’embauche et la formation de ce personnel en plus d’améliorer la qualité de vie, du moins ce qu’il en reste, des résidents en Chsld. La camisole chimique par des psychotropes y demeure trop répandue, elle est avilissante, les préposés le savent mais sont en trop petit nombre. La Régie de l’assurance maladie du Québec connaît depuis des lunes tous les profils de prescriptions inappropriées de ce milieu et pourrait sévir mais ne le fait pas. Les ordres professionnels demeurent silencieux et passifs à ce sujet.

La pauvreté demeure un important facteur de risque de maladie, de mortalité, et de vulnérabilité aux infections. Les inégalité sociales, économiques, occupationnelles, environnementales et éducationnelles contribuent à la mortalité par le c19, directement ou indirectement.

Références

* Bulletin sociodémographique: 24(5) Juin  2020 par AC Azeredo et FF Payeur, ISQ

https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/conditions-vie-societe/bulletins/sociodemo-vol24-no5.pdf

* Nombre hebdomadaire de décès au Québec, 2010-2020, ISQ - https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/deces-mortalite/nombre-hebdomadaire-deces.html#semaine

 

 


[1]

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