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    Le droit à la ponctualité

    Jacques Dufresne
    Un médecin allemand vient d'être condamné à indemniser un client qu'il avait fait attendre trop longtemps. Cette affaire mérite un commentaire.

    Le temps c'est de l'argent, mais pas pour tout le monde. C'est vrai de toute évidence pour les professionnels et les fonctionnaires qui ont des antichambres à côté de leur bureau, mais sûrement pas pour ceux qui pratiquent les vertus de patience et d'humilité dans ces salles d'attente. Si la ponctualité est la politesse des rois, elle n'est pas toujours celle de ceux qui tiennent lieu d'aristocrates dans nos sociétés.

    Il se pourrait toutefois que les parias du temps puissent bientôt obtenir par la force des lois le respect qu'ils ne peuvent inspirer par leur simple humanité. Les précédents commencent à se multiplier. Le jugement allemand en est un.

    Il a été présenté comme suit dans une revue médicale suisse-allemande: «Un médecin doit rembourser le manque à gagner d'un patient qu'il a trop fait attendre. Ainsi en a décidé un juge de Hanovre. Le plaignant, un publicitaire de 36 ans, avait un rendez-vous chez son médecin à 18 h 30. Après une heure et demie d'attente, il perdit patience et quitta les lieux. Le lendemain, il envoya un compte de 106.10 Mark au médecin, prétextant que pendant le temps perdu dans son antichambre, il aurait pu gagner an moins 70 Mark en vendant des annonces à quoi il ajoutait 36.40 Mark pour ses déplacements.»

    Son avocat fit valoir que le rendez-vous donné par le médecin pour 18 h 30 équivalait à un contrat, qu'il y avait donc eu bris de contrat et qu'en conséquence son client devait être dédommagé. Le juge lui donna raison et condamna le médecin à verser la somme de 70 Mark au plaignant, refusant à ce dernier le paiement du déplacement.

    Dans son jugement, le magistrat précisa que le médecin aurait dû aviser le patient de l'attente qu'il aurait à subir et décréta qu'une marge de manoeuvre d'une demi-heure est suffisante dans ce cas.

    Sur quoi le juge s'est-il basé pour fixer cette limite? L'article ne le dit pas. On peut présumer qu'il a pris comme base de calcul le nombre de consultations par jour et qu'il en a conclu que, ces dernières durant en moyenne 10 minutes, il était raisonnable de fixer à une demi-heure la limite de la période d'attente.

    L'auteur de l'article précise qu'il s'agit là d'un précédent en Allemagne, mais qu'un jugement semblable avait déjà été rendu au pays des banquiers, la Suisse.

    Même si c'est un ami médecin qui m'a envoyé une copie de cet article, j'ai hésité avant de le commenter. Certes on peut se réjouir de ce que justice soit enfin rendue à ceux qui se résignent peut-être un peu trop facilement à ce que leur temps ne soit pas pris en compte, mais doit-on se féliciter de ce qu'une nouvelle tranche de la vie sociale soit ainsi réglementée de l'extérieur, prise en charge par l'institution juridique, de ce que le contrat, une fois de plus, se substitue à la parole donnée?

    Voilà en tout cas un bel exemple de l'inévitable ambiguïté des choses humaines. Par souci d'égalité, pour rendre justice aux exploités du temps, vous faites intervenir la loi, mais du même coup vous alourdissez le fardeau bureaucratique qui pèse déjà très lourdement sur les épaules de chacun. C'est pourquoi, incidemment, le pays des libertés, et de l'égalité, les États-Unis, est aussi celui où les avocats sont rois. Et il se pourrait fort bien que le plaignant allemand de tout à l'heure ait fait antichambre chez l'avocat qui l'a défendu contre son médecin.

    Quant à ceux qui ont cru bon de rompre radicalement avec le libéralisme pour échapper aux ambiguïtés de ce genre, ils se sont trompés lourdement. Dans les pays totalitaires, c'est dans la valeur reconnue au temps de chacun que l'inégalité se fait sentir le plus durement. En Russie, les membres du parti ont accès à des magasins spéciaux où ils sont servis rapidement et généreusement. Les citoyens ordinaires font la queue devant les magasins pour tous. Et il en est de même dans presque toutes les autres activités de la vie quotidienne.

    Juridisme d'un côté, anonymat bureaucratique de l'autre. Entre ces deux extrêmes, il y a les sociétés pleinement civilisées, celles où la parole donnée compte, où le mot honneur n'est pas réservé aux cours de littérature ancienne, celles aussi où les rois sont polis, c'est-à-dire ponctuels, celles enfin où les règles de vie commune ne sont pas toutes imposées de l'extérieur, mais procèdent d'habitudes qui ont été données par l'éducation. On se demande si de telles sociétés ont jamais existé.

    Nous rêvons tous d'un monde plus humain, mais nous oublions facilement que l'humanité commence par le respect le plus élémentaire de l'autre, par l'hospitalité à son égard par la prise en compte de son temps.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Jacques Dufresne
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