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Point de mystique de la beauté

Yan Barcelo

Commentaire sur l’article de Jacques Dufresne intitulé : Désir, amour, beauté dans le Banquet de Platon, paru dans la Lettre de l’Agora du 6 décembre 2016.

Je viens de terminer la lecture du très beau texte de Jacques Dufresne sur le Banquet de Platon. C’est un texte fondateur de notre héritage culturel et quel malheur qu’il ne soit plus mis en valeur, plutôt relégué sur quelque tablette empoussiérée.

Dans un « soliloque théâtral » que j’ai monté il y quelques années, le Banquet occupait une place centrale. Aucun auteur, aucun philosophe n’a parlé de la beauté et de l’amour avec plus d’éloquence et de justesse, d’autant plus que le recours au mythe porte une charge poétique de sens que le simple discours rationnel ne peut espérer égaler.

Et le commentaire de Jacques Dufresne est particulièrement perspicace, surtout dans la dernière partie où il met en valeur la quête artistique de la beauté, notamment dans la distinction entre le danseur et l’athlète, une comparaison lumineuse.

Au moment de préparer ce « soliloque », je me suis fait la réflexion suivante : le Banquet nous offre littéralement une ascèse mystique, une pratique spirituelle de la Beauté; pourtant, triste ironie, aucune école mystique n’en a émergé, constatation qui m’a intrigué au plus haut point. Car on trouve dans le christianisme des mystiques de l’amour ou de la charité; l’hindouisme offre un mysticisme des œuvres, comme le christianisme d’ailleurs. Pourtant, aucune tradition spirituelle, reprenant la révélation platonicienne, n’offre-t-elle un mysticisme de la beauté. Pourquoi?

Je crois que la réponse tient au fait que, face aux autres transcendants de la Vérité, du Bien, de l’Amour, la Beauté porte une ambiguïté gênante. Bicéphale, la Beauté offre une face divine radieuse, mais aussi une face sombre liée à la possession érotique. La Beauté est une destination, mais elle est aussi un portail : ce portail ouvre sur la vérité et le bien, mais il peut aussi ouvrir sur la puissance et le mal. Je soupçonne que c’est la raison pour laquelle les traditions mystiques sont demeurées à distance du « filon » de la Beauté. La seule qui s’en soit approchée, le tantrisme tibétain, demeure très marginale – et trouble – d’autant plus qu’elle est axée sur le désir érotique plutôt que sur la beauté.

Le romantisme, avec Germaine de Staël, a institué la religion de l’art, mais nous sommes loin d’une mystique de la beauté. Cette religion a mené, je crois, à une hypertrophie de la figure de l’artiste qui, à son tour, a conduit aux deux extrêmes de notre époque : d’une part, l’hermétisme narcissique de l’art contemporain où l’artiste se retrouve à ne parler qu’à lui-même; d’autre part, le populisme narcissique de « l’artiste » à la mode où l’art devient synonyme de s’exprimer devant un public. Évidemment, il y a des exceptions heureuses à ces extrêmes, mais la norme demeure… malheureuse.

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