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Robichaud Émile

28/05/1935
Cohérence est le mot qui résume le mieux la vie et la carrière de ce grand éducateur. Persuadé que la première mission de l'école est de transmettre des connaissances, Émile Robichaud a indiqué la voie à suivre aux futurs maîtres en obtenant successivement un baccalauréat ès arts de l'Université de Montréal, un baccalauréat en pédagogie suivi d'une maîtrise en histoire et d'une scolarité de doctorat dans la même discipline. Dès le début de ses années consacrées à l'enseignement, il a été un acteur important dans une réforme dont plusieurs regrettent encore qu'elle soit restée sans lendemain. Au cours de la décennie 1950, au Québec, seuls les collèges classiques donnaient accès à l'Université et même si la clientèle de ces institutions n'était pas aussi élitiste au sens socio-économique du terme, qu'on l'a dit, elles étaient peu nombreuses, de taille modeste et exigeaient des frais de scolarité qui en interdisaient l'accès à un grand nombre d'enfants qui auraient pu y réussir très bien.

Pour donner accès à cet enseignement de qualité à un plus grand nombre de jeunes montréalais, la Commission des écoles catholiques de Montréal a commencé, au cours de la décennie 1950, à offrir gratuitement les quatre premières années du cours classique aux élèves jugés les plus aptes à profiter d'une telle formation. C'est dans l'une de ces écoles qu'Émile Robichaud a commencé sa carrière de professeur dans l'enseignement secondaire. Il ne cessera de répéter par la suite que c'était la réforme dont le Québec avait besoin à ce moment: la grande tradition était maintenue et de plus en plus de jeunes pouvaient en profiter. Il s'agissait d'une démocratisation sans nivellement par le bas.

Dès 1963, Émile Robichaud devint directeur d'école. En 1972, il fonda lui-même l'école secondaire Louis Riel, qu'il allait ensuite diriger pendant dix-huit ans, selon des principes qu'il eut l'occasion de préciser dans des livres, des articles et des conférences. Il a d'abord consulté les parents du quartier de l'Est de Montréal où il devait implanter son école: ils lui ont dit clairement qu'ils voulaient une école publique qui ait toutes les qualités d'une école privée. Émile Robichaud leur a promis de leur donner une telle école, et il a tenu sa promesse, en dépit de nombreux obstacles, liés aux conventions collectives notamment, que n'avaient pas à surmonter ses concurrents du réseau privé.

Pour Émile Robichaud, une école est une cité dans une cité dont les murs doivent être bien gardés. De même, se plaisait-il à répéter, que la civilisation n'a pu progresser que dans des cités où l'on vivait en paix et en sécurité, de même et à plus forte raison, les enfants et les enseignants ne doivent pas constamment être menacés par des agressions de toutes sortes, depuis l'agression par le bruit et la fumée de cigarette, jusqu'au traffic de la drogue en passant par le harcèlement sexuel. Il ne tolérait pas qu'une adolescente se sente moins en sécurité dans son école qu'à la maison. Quand les moyens que la commission scolaire mettait à sa disposition ne lui permettaient pas de défendre les murs de sa cité contre les barbares, il demandait aux parents une modeste contribution financière grâce à laquelle il parvenait à ses fins.

Il devenait alors possible de créer dans l'école un climat favorable à l'étude. Le mot climat était la clé de voûte de sa pédagogie, organique à tous égards. En divers endroits de l'école, il y avait des ilôts de plantes vertes. On s'est un peu moqué de lui quand il a annoncé son intention de faire en sorte que son école ressemble à un jardin. Deux jours après le début des classes, lui a-t-on prédit, vos plantes vertes auront été détruites. Dix-huit ans plus tard, elles étaient toujours les oasis qu'elles avaient pour mission d'être. La vie avait gagné son pari.

Émile Robichaud était instinctivement allergique à tout ce qui est mécanique en éducation. Éduquer, disait-il, ce n'est pas remplir un vase, c'est allumer un feu intérieur. Écho à la Septième lettre de Platon sur le savoir essentiel: «Soudainement, comme s'allume une lumière lorsque bondit la flamme, ce savoir se produit dans l'âme et, désormais, il s'y nourrit tout seul lui-même»1. Tout ce qui dans les nouvelles pédagogies s'apparentait à des procédés industriels avait sur lui un effet de repoussoir. Terra educat, répétait-il. Éduquer c'est nourrir. Tout dans l'école devait être pour les élèves une occasion de se nourrir, de s'élever justement, pas seulement grâce aux chefs d'oeuvre qui devaient être au programme, mais par le climat même de l'école. Quand on lui demandait de préciser ce qu'il entendait par climat favorable à l'étude, le mot humus faisait toujours partie de sa réponse et il citait souvent cette pensée de Gustave Thibon: «À mesure que l'homme se désintègre la mécanique l'emporte de plus en plus en lui sur le vivant ».2 Alors que dans les facultés de sciences de l'éducation, on préconisait la poursuite d'objectifs et le recours à des procédés plus ou moins pavloviens pour les atteindre, Émile Robichaud revenait aux métaphores éternelles de l'éducation. Jusqu'au XXe siècle, l'éducation avait toujours été pensée en effet par analogie avec l'agriculture. Faut-il s'étonner qu'il ait vu dans L'homme qui plantait des arbres de Jean Giono et de Frédéric Back, l'allégorie qui illustrait parfaitement sa philosophie de l'éducation?

En 1990, au moment de quitter l'école Louis Riel, Émile Robichaud fonda OIKOS, un groupe de ressourcement et de formation qui diffuse une philosophie humaniste de l'éducation. Depuis 1992, il est directeur général de l'Institut Marie-Guyart, un institut universitaire de formation des maîtres, lié par entente à l'Université de Montréal.

Il a été désigné, en 1989, «Le cadre de l'année à la CECM» pour «avoir su donner aux jeunes, aux plus faibles comme aux plus forts, accès à une école enrichie pour tous qui leur permet d'accéder, à leur rythme, au vrai, au beau et au bien.» On trouvera dans son curriculum détaillé la liste des principales distinctions dont il a été l'objet.

1- Platon, Oeuvres complètes, La Pléiade, Paris 1950, Tome II, p.1208.

2-Gustave Thibon, Le voile et le masque, Fayard, 1985, p. 105.

Articles


Il avait raison

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En 1968, Émile Robichaud publiait Adolescents en détresse (Éditions du Jour), en 1970, Ce pour quoi il faut contester (Beauchemin) et en 1971, Les éducateurs sont-ils coupables? (Beauchemin). Voici quelques extraits de ces livres.

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