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Dossier
Virgile
Biographie en résumé
Poète latin (v. 70-19 av. J.-C.). Auteur du plus célèbre poème épique de la littérature latine, l'Énéide, qui raconte les origines légendaires de la fondation de Rome. Les Bucoliques et ses Géorgiques sont parmi les grands modèles de la littérature pastorale.


Virgile
Source : Antiquity Project

Vie et œuvre
Biographie de Virgile (Th. Cabaret-Dupaty, XIXe siècle)
«Virgile naquit l'an 70 avant Jésus-Christ, dans un village nommé Andès, près de Mantoue, sous le consulat du grand Pompée et de Licinius Crassus. Son père, utilisant les faibles produits d'un modeste enclos, ne négligea rien pour l'éducation de son fils. Virgile reçut à Crémone les premiers bienfaits d'une éducation libérale. Il atteignait sa seizième année, quand il quitta cette ville pour aller à Milan, où il prit la robe virile, le jour même de la mort de Lucrèce: comme si les Muses eussent voulu montrer dans leur jeune favori le poète qui entrait en possession de l'héritage d'un beau génie!

De Milan il se dirigea vers Naples, qui conservait, avec la pureté du langage harmonieux des Grecs, toutes leurs traditions et le goût des lettres et des sciences. C'est là que, se préparant à la poésie, le successeur naissant de Théocrite, d'Hésiode et d'Homère appliqua les forces de son esprit à l'étude assidue de la physique, de l'histoire naturelle, des mathématiques, et de toutes les connaissances que l'on possédait à cette époque.

Après la bataille de Philippes, il se rendit à Rome. Présenté à Mécène par Pollion, et à Auguste par Mécène, il obtint la restitution de ses biens que lui avait ravis la violence d'un centurion. Cet acte de générosité est consacré dans sa première églogue, où, en remerciant Octave comme un dieu tutélaire, il plaide avec une si vive éloquence la cause des propriétaires dépossédés. Les Bucoliques coûtèrent à Virgile trois ans de travail. Cet ouvrage d'une extrême délicatesse fit voir ce que dès lors on pouvait attendre d'un poète qui savait si bien allier les grâces naturelles avec l'harmonie et la perfection du langage.

La longue durée des guerres civiles avait presque dépeuplé les campagnes. Une grande partie des terres de l'Italie avaient été partagées entre les soldats, qui s'étaient occupés trop longtemps à y porter le ravage pour avoir appris à les cultiver. Il fallait donc ranimer parmi les Romains leur premier amour de l'agriculture. Mécène, qui mettait toute sa gloire à augmenter celle du Souverain son ami, engagea Virgile à se charger de cette entreprise. Le poète employa sept ans à la composition des Géorgiques. On y reconnaît partout les vues du ministre d'Auguste, mais particulièrement dans le bel éloge de la vie champêtre, où Virgile semble avoir réuni toute la force et toutes les grâces de la poésie pour rappeler les Romains au goût de leurs aïeux.

Tout atteste que, en polissant ses Géorgiques, le poète pensait à l'Énéide, à laquelle il préludait dans une foule de passages dignes de la poésie épique. Dix ans lui suffirent à peine pour composer la moitié de ce dernier ouvrage. Durant le cours de son travail, il fut vivement sollicité par Auguste, qui brûlait d'entendre quelque chose du poème. L'auteur s'en défendit longtemps. Vaincu enfin par les plus vives instances, il récita au monarque le second, le quatrième et le sixième livre. Nous ne pouvons que conjecturer l'enthousiasme d'Auguste et de toute sa cour à cette lecture. Mais la tradition nous a révélé l'effet que produisit l'épisode de la mort du jeune Marcellus sur le cœur de sa mère Octavie. Revenue d'un long évanouissement, après avoir entendu le touchant éloge de son fils, elle ordonna qu'on remit à Virgile dix grands sesterces pour chacun des vers de ce passage.

Virgile acheva en quatre ans les six derniers livres de l'Énéide. Mais il y reconnaissait lui-même des imperfections qu'il voulait faire disparaître. Résolu de les effacer en mettant la dernière main à son ouvrage, il partit pour Athènes. C'est à l'occasion de ce voyage qu'Horace adressa au vaisseau qui portaot son ami une ode célèbre. Auguste, qui revenait de l'Orient, rencontra Virgile dans Athènes, et l'accueillit avec sa bonté ordinaire. Le poète devait revenir à Rome avec l'empereur. Mais, saisi en route d'une indisposition subite, à peina put-il aborder à Brindes; et ce fut là qu'il mourut après quelques jours de maladie, dans la cinquante-deuxième année de son âge. Ses restes, transportés à Naples, où il avait longtemps mené la vie la plus agréable pour un poète, furent déposés sur le chemin de Pouzzoles, dans un tombeau sur lequel on lisait son épitaphe. Elle renferme en deux vers le lieu de sa naissance, celui de sa mort, celui de sa sépulture, et le nombre de ses poèmes
Mantua me genuit; Calabri rapuere;
tenet nunc Parthenope; Cecini pascua, rusa, duces.

On sait que cet illustre poète avait ordonné par testament qu'on brûlât son Enéide, comme un ouvrage inachevé. Tucca et Varius, qui étaient présents, lui déclarèrent qu'Auguste ne le permettrait pas. Alors le cygne de Mantoue leur légua son poème, à condition qu'ils n'y ajouteraient rien, et qu'ils se borneraient à en retrancher quelques vers imparfaits.

Virgile fut le premier parmi les Romains qui introduisit trois genres de poésie empruntés de trois fameux poètes grecs. Supérieur à Hésiode dans le poème géorgique, il cède la palme à Théocrite dans le poème pastoral, et à Homère dans le poème épique. La maturité du goût, un jugement sûr et éclairé le distinguent de Théocrite. Dans Virgile la nature est franche et naïve, comme dans l'auteur grec qu'il a pris pour modèle, mais sans jamais avoir de rudesse ni de grossièreté. Les mœurs de ses bergers sont un peu plus polies, sans être moins naturelles. Il choisit ses détails avec plus de soin, et ses tableaux ont ce degré de perfection qui ne se rencontre que dans certains siècles.

Les Géorgiques avaient, outre l'intérêt fondamental du poème didactique, un but d'utilité réelle. Le sujet était heureux, et nul ne pouvait se prêter davantage à tous les ornements de la poésie. Il était également intéressant, puisqu'il donnait lieu à la peinture d'une foule d'idées morales, telles que la paix, l'innocence, le bonheur de la vie champêtre. Il n'y avait rien d'abstrait; tout était physique; les préceptes eux-mêmes étaient en images, et les descriptions se rattachaient aux préceptes. En résumé, les Géorgiques, offrant l'alliance la plus heureuse de la poésie avec les règles, ont toute la perfection que peut avoir un ouvrage écrit par le plus grand poëte de Rome, dans l'âge où l'imagination est la plus vive, le jugement le plus formé, et où les facultés de l'esprit se trouvent développées par le plus haut degré de civilisation.

Si l'on compare d'une manière générale l'Énéide et l'Iliade, on reconnaltra qu'Homère est doué d'un plus grand génie, mais que Virgile a plus d'élégance et de perfection dans les détails. L'imagination du premier est plus riche et plus féconde; celle du second est plus sage et plus correcte. Si Virgile a moins d'élévation, de verve et de feu, il brille par la délicatesse et la sensibilité. Les siècles passés n'ont pas encore décidé auquel des deux poètes on doit donner la préférence. En attendant que ce procès soit jugé, on peut s'en tenir au sentiment de Quintilien. "Il y a, dit-il, dans Homère, plus de génie et de naturel; dans Virgile, plus d'art et de travail. L'un l'emporte incontestablement par la grandeur et la sublimité; l'autre compense peut-étre ce qui lui manque de ce côté-là par une régularité qui se soutient partout également. On doit d'ailleurs considérer que Virgile n'a pu mettre la dernière main à son poëme, qui eût été sans doute beaucoup plus parfait, quoique, tel qu'il est, il jouisse de la plus haute estime."

Terminons en disant que, malgré les défauts de l'Énéide, ce qui reste de mérite à Virgile suffit pour justifier le titre de prince des poëtes latins qu'il reçut de son siècle, et l'admiration qu'il a obtenue de tous les âges suivants. La perfection continue de son style est telle, qu'il ne semble pas donné à l'homme d'aller plus loin. Il est à la fois le charme et le désespoir de tous ceux qui aiment et cultivent la poésie. S'il n'a pas égalé Homère pour l'invention, la richesse et l'ensemble de l'œuvre, il l'a surpassé par la singulière beauté des épisodes et par son excellent goût dans tous les détails. Ne nous plaignons donc pas de la nature, qui jamais n'accorde tout à un seul. Admirons plutôt, dans l'étonnante variété de ses dons, cette inépuisable fécondité qui promet toujours au génie de nouveaux aliments, à la gloire de nouveaux titres, et à l'âme de nouveaux plaisirs.»

TH. CABARET-DUPATY, préface aux Oeuvres complètes de Virgile, Paris, Hachette, 1873

Œuvres de Virgile
Oeuvres en ligne
En latin:
L'Énéide: Intra Text Digital Library (texte avec concordance); Latin Library (texte)
Les Bucoliques: Intra Text Digital Library (texte avec concordance), Latin Library(texte)
Les Géorgiques: Intra Text Digital Library (texte avec concordance), Latin Library (texte)
Catalepton: Intra Text Digital Library (texte avec concordance)

Traductions françaises:
L'Énéide (Bibliotheca Classica Selecta, Belg.)
Les Bucoliques (Philoctetes) (format PDF)

Documentation
Publications anciennes

Boissier, Gaston. "Un poète théologien - La religion romaine dans Virgile", Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 104, 1er mars 1873, p. 199-222 (Bibliothèque nationale de France, Gallica - mode image, format PDF)


Publications contemporaines

Franz De Ruyt, Infelix Dido! (Virgile, Énéide, VI, 450-476),Folia Electronica Classica (Louvain-la-Neuve), no 1, juin 2001 (paru initialement dans Les études classiques, 11, 1942, p. 320-324)

Franz De Ruyt, L'Élégie de Marcellus dans l'Énéide: Rhétorique ou lyrisme?, Folia Electronica Classica (Louvain-la-Neuve), no 1, juin 2001 (paru initialement dans Les études classiques, 2, 1933, p. 138-144)

Paul-Augustin Deproost, La marche initiatique d'Énée dans les enfers, Folia Electronica Classica (Louvain-la-Neuve), no 1, juin 2001 (paru initialement dans Louvain, décembre 1992, p. 17-20)

Marcel Delaunois, Virgile et notre temps, Folia Electronica Classica (Louvain-la-Neuve), no 2, décembre 2001 (paru initialement dans Helmantica, t. 28, 1977, p. 103-119)

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Dernière mise à jour: 05/25/2006
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