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Pourquoi les Japonais aiment-ils tant les robots?

Yan Barcelo

On ne peut nier un intérêt quelque peu déroutant de la culture nippone pour les robots : chien robot, robot infirmier, femme robot et, tout récemment, un prêtre robot. Dans une foire consacrée aux rites de fin de vie, la société Softbank proposait que son robot humanoïde Pepper soit « embauché » pour effectuer les cérémonies funéraires en chantant des sutras et en tapant sur un tambour.

On nous dit que la raison de cet amour du robot tient au vieillissement accéléré de la population japonaise, maintenant la plus âgée de la planète. La rareté croissante de main d’œuvre dans ce pays fermé à toute immigration inciterait à chercher secours du côté de travailleurs automates. Mais cette explication ne suffit pas. Après tout, on peut imaginer bien d’autres solutions, par exemple permettre l’entrée de travailleurs étrangers, ou promouvoir la natalité.

Non, il y a plus – ou moins – pour expliquer cet attrait pour la robotique. D’une part, il y a l’influence de la religion bouddhiste, foncièrement impersonnelle. S’ajoute d’autre part le profond conformisme de la culture japonaise, plus encore, sa profonde féodalité.

À la suite d’un séjour d’étude de quelques mois au Japon à la fin des années 1980, un pays et un peuple que j’ai vivement aimés, je suis revenu avec la conviction que le Japon est le seul fascisme qui, dans l’histoire, a réussi. J’entends « fascisme » dans son sens idéologique fondamental : mouler la société civile selon les impératifs du pouvoir en rayant l’individu au nom de la nation et de la masse. Aucune autre société n’a réussi, à grande échelle, à tailler sur mesure sa culture et sa population, un peu comme on taille un bonsaï. C’est une initiative que les élites nippones ont pu mener à bien en fermant leurs frontières à toute influence étrangère pendant plus de 300 ans.

Or, ces influences combinées – bouddhisme, conformisme, féodalité, fascisme – sont parvenues dans une grande mesure à effacer la personne au profit de la fonction. Cela dégage l’espace spirituel et culturel permettant aux robots d’émerger. Peut-on imaginer une église catholique, ou même baptiste ou anglicane, où on substituerait un robot à un prêtre?

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