L'encyclopédie
Partenariats
Index
Magazine
Diffusion de colloques

La Lettre de L'Agora
Abonnez-vous gratuitement à notre bulletin électronique.
>>>
Agenda
Marie de l'Incarnation ou la déraison de l'amour. Au Gésu, le 17 juin 2010

Marie Tifo incarne la fondatrice des Ursulines en Nouvelle-France dans un spectacle-bénéfice au profit de la communauté de L'Arche Haïti. Le 17 juin à 20h00 à l'Amphithéâtre du Gésu, Montréal

 
Haïti: le séisme espagnol Marmontel
Fracture numérique
Fiannaland ou le repli identitaire au Liban Antoine Courban
L'attrait des États africains pour la Chine Jim Fisher-Thompson
Léopold Sédar Senghor
 
 
Aux limites du sens : une éthique du seuil Éric Volant
Temps (Le) Éric Volant
Famille et suicide Éric Volant
« Les vieux ne meurent pas… » (Brel) Éric Volant
Éclaircissements sur les sacrifices. Joseph de Maistre
 

Dossier
Hippolyte Taine
Biographie en résumé
Philosophe, historien et critique français (1823-1893).

« Ah! que nous connaissons bien cette forme de l’érudition ou de la paresse française! Le XVIIIe siècle, dans la personne de ses Marmontel, de ses La Harpe, de Voltaire lui-même, n’en chercha et n’en ambitionna jamais d’autre. Fontanes, à son heure, en était le souverain et voluptueux représentant; Daunou aussi, quoique infiniment plus travailleur, n’en sortit guère; nous tous de race gallicane plus ou moins pure, nous en tenons plus ou moins : nous nous lassons vite, nous goûtons, nous effleurons, nous devinons; il est rare que nous possédions à fond et en maîtres ce qui n’est pas nôtre. – O Taine! que vous avez fait de chemin depuis nous! votre estomac est de force vraiment à digérer des pierres, et votre esprit ne s’en porte que mieux. »

SAINTE-BEUVE, « M. Charles Magnin ou Un érudit écrivain », Nouveaux lundis. Nouvelle édition revue. Paris, Calmann Lévy, 1884, tome cinquième, p. 445-446.


Portrait de Taine
Source : Thoemmes Press Portrait Gallery
Reproduction autorisée par le site d'origine

Vie et œuvre
La méthode de Taine
«La littérature (...) n'est pour M. Taine qu'un appareil plus délicat et plus sensible qu'un autre pour mesurer tous les degrés et toutes les variations d'une même civilisation, pour saisir tous les caractères, toutes les qualités et les nuances de l'âme d'un peuple. Mais, en abordant directement et de front l'histoire des oeuvres littéraires et des auteurs, sa méthode scientifique non ménagée a effarouché les timides et les a fait trembler. Les rhétoriciens en désarroi se sont réfugiés derrière les philosophes ou soi-disant tels, eux-mêmes ralliés pour plus de sûreté sous le canon de l'orthodoxie; ils ont tous vu dans la méthode de l'auteur je ne sais quelle menace apportée à la morale, au libre arbitre, à la responsabilité humaine, et ils ont poussé les hauts cris.

Il n'est pas douteux pourtant que, quoi que l'homme veuille faire, penser ou écrire (puisqu'il s'agit ici de littérature), il dépend d'une manière plus ou moins prochaine de la race dont il est issu et qui lui a donné son fonds de nature; qu'il ne dépend pas moins du milieu de société et de civilisation où il s'est nourri et formé, et aussi du moment ou des circonstances et des événements fortuits qui surviennent journellement dans le cours de la vie. Cela est si vrai que l'aveu nous en échappe à nous tous involontairement en nos heures de philosophie et de raison, ou par l'effet du simple bon sens. Lamennais, le fougueux, le personnel, l'obstiné, celui qui croyait que la volonté de l'individu suffit à tout, ne pouvait s'empêcher à certain jour d'écrire: "Plus je vais, plus je m'émerveille de voir à quel point les opinions qui ont en nous les plus profondes racines dépendent du temps où nous sommes nés, et de mille circonstances également passagères. Songez seulement à ce que seraient les nôtres si nous étions venus au monde dix siècles plus tôt, ou, dans le même siècle, à Téhéran, à Bénarès, à Taiti." C'est si évident, qu'il semblerait vraiment ridicule de dire le contraire. Hippocrate, le premier, dans son immortel Traité des Airs, des Eaux et des Lieux, a touché à grands traits cette influence du milieu et du climat sur les caractères des hommes et des nations. Montesquieu l'a imité et suivi, mais de trop haut et comme un philosophe qui n'est pas assez médecin de son métier ni assez naturaliste. Or, M. Taine n'a fait autre chose qu'essayer d'étudier méthodiquement ces différences profondes qu'apportent réules races, les milieux, les moments, dans la composition des esprits, dans la forme et la direction des talents. - Mais il n'y réussit pas suffisamment, dira-t-on; il a beau décrire à merveille la race dans ses traits généraux et ses lignes fondamentales, il a beau caractériser et mettre en relief dans ses peintures puissantes les révolutions des temps et l'atmosphère morale qui règne à de certaines saisons historiques, il a beau démêler avec adresse la complication d'événements et d'aventures particulières dans lesquelles la vie d'un individu est engagée et comme engrenée, il lui échappe encore quelque chose, il lui échappe le plus vif de l'homme, ce qui fait que de vingt hommes ou de cent, ou de mille, soumis en apparence presque aux mêmes conditions intrinsèques ou extérieures, pas un ne se ressemble (1), et qu'il en est un seul entre tous qui excelle avec originalité. Enfin l'étincelle même du génie en ce qu'elle a d'essentiel, il ne l'a pas atteinte, et il ne nous la montre pas dans son analyse; il n'a fait que nous étaler et nous déduire brin à brin, fibre à fibre, cellule par cellule, l'étoffe, l'organisme, le parenchyme (comme vous voudrez l'appeler) dans lequel cette âme, cette vie, cette étincelle, une fois qu'elle y est entrée, se joue, se diversifie librement (ou comme librement) et triomphe.»

Note
(1) Il semble que Théophraste, l'auteur des Caractères, ait devancé l'objection, lorsqu'il dit tout au commencement de son livre: "J'ai admiré souvent, et j'avoue que je ne puis encore comprendre, quelque sérieuse réflexion que je fasse, pourquoi toute la Grèce étant placée sous un même ciel, et les Grecs nourris et élevés de la même manière, il se trouve néanmoins si peu de ressemblance dans leurs moeurs." C'est cette différence d'homme à homme dans une même nation, et jusque dans une même famille, qui est le point précis de la difficulté.

SAINTE-BEUVE, "Histoire de la littérature anglaise, par M. Taine (lundi 30 mai 1864)", Nouveaux Lundis, tome huitième (reproduit à partir de la quatrième édition revue, Paris, Calmann Lévy, éditeur, 1885, p. 67-70)

Œuvres de Taine
Les origines de la France contemporaine, Paris, Hachette, 1901-1904. 12 vol. Il s'agit de la 24e édition sauf pour les t. VII et VIII qui font partie de la 23e édition. Comprend : I-II. L'ancien régime. - 1902 ; III-IV. La révolution, l'anarchie. - 1904 ; V-VI. La révolution, la conquête Jacobine. - 1904 ; VII-VIII. La révolution, le gouvernement révolutionnaire. - 1901 ; IX-XI. Le régime moderne. - 1904 ; XII. Index général des onze volumes. - 1904 (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF) : Histoire de la littérature anglaise. Paris, L. Hachette (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF) : Philosophie de l'art. Numérisation de la 13e édition. Paris, Hachette, 1909 (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF) : De l'idéal dans l'art : leçons professées à l'Ecole des beaux-arts, Paris, G. Baillière, 1867, 183 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

De l'intelligence. Numérisation de la 6e édition. Paris, Hachette, 1892 : premier volume; deuxième volume (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Essai sur Tite Live. Numérisation de la 5e éd. rev. et corrigée. Paris, Hachette, 1888, V-364 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

L'idéalisme anglais. Étude sur Carlyle, Paris, G. Baillière, 1864, 187-10 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Le positivisme anglais : étude sur Stuart Mill, Paris, G. Baillière, 1864, 157 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Nouveaux essais de critique et d'histoire. Deuxième édition. Paris, Hachette, 1866, 396 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Notes sur Paris : vie et opinions de M. Frédéric-Thomas Graindorge. Numérisation de la 18e édition. Paris, Hachette, 1913, XI-346 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)
Vie et opinions de Monsieur Frédéric Thomas Graindorge. Numérisation de l'édition de Paris, Hachette, 1921 (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode texte, format html)

Notes sur l'Angleterre. Onzième édition. Paris, Hachette, 1899, 394 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Voyage en Italie – 1. À Rome. Précédé de M. H. Taine, artiste, par Emile Zola. Numérisation de l’édition de [Bruxelles], Ed. Complexe, 1990, XXXIV-307 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Voyage en Italie – 2. D'Assise à Florence. Numérisation de l'édition de [Bruxelles], Complexe, 1990, 248 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Voyage en Italie – 3. À Venise. Numérisation de l’édition de [Bruxelles], Complexe, 1990, 185 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Voyage aux Pyrénées. Paris, L. Hachette, 1858, 350 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)
Voyage aux Pyrénées. Illustré par Gustave Doré. Paris, L. Hachette, 1860, VI-554 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Mémoires du duc de Saint-Simon : siècle de Louis XIV, la Régence, Louis XV. Augmenté de quelques annotations inédites faites par Saint-Simon au journal de Dangeau, et d'une analyse de ce journal par M. Sainte-Beuve. Bruxelles, Librairie internationale, 1856, 121-4 p (Etude historique) - Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF

H. Taine, sa vie et sa correspondance. [1]. Correspondance de jeunesse, 1847-1853. Paris, Hachette, 1905, 272 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

H. Taine, sa vie et sa correspondance. Tome II. Le critique et le philosophie, 1853-1870. Paris, Hachette, 1904, 396 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

H. Taine, sa vie et sa correspondance. Tome III. [L']historien (1870-1875). Deuxième édition. Paris, Hachette, 1905, 364 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

H. Taine, sa vie et sa correspondance. Tome IV. [L']historien (suite). [Les] dernières années (1876-1893). Paris, Hachette, 1907, 363 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Documentation
Monod, Gabriel. Les maîtres de l'histoire : Renan, Taine, Michelet, Paris, Calmann Lévy, 1894, XIV-313 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Thibaudet, Albert. "Le centenaire de Taine", La Revue de Paris

Chevrillon, André. "La jeunesse de Taine - I", La Revue de Paris, 1er juillet 1902; "La jeunesse de Taine (fin)", La Revue de Paris, 15 juillet 1902 (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Morland, Jacques. "Une visite au tombeau de Taine", Mercure de France, no 202, 15 novembre 1905, p. 231-237 (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Péladan. "Réfutation esthétique de Taine", Mercure de France, no 207, 1er février 1906, p. 321-339 (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)



*******


Jugements sur Taine

Une critique de la démarche de Taine (à propos de l'Histoire de la littérature anglaise)

«Tant mieux si la littérature anglaise de Taine vous intéresse. Son ouvrage est élevé et solide, bien que j’en blâme le point de départ. Il y a autre chose dans l’art que le milieu où il s’exerce et les antécédents physiologiques de l’ouvrier. Avec ce système-là, on explique la série, le groupe, mais jamais l’individualité, le fait spécial qui fait qu’on est celui-là . Cette méthode amène forcément à ne faire aucun cas du talent. Le chef-d’oeuvre n’a plus de signification que comme document historique. Voilà radicalement l’inverse de la vieille critique de La Harpe. Autrefois, on croyait que la littérature était une chose toute personnelle et que les oeuvres tombaient du ciel comme des aérolithes. Maintenant, on nie toute volonté, tout absolu. La vérité est, je crois, dans l’entre-deux.»

GUSTAVE FLAUBERT, lettre à Madame Roger Des Genettes, octobre (?) 1864.


« Croiriez-vous que j’ai lu récemment sous une plume universitaire que nous ne pouvions pas comprendre Corneille sans un lexique pour expliquer les allusions contemporaines ! C’est une folie pédantesque, encore qu’il soit intéressant de connaître les allusions et les clefs de Corneille, si au moins elles ne sont pas forgées; mais c’est une curiosité bien secondaire. Je crains que Taine et son école n’aient grandement contribué à affaiblir chez les hommes d’aujourd’hui le goût de la lecture et vraiment à leur désapprendre à lire, en les inclinant à regarder les chefs-d’œuvre littéraires du passé comme des fontaines de renseignements et non des fontaines d’ennoblissement et de jouissance. »

PIERRE LASSERRE, Mes routes : littérature, questions germaniques, questions d'enseignement, philosophie, Paris, Librairie Plon, 1924, p. 264.

Documents associés
Philosophie
Jeunesse d'un esprit
Hippolyte Taine
Le présent document constitue en quelque sorte une autobiographie intellectuelle des années de jeunesse de Taine, autobiographie rédigée alors qu’il poursuit des études de philosophie durant l’année 1847-1848.
>
Textes de Hippolyte Taine
L'art des Van Eyck
«L'anatomie y est observée, la perspective y est exacte, les moindres détails des étoffes, de l'architecture, des accessoires et des paysages y sont marqués;»
Gymnastique et éducation du corps dans la Grèce antique
Gymnastique, éducation physique, Sparte, éducation militaire, suprématie militaire dorienne, influence de l'éducation du corps
Extrait de la Philosophie de l'art.
Les peupliers
peuplier, arbre, animal, vie végétale, végétal, paysage, calme, beauté, sérénité, poésie, rêverie, campagne
On ne peut contempler les grandes lignes des paysages, le calme des ombres et de la lumière, la large voûte du ciel, sans se conformer à la pensée sourde qui semble pénétrer toutes ces choses et les unir.
Notes sur l'Angleterre:
Oxford et les collèges anglais
Université d'Oxford, vie étudiante, sport, éducation physique, urbanisme, paysage admirable des villes universitaires anglaises
«On avance: au bout de la ville, des arbres séculaires font promenoir; sous leurs branches, deux rivières vives coulent à pleins bords; au delà, les yeux se reposent délicieusement sur des prairies qui regorgent d'herbes en graine et en fleur.»
Notes sur l'Angleterre:
L'éducation en Angleterre
Comparaison entre l'enseignement en Angleterre et en France, éducation physique, importance de l'éducation physique, sport, pédagogie, responsabilisation des enfants, brutalité souvent excessive des moeurs dans les collèges anglais, Jeux Olympiques, Pierre de Coubertin
Les Notes sur l'Angleterre de Taine ont une histoire toute particulière qui nous invite périodiquement à les sortir de l'oubli.
Voyage en Italie: Sienne
Sienne, histoire de Sienne, beauté incomparable de cette Pompéi du Moyen Âge
«Le soir baissait, je ne suis entré qu'un instant dans la cathédrale.»
Opinions philosophiques d'un chat
Chat, ferme, animaux, dieux, paradis, nature, évolution
« Il faut ouvrir son esprit à des conceptions plus vastes, et raisonner par des voies plus certaines. La nature se ressemble partout à elle-même, et offre dans les petites choses l’image des grandes.»
Voyage en Italie: Florence
Florence et les Florentins, les Médicis,
«Les pieds avancent sans qu'on y songe sur les grandes dalles dont toutes les rues sont pavées. Du palais Strozzi à la place Santa Trinità, la foule bourdonne, incessamment renouvelée.»
La Fontaine est notre Homère
Homère, fable, littérature française
«C'est La Fontaine qui est notre Homère. Car d'abord il est universel comme Homère : hommes, dieux, animaux, paysages, la nature éternelle et la société du temps, tout est dans son petit livre.»
Jeunesse d'un esprit
Le présent document constitue en quelque sorte une autobiographie intellectuelle des années de jeunesse de Taine, autobiographie rédigée alors qu’il poursuit des études de philosophie durant l’année 1847-1848.
À lire également sur ce sujet
Littératures
Rivarol
Remy de Gourmont
Critique, critique littéraire, esprit, Révolution française, langue française, souveraineté, réaction, monarchisme, Louis XVI, contre-révolution, ironie, Voltaire, Mirabeau, Hippolyte Taine, Dante, écrivain, milieu littéraire, écrivains français, traduction
« (...) lui seul a ce talent, qu'on a parfois imité en vain, de décerner ces éloges qui laissent perplexes, soit par leur énormité, soit par leur tour équivoque. (...»

Dernière mise à jour: 05/25/2006
L'Encyclopédie de L'Agora - 1998 - 2010