• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'hypothèse Dieu

         Un nouveau site consacré au dialogue entre croyants et non-croyants a été créé. Son titre « L’hypothèse Dieu » annonce-t-il un vira...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

      • L’îlot Louis Valcke

        Sur les traces de Louis Valcke (1930-2012), professeur, philosophe, essayiste, cycliste, navigateur et pèlerin. Spécialiste mondial de l’œuvre de Pic de la Mirandole.

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Fluxs RSS:

    Impression du texte

    Dossier: Venise

    Lettres de voyage: Venise et Bologne

    Honoré Beaugrand
    L'Isola San Giorgio, près de Venise
    Source: Photochrome, vers 1890-1900. Library of Congress
    Description par un journaliste canadien-français à la fin du XIXe siècle, de la «reine de l'Adriatique». Quelques éléments de son histoire, ses places célèbres, ses monuments, ses musées.
    QUATORZIÈME LETTRE
    Florence, 14 décembre 1888.


    Le voyage de Milan à Venise n'est qu'une suite de souvenirs historiques qui se croisent et s'entrecroisent dans l'esprit, sans que la rapidité du trajet, en chemin de fer, nous laisse le temps de réfléchir sur ce qui nous entoure. Treviglio, Chiari, Brescia avec sa forteresse, ses ruines du temple de Vespasien que l'on aperçoit de la gare et sa vieille église de St. Jean l'évangéliste qui date de IVe siècle; Desenzano, où l'on aperçoit le lac de Garde, le plus grand de l'Italie; Peschiera, place forte de premier ordre, qui forme l'angle nord-ouest du fameux quadrilatère si souvent disputé par les belligérants en Italie et dont les autres angles sont occupés par Vérone, Mantoue et Legnano; Vicence, une des villes d'Italie les plus riches en monuments d'architecture; enfin Padoue et Venise.

    Nous entrons en gare par une soirée superbe et lorsque, au lieu de monter en voiture, nous descendons en gondole pour nous rendre à l'hôtel, une lune superbe argente les eaux du grand canal. Je n'ai certes pas l'intention de refaire ici une description poétique de Venise, par un beau clair de lune, mais j'avoue que la demi-heure que nous avons mise à nous rendre à notre hôtel, près de la place St. Marc, s'est passée dans le royaume des rêves et des glorieux souvenirs qui forment une auréole autour du nom de la reine de l'Adriatique. Mais trêve à la fantaisie et un peu d'histoire et de géographie.

    Bâtie au milieu des lagunes de la mer Adriatique, sur trois grandes îles, que 150 canaux subdivisent en 117 îlots, Venise est une des villes les plus importantes de l'Italie par sa situation maritime, et l'une des plus intéressantes par les souvenirs qu'elle rappelle et l'originalité de ses monuments. Son école de peinture, illustrée par Giorgione, Titien, le Tintoret, Paul Véronese, a été la première pour la puissance du coloris.

    Venise est aujourd'hui une ville de 133,000 habitants et est divisée en deux parties inégales par le Grand-Canal, long de 3,700 mètres, qui partant de la Punta della Salute au sud-est, contourne vers le nord pour redescendre ensuite à l'ouest, vers la gare du chemin de fer. Trois ponts: le Pont Neuf, le célèbre Rialto et le Pont de fer, mettent en communication ses deux rives. Au sud des deux îles principales que forme ainsi le Grand-Canal, se trouvent l'î1e San Giorgio Maggiore et l'île, beaucoup plus grande, de la Gindecca, séparée de Venise par le canal du même nom. Les lagunes sur lesquelles la ville est assise sont protégées par la longue bande de sable du Lido.

    Le centre de la vie, à Venise, est la place St. Marc, l'ancien Forum de la ville, situé dans l'île, à l'est du grand canal; elle comprend la Place proprement dite et la Piazzetta, qui aboutit à la mer. Sur la grande place s'élève la basilique de St. Marc, autrefois chapelle privée du Doge (977-1071), spécimen curieux d'architecture byzantine en forme de croix grecque et surmontée de cinq coupoles. La façade, décorée de mosaïques et de bas-reliefs, est percée de cinq portes de bronze dont l'une supporte les chevaux de bronze doré, dits Chevaux de Venise. Un péristyle, couvert de mosaïques, précède l'église; l'intérieur forme un vaisseau à trois nefs décorées avec une profusion et une magnificence inouïe de marbres, de porphyres, d'émaux, de mosaïques et d'or. On remarque surtout le pavé en mosaïques, le jubé: les chaires de marbre à l'entrée du chœur; le maître-autel; le "pala d'Oro," retable d'or et d'argent, incrusté d'émail et de pierres précieuses; la porte de bronze, œuvre de Sansovino; le baptistère; la chapelle Zeno et le Trésor.

    Le Campanile, clocher gothique de Saint Marc, séparé de l'église, domine tous les autres édifices de la ville et, du haut de sa galerie, la vue s'étend sur les Alpes, Venise et ses lagunes. A la base du Campanile se trouve la Logetta, qui servait de salle d'attente aux procurateurs commandant la force armée, pendant les séances du Grand-Conseil. La tour de l'horloge qui supporte une cloche colossale sur laquelle deux vulcains frappent les heures avec un marteau; les "anciennes Procuraties" et les "nouvelles Procuraties" (aujourd'hui Palais royal), qui servaient de résidence aux procurateurs de St. Marc; les trois piliers où l'on arborait les étendards de la République, achèvent de donner à cette place un aspect d'originalité incomparable.

    La Piazzetta s'étend au sud de la place St. Marc, dont elle forme le prolongement. Elle est bornée, à l'est, par la bibliothèque (Libreria Vecchia), magnifique édifice à arcades du XIe siècle dépendant, comme les nouvelles Procuraties, du Palais royal: à l'ouest, par le palais des Doges; au midi, par la mer.

    Entre ces deux monuments, se dressent deux colonnes de granit rapportées de la Syrie par le doge Domenico Michele (1127); l'une est surmontée du "Lion de St. Marc"; l'autre supporte la statue de St. Théodore, un des patrons de Venise.

    Le Palais ducal, ancien palais des Doges, le plus remarquable des monuments civils de Venise, est un superbe édifice gothique des XIVe et XVe siècles, dont les façades sud et ouest sont entourées d'une admirable colonnade ogivale, à deux étages, et ornées, dans leurs parties massives, de marbre blanc et rouge. La cour intérieure, dont on admire la façade orientale et les deux margelles de citernes, en bronze ciselé, donne accès à l'escalier des Géants où l'on couronnait les doges, et où l'on voit des statues colossales de Mars et de Neptune, par Sansorino (1554). Les plus belles salles du Palais ducal, où sont réunies des collections artistiques de premier ordre, sont: la salle du Grand-Conseil, magnifiquement décorée, et qui contient le Paradis, de Tintoret, qui passe pour la plus grande peinture sur toile qui existe; la salle du Scrutin où se trouve le Jugement dernier, de Palma le jeune; la Bibliothèque, dont la merveille est le Bréviaire du cardinal Grimmani, orné de miniatures de Memling; le Musée archéologique; la Salle du Conseil des Dix; celle de l'anti-Collège ornée de l'Enlèvement d'Europe, de Paul Véronèse.

    Le Pont des Soupirs relie le palais ducal aux prisons, dont la façade donne sur le quai des Esclavons; ces fameuses prisons que Silvio Pellico a chantées dans un livre touchant qui a fait pleurer bien des écoliers. J'ai visité tous les cachots en détail, et il fait bon de se sentir vivre au XIXe siècle sous le régime de la liberté, quand on voit les atrocités que produisait le régime du despotisme et du pouvoir personnel.

    Les églises à l'est et au nord du Grand Canal qui méritent plus particulièrement d'être visitées, sont: St. Jean de Paul, remplie de mausolées des Doges et d'hommes illustres; le Panthéon de Venise; San-Francesco della Vigna; San-Stefano; San-Salvatore.

    L'Académie des Beaux-Arts, instituée par Napoléon Ier, contient également une belle galerie de tableaux dus, pour la plupart, aux maîtres vénitiens; Titien, l'Assomption, Tintoret, Miracle de St. Marc délivrant un esclave du supplice; Giorgione, Tempête apaisée par un miracle de St. Marc; Paul Véronèse, le Repas de J.-C dans la maison de Lévi, la plus belle toile de la collection.

    Une des principales "attractions" de Venise est une promenade en gondole sur le Grand-Canal, dont les deux rives sont bordées de riches palais qui font de cette principale artère la plus belle voie du monde. Au milieu du trajet, on passe sous le pont du Rialto, formé d'une seule arche, en marbre, et qui a été pendant des siècles le seul moyen de communication entre les deux îles principales.

    On fait également en gondole de charmantes excursions au Lido, à Malamocos et à Chioggia, lorsqu'on en a le temps; ce que je n'ai pas eu malheureusement.

    [Bologne]
    Après quarante-huit heures d'un séjour que j'aurais voulu pouvoir prolonger, nous prîmes la route de Florence en passant par Bologne où nous nous arrêtâmes juste le temps de prendre un fiacre pour visiter à la hâte les principaux monuments de cette ville qui compte aujourd'hui une population de 112,000 habitants.

    Située sur un canal dérivé du Reno, au pied de l'Apennin, dans une plaine fertile, Bologne est l'une des villes les plus importantes de l'Italie par son commerce et les monuments qu'elle a conservés du moyen-âge. Son école de peinture, qu'ont illustrée les Carrache, le Guide, le Dominiquin, l'Albane, a joué un rôle considérable dans l'histoire de l'art.

    Bologne est entourée de murailles qui sont percées de douze portes; ses rues sont bordées de portiques et ses maisons ont encore l'aspect de forteresses. Au centre de la ville, sur la place Victor-Emmanuel (l'ancien forum) que décore une fontaine surmontée d'un Neptune de Jean de Bologne, se trouvent le Palais du Gouvernement, dont l'escalier a été construit par Bramante; le Palais du podestat (XIIIe-XVe siècles); l'église San Petronio, qui possède des portes sculptées célèbres et de belles peintures sur verre, d'après les dessins de Michel-Ange. Dans l'église San Domenico, la plus riche en objets précieux, on remarque la chapelle du tombeau de St. Dominique et les stalles du chœur en marqueterie du XVe siècle. D'autres églises sont dignes également d'attirer l'attention: la cathédrale de St. Pierre; Ste. Cécile, en ruines, où l'on admire des fresques précieuses, en partie dégradées, tirées de la vie de la sainte: San Giacomo Maggiore (1167), remarquable par sa voûte hardie; San Giovanni in Monte (1221), où l'on voit, sur un pilier à l'entrée du chœur, une fresque de l'an 1000; San Stefano, formée de la réunion de sept petites églises, dont l'une renferme le Puits miraculeux de St. Pétruve, ainsi qu'une colonne de marbre, reste d'un temple d'Isis.

    L'académie des Beaux-Arts contient le Musée ou Pinacoteca, l'une des plus belles collections de tableaux de l'Italie, entr'autres le Martyre. de St. Pierre de Vérone, le Martyre de Ste. Agnès, du Dominiquin; la Madonna dellà Pietà de Guido Reni; la Communion de St. Jérôme, l'Assomption, d'Augustin Carrache, et surtout l'admirable Ste. Cécile, de Raphaël, la merveille de la galerie. La Bibliothèque du Musée est riche en estampes: on y conserve des Paix en argent niellé, du célèbre orfèvre Fr. Francia. L'Université, fondée en 1119, la plus ancienne d'Italie après celle de Salerne, occupe les bâtiments du palais Poggi; c'est là qu'est installée la bibliothèque publique qui possède 150,000 volumes et 6,000 manuscrits.

    Les deux tours penchées Garienda et des Asinelli; la Loggia dei Mercanti, édifice des XIIIe-XVe siècles occupé par la Chambre de Commerce, et le Campo Santo, sont également au nombre des curiosités les plus intéressantes de Bologne.

    Mon guide m'apprend que comme à Turin, comme à Milan, comme à Venise, il y a de charmantes excursions à faire dans les environs de Bologne, mais ici comme ailleurs, le temps me presse et ma prochaine correspondance datée de Rome, vous parlera de Florence et de ses merveilles.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Informations
    L'auteur

    Honoré Beaugrand
    Homme politique canadien-français, maire de Montréal (Québec) de 1885 à 1887 et journaliste.
    Mots-clés
    Venise, Palais des doges, le Pont des Soupirs, la Place Saint-Marc, l'Académie des beaux-arts, Bologne, la Pinacothèque
    Documents associés
    Voltaire
    Stendhal
    Italie, Vénitie, déclin
    Johann Wolfgang von Goethe
    Henri de Régnier
    volupté, mélancolie, jardin, Zattere, nostalgie, nain, peintre
    Venise, littérature, voyage
    Maurice Barrès
    Chronique des lettres françaises
    romantisme, décadence, George Gordon, Lord Byron, pèlerinage
    Gabriel Brunet
    ville, Italie, Versailles, romantisme

    2%
    Dons reçus (2018-2019):609$
    Objectif (2018-2019): 20 000$


    Nous avons reçu près de 11 407$ lors de la campagne 2017-2018. Nous vous remercions de votre générosité. Pour la campagne 2018-2019, notre objectif s'élève à 25 000$.

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.