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Que fuyez-vous donc ainsi?

Georges Bernanos

«Trente, soixante, cent millions de mort ne vous détourneraient pas de votre idée fixe: "Aller plus vite, par n'importe quel moyen." Aller vite? Mais aller où? Comme cela vous importe peu, imbéciles! Dans le moment même où vous lisez ces deux mots: Aller vite, j'ai beau vous traiter d'imbéciles, vous ne me suivez plus. Déjà votre regard vacille, prend l'expression vague et têtue de l'enfant vicieux pressé de retourner à sa rêverie solitaire... "Le café au lait à Paris, l'apéritif à Chandernagor et le dîner à San Francisco", vous vous rendez compte!... Oh! dans la prochaine inévitable guerre, les tanks lance-flammes pourront cracher leur jet à deux mille mètres au lieu de cinquante, le visage de vos fils bouillir instantanément et leurs yeux sauter hors de l'orbite, chiens que vous êtes! La paix venue vous recommencerez à vous féliciter du progrès mécanique. "Paris-Marseille en un quart d'heure, c'est formidable!" Car vos fils et vos filles peuvent crever: le grand problème à résoudre sera toujours de transporter vos viandes à la vitesse de l'éclair. Que fuyez-vous donc ainsi, imbéciles? Hélas! c'est vous que vous fuyez, vous-mêmes – chacun de vous se fuit soi-même, comme s'il espérait courir assez vite pour sortir enfin de sa gaine de peau... On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas! la liberté n'est pourtant qu'en vous, imbéciles!»

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