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    Dossier: Économie

    Un nouveau séisme économique de forte magnitude ?

    Andrée Mathieu

    En décembre 1997 dans le magazine L'Agora (vol. 6 no. 1), nous publiions un article intitulé simplement La complexité de l'économie mondiale, qu'on peut maintenant retrouver dans l'Encyclopédie 1. En m'inspirant du livre Le piège de la mondialisation de Hans-Peter Martin et Harald Schumann (Solin, Actes Sud, 1997), j'avais tenté d'expliquer en quoi l'économie mondiale était devenue un système extrêmement complexe et de mettre en garde contre les effets potentiels de la dynamique de ces systèmes. C'était dix ans avant la crise des subprimes. Sur le site de Libération récemment (11 février 2016), on pouvait lire un article intitulé L'économie mondiale au bord du gouffre 2 sous la plume de Christian Losson et Vittorio De Filippis. C'est à se demander si les régulateurs ont appris quelque chose de la crise financière de 2008! Ces derniers ne semblent pas comprendre le comportement du système qui leur est confié car ils laissent les apprentis-sorciers boursicoteurs concocter des produits et gonfler des bulles tout en se fichant complètement de leurs effets sur la population, qui s'en retrouve constamment appauvrie.

    Je me reporterai d’abord à quelques éléments de mon article de 1997 pour constater comme les auteurs de Libération que rien n'a vraiment changé. Puis, je ferai appel à deux personnes qui s'y connaissent en marchés financiers et qui se sont outrageusement enrichies au gré des crises, Georges Soros et Michael Burry. En fait, ils se sont retrouvés devant le choix de laisser passer l'occasion ou d'en profiter, ayant l'un et l'autre servi des mises en garde que personne n'a voulu écouter.

    L'hydre de l'économie mondiale

    Concentrons-nous d'abord sur deux composantes du système économique mondial qui contribuent à sa complexité et que j'avais mises en évidence dans mon article de 1997 : la diversité des acteurs et des produits.

    Des hommes et des cyborgs

    Dans le marché financier mondial, le nombre et la diversité des intervenants défient l'entendement. Il y a les professionnels (banquiers, gérants de portefeuilles, analystes financiers, agents de change, etc.), mais aussi les actionnaires et les petits épargnants. Il y a évidemment des spéculateurs, mais plus nombreux sont les simples gestionnaires de fonds communs de placement qui s'efforcent d’administrer au mieux les intérêts des nombreux individus, salariés ou retraités, qui leur ont confié leurs économies. Il y a les agences, comme Moody's, qui classent les pays et les entreprises en fonction de leur solvabilité, ainsi que les négociants qui convertissent ces ratings en suppléments de risques pour l'achat d'obligations d'État ou d’actions de compagnies. Il y a des assureurs et des réassureurs, des créanciers hypothécaires et des fonctionnaires dans les organismes publics de surveillance des marchés. Il y a les agences de presse, qui diffusent l'information économique le plus rapidement possible, et les journalistes qui cherchent à lui donner un sens. Et il y a maintenant les ordinateurs et leur «intelligence artificielle»!

    Selon un article de l'AFP publié dans La Presse du 13 février 2016 :«Les progrès réalisés ces cinq dernières années dans l'intelligence artificielle vont permettre de construire des robots, capables d'exécuter quasiment toutes les tâches humaines, menaçant des dizaines de millions d'emplois au cours de 30 prochaines années...». Wall Street étant reconnue pour ne pas apprendre de ses erreurs, certains investisseurs se tournent à leur tour vers les machines pour prendre des décisions d'investissement, dans l'espoir qu'elles fassent mieux. C'est le cas par exemple du petit fonds (hedge fund) new-yorkais Rebellion Research avec son programme Star créé par son fondateur, Spencer Greenberg. Selon lui, «ce qui rend Star intelligent, c'est sa capacité à ajuster sa stratégie d'investissement à la dynamique changeante des marchés et de l'économie mondiale» 3. «Les humains ne s'améliorent plus», poursuit-il. Mais les programmes et les algorithmes peuvent traiter d'énormes quantités de données en très peu de temps, «apprendre» ce qui fonctionne, combiner plusieurs stratégies simultanément et les ajuster sur-le-champ, ce qu'aucun être humain ne peut faire. Ainsi, grâce à Star, le fonds de Rebellion s’est apprécié de 41% en 2009, doublant largement la performance du Dow Jones Industrial Average dont le gain fut de 19% pour la même année.

    Mais à la froideur calculatrice des ordinateurs s'ajoute l’éventail des attitudes des investisseurs humains, du plus peureux au plus grand risque-tout en passant par le gestionnaire équilibré. Et tout ce beau «monde» s’échange quotidiennement une pléthore de produits, d’informations et de conseils! Dans un article de la revue de l'Observatoire français des conjonctures économiques, Mathias Emmerich a bien résumé cette réalité: «Loin d'être un lieu technologique froid et déshumanisé (...), le marché est au contraire un espace social où une multitude d'acteurs peuvent interagir en échangeant des informations, des opinions, des sentiments, voire des rumeurs, avec une vélocité inusitée et des conséquences souvent brutales et instantanées». Les robots investisseurs pourront-ils s'ajuster au caractère imprévisible des réactions humaines avec lesquelles ils sont en interaction?

    «Je craque pour toi mon coco»...

    Les produits financiers sont presque aussi nombreux et diversifiés que les investisseurs. Certains sont bien connus comme les obligations d'épargne, les dépôts à terme, les assurances, les actions en bourse, etc. Mais il y a aussi ceux qu'on appelle les produits dérivés qui font peser une incertitude sur l'économie. Ils se nomment swaps ou collars, futures ou dingos, ninjas ou zebras. Leur valeur est dérivée, c'est-à-dire qu'elle repose sur les valeurs que la majorité des participants aux marchés anticipe pour les actions, les obligations ou pour les monnaies dans lesquelles seront payés les titres ou les devises réelles, aujourd'hui ou dans quelques mois ou quelques années. Il y a chaque mois de nouveaux produits sur le marché, toujours plus tordus que les précédents. On a vu en 2007 les papiers commerciaux liés aux hypothèques à haut risque chez nos voisins du Sud. Il y a même des hurricane bonds (obligations ouragan) vendus par un assureur à des investisseurs privés. Si les dégâts causés par l'ouragan sont faibles, c’est le gros lot. Mais si l'assureur paie plus qu’un certain montant d'indemnisation à la suite de cet ouragan, les investisseurs perdent la totalité de leur mise. Une variante existe pour les tremblements de terre en Californie! Comme dit le banquier Thomas Fischer: «Le commerce des produits dérivés a permis au monde financier de s'émanciper de la sphère du réel». La crise du papier commercial a permis de constater à quel point il est facile de perdre la maîtrise de ces produits interconnectés qui font le tour du monde à la vitesse de la lumière.

    Une de ces dernières «innovations» sème présentement la terreur en Europe, les coco bonds, des rejetons de la crise de 2008. Un coco bond est un produit financier hybride: à la base une obligation, il peut se transformer en part de capital. Son nom est l'abréviation de contingent convertible bond, qui peut être traduit en français par «obligation convertible en fonction de»...

    Un billet économique de France Culture en donne l'explication suivante «Tant que tout va bien, votre coco est une obligation. En revanche, si la banque commence à avoir des problèmes, votre coco devient une part de capital, vous devenez donc un de ses propriétaire, et à ce titre, vous êtes deuxième sur la liste (après les actionnaires) pour perdre votre mise». Alors quel est l'intérêt d'acheter des cocos? «Le rendement! Comme c'est plus risqué, le taux d'intérêt est bien plus élevé que pour des obligations classiques : 7, 8, 9% contre à peine un peu plus de 1% pour une obligation traditionnelle4».

    Or, «il y a des inquiétudes sur la solidité des banques européennes : Deutsche Bank a présenté de mauvais résultats, les banques italiennes sont à la peine, leurs bilans remplis de créances douteuses, le Portugal éponge encore la faillite de sa plus grande banque il y a 18 mois (la Banco Espirito Santo), et plus globalement, le contexte actuel (taux très bas, pétrole en baisse, pays émergents sur le déclin) n'est pas porteur pour les banques 5». Alors, les investisseurs se disent : «mieux vaut se débarrasser de mes cocos avant qu'il ne soit trop tard». Leurs prix sont donc en train de plonger, pourtant à ce jour, aucun coco bond n'a été converti en part de capital. «D'où cette question récurrente quand on évoque le fonctionnement des marchés financiers: La baisse des prix des cocos est-elle un symptôme de la crise, ou sa cause, puisqu'elle entretient la défiance?»

    L'économie mondiale au bord du gouffre?

    Selon les auteurs de Libération, les raisons de la déprime actuelle sont nombreuses et elles se nourrissent mutuellement. Ils en mentionnent cinq.

    1. Des banques surexposées 6

    «En Europe, les principaux groupes bancaires ont perdu plus 25 % de leur valeur depuis le début de l’année. La palme de la chute de la capitalisation boursière revient à la Deutsche Bank, dont le prix de l’action a été divisé par deux. Résultat ? La plus grosse banque allemande a beau avoir l’équivalent de 200 milliards d’euros en dépôts, elle ne vaudrait plus qu’une petite vingtaine de milliards d’euros».

    La régulation bancaire qui a suivi la crise des subprimes est peut-être en partie responsable de la situation des banques. En effet, elle nous a fait passer du bail out au bail in. Dans le cas du bail out, c'est le contribuable qui a été appelé à renflouer les pertes des banques menacées de faillite mais too big to fail. Dans le cas du bail in, c’est l’actionnaire qui est mis à contribution. Alors sauve qui peut, les actionnaires vendent à tour de bras, comme les investisseurs qui se débarrassent de leurs coco bonds.

    2. Un pétrole au fond du trou 7

    Les banques ont pris des positions très spéculatives dans le secteur pétrolier. «Rien qu’en Europe, pas moins de 3 500 milliards d’euros y auraient été injectés». Une ruée vers l’or noir qui est en train de virer au cauchemar car l'offre est surabondante et la demande pique du nez.

    L'effondrement du prix du baril touche directement les pays producteurs dont les budgets sont alimentés par les recettes des exportations de pétrole, mais il affecte aussi le reste du monde «accro aux pétrodollars». Selon Libération, le manque à gagner pour l’économie mondiale (réelle) s'élève à 2 400 milliards de dollars!

    «Comme à la fin des années 1990 avec l'économie numérique, puis au milieu des années 2000 avec l'immobilier, le «boom» du pétrole de schiste a soutenu la croissance américaine, créant des dizaines de milliers d'emplois», peut-on lire sur le site de lefigaro.fr (21 janvier 2016) 8. Le développement du pétrole de schiste s'est fait avec un prix du Brent à 100 dollars. Les plus optimistes estiment qu'en-deçà de 50 dollars, la pérennité de ce secteur est menacée. Or, il se maintient aujourd'hui aux alentours de seulement 30 dollars. «C'est ce que les plus malins parmi les acteurs du secteur financier sont en train de comprendre (...) Mais ce que certains acteurs du marché ont compris, surtout, c'est que cette fin de cycle -- qui se traduit également, comme en 2008, par une hausse des taux de la Fed-, avait une signification: il faut se débarrasser au plus vite de ces prêts devenus trop risqués. Et, surtout, ne pas être parmi les derniers à se retrouver «collés» avec ce papier devenu invendable (... car) une fois que le mouvement de désengagement est enclenché, il est presque impossible de l'arrêter».

    «À moins de 30 dollars, un grand nombre de compagnies spécialisées dans le pétrole de schiste vont forcément finir par mettre la clé sous la porte». Est-ce cette hécatombe que La Presse du 26 février 2016 décrivait? 9 "La production de brut aux États-Unis est en baisse continue depuis plus d'un mois. La société de services pétroliers Baker Hughes a annoncé une nouvelle baisse du nombre de puits de pétrole en activité aux États-Unis (...) avec un total réduit de 75% depuis le pic d'octobre 2014. À ce rythme de fermeture, dans 31 semaines il pourrait ne plus y avoir de puits actifs, a noté l'analyste Tim Evans, chez Citi Futures Perspective».

    3. Une croissance en berne 10

    Le 19 janvier dernier, le FMI se joignait au concert des rapporteurs de perspectives négatives : la croissance mondiale en 2016 et 2017 «pourrait dérailler si les transitions importantes de l’économie mondiale ne sont pas bien gérées». Selon Libération, «l’essentiel des inquiétudes se concentre sur les pays émergents qui traversent de sérieuses turbulences.» Et pour cause : ces derniers contribuent à hauteur de 70 % à la croissance mondiale. «Les tensions financières dans de nombreux pays exportateurs de pétrole réduisent la capacité de ces pays à atténuer le choc», concède le FMI. Le monde flirtait depuis au moins trois ans avec la spirale de la déflation, cette baisse durable du niveau général des prix et des salaires : la menace n’a jamais été aussi forte. Seul rempart ? Les banques centrales qui ont placé la planète sous perfusion monétaire.»

    4. Des banques centrales incendiaires 11

    Depuis la crise de 2008, les banques centrales ont procédé à l'achat d’actifs avec de la monnaie créée pour l’occasion (quantitative easing). Elles ont ouvert des vannes de liquidité, déversant près de 20 000 milliards de dollars (soit 30 % du PIB mondial) dans l’économie mondiale, sans pour autant faire repartir le crédit et la consommation. «L’argent est allé de banque en banque, elles l’ont investi sur les marchés financiers.»

    Selon l'économiste français Patrick Artus: «La prochaine crise sera plus violente, car plus la liquidité mondiale est abondante, plus les mouvements de capitaux seront violents. Lorsque les investisseurs prendront peur, ce sera le début de la panique.» Et les banques centrales, contrairement aux précédentes crises, auront épuisé toutes leurs munitions, à commencer par les taux directeurs à peine au-dessus de zéro, quand ce n'est pas carrément en territoire négatif.»

    5. Une financiarisation irrationnelle 12

    Les auteurs de l'article de Libération renforcent notre analyse de la complexité des produits financiers. «Dans une économie-monde de plus en plus casino, où la nanoseconde est l’alpha et l’oméga du trading, où la complexité des montages finit même par échapper aux mathématiciens qui les ont créés, les marchés financiers excellent au moins sur un point : la surréaction permanente. De l’euphorie à la panique, le tout sur fond de prophétie autoréalisatrice. Un cocktail explosif», écrivent-ils.

    Le nouveau paradigme de George Soros

    Il y a quelques années, un petit livre intitulé The New Paradigm for Financial Markets13 a retenu mon attention. Son auteur est le milliardaire controversé George Soros, spéculateur et philanthrope bien connu. Né en Hongrie dans une famille juive, Soros (György Schwartz de son vrai nom) fuit l'occupation soviétique et s’installe à Londres en 1947. Pendant qu’il attend son admission à la prestigieuse London School of Economics, il fait la lecture de La société ouverte et ses ennemis du philosophe des sciences Karl Popper. Cette rencontre avec la philosophie de Popper est déterminante pour sa carrière. Soros est moins un économiste devenu investisseur, qu’un philosophe «manqué», comme il se qualifie lui-même. Toute sa carrière aura servi à tenter d’illustrer une théorie qu’il a élaborée alors qu’il ne détenait encore aucun diplôme. Sa théorie de la réflexivité est basée sur le fait que notre compréhension du monde est par nature imparfaite puisque nous faisons partie de ce monde que nous cherchons à comprendre.

    Prenons par exemple les marchés financiers. Les participants achètent et vendent des actions en anticipant les prix futurs, ces prix étant déterminés par leurs attentes. Or, les attentes ne tiennent pas lieu de connaissance, et en l’absence de connaissance, les participants doivent introduire une évaluation personnelle dans leur processus de décision. Laissés à eux-mêmes, les marchés financiers peuvent osciller entre les extrêmes décrits dans l'article de Libération «de l’euphorie à la panique, le tout sur fond de prophétie autoréalisatrice». C’est pourquoi, selon Soros, ils doivent être placés sous surveillance par les autorités des marchés financiers.

    Dans son livre, George Soros élabore une autre hypothèse intéressante, celle de la «super-bulle». Selon lui, toutes les bulles spéculatives (technologies de l’information, hypothèques, matières premières, pétrole, etc.) sont incluses dans une super-bulle reposant sur trois tendances majeures. La première concerne l’expansion continue du crédit. La seconde est la mondialisation des marchés financiers. La troisième est l’abolition progressive des régulations et la cadence accélérée des innovations financières. Ces trois tendances apparaissent clairement dans l'article de Libération. Jusqu’ici ces tendances ont favorisé les États-Unis et les autres pays développés, laissant à la périphérie les économies moins développées. Selon Soros, c'est cette différence (gradient) entre le centre et la périphérie qui alimente le développement de la super-bulle. Alors que des économies émergentes comme la Chine et l’Inde quittent la périphérie, verrons-nous bientôt l’éclatement de cette super-bulle?

    Le casse du siècle

    Qui aurait cru qu'un film portant sur quelques investisseurs qui, dès 2005, avaient anticipé la crise des subprimes (2007) et la crise bancaire et financière de l'automne 2008 allait être en nomination pour le meilleur film de l'année à la cérémonie des Oscars? The Big Short: Inside the Doomsday Machine, a recueilli plusieurs autres nominations, dont celle de la meilleure adaptation cinématographique, de la meilleure distribution, de la meilleure réalisation et du meilleur acteur dans un rôle de soutien en la personne de Christian Bale, qui incarne admirablement le neurologue et investisseur de génie Michael Burry. Sur son blogue (michaelburryblog.blogspot.com), ce dernier prévoit une autre crise financière. Selon lui, nous sommes à nouveau en train de vouloir stimuler la croissance avec de l'argent facile. Il dénonce les politiques de la Réserve fédérale américaine qui contribuent à accroître l'écart entre les riches et les pauvres, ce qui nourrit l'extrémisme politique. Il s'inquiète de la faiblesse des taux d'intérêt, et de la tendance mondiale à leur donner une valeur négative, ce qu'il juge toxique car les taux d'intérêts doivent être à la mesure des risques. Il s'inquiète aussi du niveau de l’endettement des États, du secteur public, des ménages et des banques centrales. Il estime que les politiciens sont accros à l'idée que la croissance va remédier à la dette, et ce sont toujours les citoyens qui en paient le prix. Il croit que nous sommes en train d'accumuler d'énormes stress dans le système financier et que la moindre étincelle pourra provoquer un séisme de forte magnitude.

    Pourquoi parler de ces analyses pessimistes de l'économie alors que tout le monde cherche un discours rassurant? Tout simplement parce que nous croyons au vieux proverbe «un homme averti en vaut deux». N'est-il pas mieux de connaître les dangers qui nous menacent si on veut bien se préparer à les affronter? Et tant mieux s'ils ne se matérialisent pas!

    Warren Buffet vient de servir une leçon d'optimisme dans sa lettre annuelle aux actionnaires de son groupe, Berkshire Hathaway, en dénonçant «la tonalité négative» du discours des candidats à la présidence des États-Unis sur l'économie américaine. Pourtant, durant les deux dernières années, Warren Buffett s'est délesté d'un grand nombre d'actions américaines reposant sur les dépenses des consommateurs14... Drôle de façon de manifester sa confiance dans l'économie américaine! Les milliardaires John Paulson et George Soros ont également tourné le dos aux actions américaines. Se prépareraient-ils pour un nouveau  séisme financier en 2016 ?15

    Aux débutants dans les placements financiers, on recommande d'imiter les meilleurs investisseurs (follow the smart money). Voici, pour terminer, deux exemples à méditer... George Soros vient d'acquérir 850 000 actions du constructeur italien de voitures sport Ferrari, ce qui en a fait bondir le titre à la bourse de Milan et de New York. Se pourrait-il que Monsieur Soros ne prévoie pas une diminution imminente de l'écart de richesse entre les plus pauvres et les bien nantis, qui seront de plus en plus nombreux à vouloir posséder ce symbole rutilant de la réussite? Par ailleurs, depuis quinze ans Michael Burry investit dans une valeur sûre, l'eau. Mais comme elle n'est pas facile à transporter, il lui est apparu que la solution était d'investir dans la nourriture, c'est-à-dire que la meilleure façon de redistribuer l'eau est de cultiver la nourriture dans les régions humides et de la transporter pour la vendre dans les régions arides. On sait, par exemple, qu'il faut 400 litres d'eau pour produire un litre de vin, 700 litres d'eau pour un kilogramme de pommes, 3 900 litres d'eau pour un kilo de poulet et 15 500 litres d'eau pour un kilo de bœuf 16. «L'eau incorporée dans la nourriture c'est ça qui m'intéresse», dit l'as investisseur Burry. Spéculer sur l’eau via la nourriture, un discours qui vous semble rassurant ?

    Notes
    1.http://agora.qc.ca/documents/economie--la_complexite_de_leconomie_mondiale_par_andree_mathieu
    2. http://www.liberation.fr/planete/2016/02/11/l-economie-mondiale-au-bord-du-gouffre_1432752
    3. http://www.wsj.com/articles/SB10001424052748703834604575365310813948080
    Sur le même sujet dans la revue Wired:
    http://www.wired.com/2016/01/the-rise-of-the-artificially-intelligent-hedge-fund/
    4. http://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-economique/crise-financiere-larvee-panique-sur-les-coco-bonds
    5. Idem
    6. http://www.liberation.fr/planete/2016/02/11/l-economie-mondiale-au-bord-du-gouffre_1432752
    7. Idem
    8. http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2016/01/21/31007-20160121ARTFIG00148-pourquoi-les-petroles-de-schiste-sont-les-nouveaux-subprimes.php
    9. http://affaires.lapresse.ca/economie/energie-et-ressources/201602/26/01-4955033-le-marche-doute-le-petrole-finit-en-baisse.php
    10. Article de Libération déjà cité
    11. Idem
    12. Idem
    13. SOROS, George, The New Paradigm for Financial Markets: The Credit Crisis of 2008 and What It Means
    PublicAffairs (May 5, 2008), 208 pages
    14. http://www.profitconfidential.com/economic-analysis/upcoming-stock-market-crash/
    15. Idem
    16. http://www.viande.info/elevage-viande-ressources-eau-pollution

    Date de création : 2016-03-02 | Date de modification : 2016-03-04
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    Andrée Mathieu
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    Pourquoi parler de ces analyses pessimistes de l'économie alors que tout le monde cherche un discours rassurant? Tout simplement parce que nous croyons au vieux proverbe «un homme averti en vaut deux». N'est-il pas mieux de connaître les dangers qui nous menacent si on veut bien se préparer à les affronter? Et tant mieux s'ils ne se matérialisent pas!
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