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    Dossier: Société

    Pas de société sans préjugés ni discrimination

    Jacques Dufresne

    Le Premier ministre du Québec, le docteur Philippe Couillard, vient de lancer une vaste opération de purification sociale. Si je précise qu’il est médecin c’est parce qu’il agit en cela comme un épidémiologiste : il veut éradiquer une infection causée par une bactérie qu’on pourrait appeler « racisma systematica ». Puisqu’une telle bactérie n’agit jamais seule, le mot systémique le dit, il faut pour la détruire avoir recours à une thérapie qui attaque sur un large front : celui de l’ensemble des discriminations et des préjugés. Sans doute le docteur Couillard n’a-t-il pas l’intention totalitaire de nous empêcher d’exercer notre jugement sur nos voisins et nos compatriotes. Il ne peut toutefois pas ignorer que son initiative ajoute le poids de l’État à une tendance déjà très forte dans notre société : éviter toute affirmation qui pourrait blesser, ne fût-ce qu’un seul représentant d’une minorité. Le docteur Couillard rêve-t-il donc d’un organisme social si bien aseptisé qu’il se réduirait à une juxtaposition hygiénique d’individus qui ne se parleraient plus de peur de dire du mal les uns des autres! Il oublie de préciser que parvenue à ce degré de pureté, une collectivité n’est plus qu’une collection.

    Ce problème n’est pas nouveau. Ne se posait-il pas déjà dans le débat qui opposait Aristophane, le poète comique, à Socrate le philosophe ironique? Le premier défendait le peuple et ses préjugés de toutes sorte, sa truculence aussi; le second voulait soumettre à la raison le chaos des préjugés populaires. On se souvient davantage de Socrate que d’Aristophane, mais il n’empêche que c’est au peuple célébré par Aristophane que la Grèce antique a dû sa victoire improbable et décisive contre les Perses.

    La révolution française faite au nom des Lumières a relancé ce débat, ce qui a valu à la postérité cette page immortelle d’Edmund Burke sur les préjugés.

    « Vous voyez, Monsieur, que dans ce siècle de lumières, je suis assez courageux pour avouer que nous sommes généralement les hommes de la nature; qu'au lieu de secouer tous nos vieux préjugés, nous les aimons au contraire beaucoup; et pour nous attirer encore plus de honte, je vous dirai que nous les aimons, parce qu'ils sont des préjugés; et que plus ils ont régné, plus leur influence a prévalu, plus nous les aimons. Nous avons peur d'exposer les hommes à ne vivre et à ne commercer ensemble qu'avec leur fonds particulier de raison ; parce que nous soupçonnons que ce capital est faible dans chaque individu, et qu'ils feraient beaucoup mieux tous ensemble de tirer avantage de la banque générale et des fonds publics des nations et des siècles. […] Il est bien plus sage de conserver le préjugé avec le fonds de raison qu'il renferme, que de le dépouiller de ce qu'ils n'en regardent que comme le vêtement, pour laisser ensuite la raison toute à nu ; parce qu'un préjugé, y compris sa raison, a un motif qui donne de l'action à cette raison, et un attrait qui y donne de la permanence.[…]Le préjugé fait de la vertu une habitude pour les hommes, et non pas une suite d'actions incohérentes; par les préjugés dont la vertu fait la base, le devoir devient une partie de notre nature.»[1]

    Au XXe siècle, l’anthropologue Claude Lévi Strauss  fit écho à E. Burke :

     « On a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite alors qu'elle est faite d'habitudes, d'usages, et qu'en broyant ceux-ci sous les meules de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l'état d'atomes interchangeables et anonymes. La liberté véritable ne peut avoir qu'un contenu concret: elle est faite d'équilibres entre des petites appartenances, de menues solidarités: ce contre quoi les idées théoriques qu'on proclame rationnelles s'acharnent; quand elles sont parvenues à leurs fins, il ne reste plus qu'à s'entre-détruire. Nous observons aujourd'hui le résultat. » [2]

     Ce diagnostic nous rapproche de la situation actuelle où la meule de la raison a pris de la force pour devenir celle du chiffre et du formalisme, lesquels triomphent dans cette forme extrême du progrès technique qu’on appelle transhumanisme. Avec comme conséquence qu’on exalte le moi après l’avoir érodé pour en faire un nouvel instrument de purification sociale.

    Infiniment tolérant, comment un tel moi pourrait-il devenir un danger public? Il s’agit de ce que dans un article de la revue Arguments, Gérald Allard, a appelé une tolérance agressive, laquelle, réduisant le discernement à la discrimination, rend intolérant à l’égard de tous les jugements de valeur : « Tolérer ne veut plus dire que les êtres humains différents de la majorité devraient être respectés par une majorité qui devient plus humaine de ce fait. Tolérer veut dire accepter sans questionner. La paresse intellectuelle de l’intolérance et l’impérialisme qu’elle soutenait (« notre pensée est la seule qui puisse être pensée ») ont été remplacés par la paresse intellectuelle de la tolérance tous azimuts et son nouvel impérialisme (« tu ne peux pas examiner avec l’intention de juger sur la vérité ou la bonté ou la justice des idées, des cultures et des hommes »).[3]

    L’idéalisme subjectif

    J’appelle idéalisme subjectif cet attachement à son propre moi qui incite à protéger le moi de l’autre contre toute attaque, contre toute critique, dont, par un retour du boomerang, on pourrait être victime soi-même. Cet idéalisme a pour effet qu’on se détourne des principes universels pour réduire toute la vie morale à l’empathie, le mot clé de la morale naturelle à la mode. Ce phénomène est très bien décrit dans un livre récent, Du narcissisme dans l’art contemporain,il est montré que lorsque le mépris des règles sévit dans l’art, il finit par sévir aussi dans la rhétorique, la politique, et les mœurs en général. Ce sont là des phénomènes convergents…et systémiques, en ce sens qu’ils se renforcent les uns les autres et finissent ainsi par créer l’homme ouvert :

    « Jugeons-en : ouvert, comme on le dit d'un individu qui se veut attentif à autrui, « cool », tolérant, avec qui on peut s'entendre, acceptant la différence, n'ayant pas de dogmes, pas de principes et pas d'idéal. Au demeurant pragmatique et compréhensif, sans attaches devant le principe de réalité, un tel individu est prêt à changer d'avis si les circonstances le commandent. Il sait s'adapter. Lui ne gaspille pas son intelligence et son énergie à être à contre-courant. Ouvert, il ne prononce pas de jugement, il n'a pas d'avis arrêté hormis celui d'être « positif » et « constructif ». Éclectique et même volontiers syncrétique, il est vacant pour toute idéologie puisque, par définition, il n'en a pas. Pour lui, les repères fondés sur les habitus sont des dogmes frustrants. Frontières géopolitiques et limites socioculturelles ne font-elles pas que fermer ? Ce qui organise alors la subjectivité dont il aime à se réclamer, c'est le refus du refus, c'est la labilité des choix. » [4]

     

    Les préjugés et les discriminations sont les cibles par excellence de ces nouveaux docteurs du moi. Quiconque a vécu en société, ou à défaut d’avoir eu ce privilège, a lu de bons romans, comprend ce que Burke et Lévi Strauss entendent par usages, habitudes et menues appartenances.

    Témoignage

    Un témoignage s’impose ici. Nous vivons, ma femme et moi, depuis 1972 dans un microcosme où à l’origine nous étions entourés d’anglophones baptistes et de francophones membres de l’armée de Marie, un groupe resté fidèle au catholicisme d’antan. Nous étions des montréalais qui donnaient l’impression de n’avoir pas besoin de travailler pour vivre. Pensez donc, je me promenais à cheval à l’heure de la traite des vaches. L’an dernier, nous avons logé un ami dans un gîte du passant du voisinage. Il a été poliment bombardé de questions à notre sujet, du genre : comment gagnent-ils leur vie ? Après plus de quarante ans de bons rapports! 

    La cabane de la monnaie nationale

    Vers les années quatre-vingt, pendant les vacances, nous avons autorisé un jeune neveu à construire une cabane en bois rond au bout de notre terre. Nos voisins baptistes, selon la rumeur qui a couru jusqu’à nous, en conclurent qu’il s’agissait d’un atelier pour imprimer cette monnaie française qui serait celle du Québec souverain… L’aisance dans les préjugés va de pair avec la plus féconde imagination. Les mêmes voisins nous avaient appris qu’ils collectionnaient les bouchons de liège pour en faire des jouets pour leurs enfants. Jusqu’au jour où le scandale éclata : la collection de bouchons était pour eux un moyen de compter les bouteilles de vin que nous buvions. Nous étions devenus des alcooliques à leurs yeux. Ils nous virent peu après en maillot de bain, sur notre parterre, qui était alors un espace clôturé. De telles mœurs n’étaient pas tolérées dans leur communauté. Leur jugement tomba dru : «You should pick up your beans, instead of … » Notre bain de soleil n’excluait pourtant pas cette cueillette!

    La civilité rurale

    Ces admonestations étaient le contraire de l’indifférence. Les X demeuraient d’excellents voisins. Par une belle journée de février, en promenade avec notre chien, un setter irlandais qu’on nous avait offert, je rencontre une autre voisine accompagnée de ses deux mâtins et une enfant des X, suivie de son gentil petit chien. C’était une fillette légèrement handicapée. La guerre éclate entre ces amis de l’homme et, horreur inoubliable, les trois gros chiens s’en prennent au petit. J’ai eu beau casser mes bâtons de ski sur le dos de ces enragés, me jeter de tout mon poids entre eux, leur violence ne faisait qu’empirer. La fillette se jetait aussi dans la mêlée pour défendre son malheureux petit ami. Le pire aurait pu lui arriver. Elle s’en tira avec une égratignure à une joue. Et moi, j’en tirais une leçon précieuse sur les bêtes et les hommes : la créature la plus racée, la plus docile, mon setter irlandais par exemple, pouvait dans une meute devenir la bête la plus violente et la plus perverse. Les X auraient très bien pu nous intenter une poursuite. Ils ne l’ont pas fait. Sur le chemin des côtes à Kingscroft, la règle de droit n’avait pas encore remplacé la règle sociale.

    Voilà comment la civilité peut tempérer un terreau social bourré de préjugés.

    Nous avions peu de temps auparavant obtenu notre brevet de solidarité en participant à une corvée pour la reconstruction d’une grange neuve détruite par la foudre. N’allons pas trop vite aux conclusions aseptiques. Il y avait dans la paroisse deux clans hostiles l’un à l’autre depuis des générations. Ils firent trêve le temps de la corvée pour retomber dans leurs préjugés. N’est-ce pas faire preuve de faiblesse que de pardonner trop vite le tort subi? N’est-ce pas trahir l’ancêtre que de faire la paix avec les descendants de ses ennemis?

    Querelles de pêcheurs

    Les préjugés et les discriminations sont plus manifestes et plus colorés si j’ose dire dans le régions éloignées et isolées. Je pense aux associations de riverains de certains grands lacs du Moyen Nord. Nous avons fait partie de l’une de ces associations, pour découvrir que les conceptions de la pêche provoquaient de véritables guerres de religion. Les Italiens avons-nous vite appris, pêchent par gourmandise. Estimant le poisson pour sa chair, ils ne se font pas de scrupules quant à la façon de le tirer de l’eau. Méthode pour les brochets : un peu de viande avariée au fond du lac provoque un attroupement de ces monstres aux dents bien aiguisées. Il ne reste plus au pêcheur qu’à laisser tomber sa ligne au milieu de la meute. On vide ainsi un lac rapidement.

    Pour les Québécois de souche, et les souches sont nombreuses dans ces régions éloignées, cette pêche gourmande n’est pas du sport. Le poisson, il faut le mériter et pour cette raison s’attaquer au plus rusé et au plus résistant : la truite bien entendu. Le pêcheur d’ici à ses hiérarchies et pour tout dire il est un peu snob : il méprise le brochet qui est au bas de la pyramide, tout juste au-dessus de la carpe et du poisson fourrage, cet esclave de nos lacs. Bel exemple d’une discrimination systémique qui dans un monde correct justifierait une accusation de spécisme.

    À propos du lac dont j’évoque le souvenir, il y avait un consensus. À l’époque des clubs de chasse et de pêche, on aurait eu le droit d’en interdire l’accès aux Italiens. Désormais on se limiterait à omettre de leur donner certaines précisions nécessaires à une navigation sûre. Les risques s’échouer sur un banc de sable ou de se heurter à un rocher étaient élevés, ce qui avait un effet dissuasif. Parmi les riverains, il y avait de nombreux ouvriers de la construction, dont certains n’avaient pas eu accès à des chantiers gérés par des entrepreneurs italiens, d’autres locataires s’étaient heurtés à la mafia. Il en résultait ce que Lévi Straus appelle un équilibre entre de petites appartenances. N’allez pas croie toutefois que le pêcheur de souche sera indifférent au sort du pêcheur de bouffe dont le bateau se sera enlisé, ni qu’il sera toujours fidèle à ses propres règles.

    Les communautés humaines n’ont pas attendu les services de la police et les lois des états pour vivre en harmonie au moyen d’équilibres auto institués comme tous ceux qui assurent la survie des organismes vivants.

    Sur les bords de ces lacs éloignés, les terrains, appartenant au gouvernement du Québec sont offerts en location selon certaines règles. En principe chaque citoyen québécois a le même droit que tous les autres d’en devenir locataire. Pour éviter toute discrimination, il faudrait tirer au sort les nouveaux terrains, parmi les huit millions d’habitants, ou faire une publicité extrêmement coûteuse dans tous les médias. En pratique, c’était ainsi à l’époque dont je me souviens, les baux étaient offerts au premier arrivant, tel jour, dans le village le plus près de la concession. On devine la suite. L’habitant du village en question jouissait d’une discrimination positive.

    Et pourquoi pas? Ce citoyen n’a pas accès aux spectacles subventionnés des grandes villes. Voici un autre équilibre entre des usages différents.

    Même si la règle de droit y est omniprésente, nos sociétés font encore une large place à ces équilibres. C’est pourquoi le travail au noir est toléré même à grande échelle. Le noir de la société c’est son inconscient et il n’est pas aussi noir qu’on le dit.

    L’exclusion conviviale

    Nul s’il n’est hypocrite ne saurait s’estimer pur de tout préjugé et de toute discrimination. Quand les membres d’une caste, sociale ou ethnique, veulent rester entre eux dans leur sanctuaire qui peut les empêcher de pratiquer la discrimination ?

    Si vous aviez un grand terrain à lotir, offririez-vous chaque parcelle à tout le monde indifféremment. Si votre enfant a besoin d’un coup de pouce pour obtenir un emploi ou être admis en faculté, allez-vous vous interdire d’intervenir en sa faveur. Allez-vous pratiquer l’entraide avec la même générosité dans votre paroisse que dans celle du village voisin? Si vous êtes pêcheur, cueilleur ou chasseur allez-vous révéler vos endroits préférés à la ronde?

    Les mots d’esprit sont souvent méchants. Talleyrand, qui boitait, venait de tomber en disgrâce, une grande dame, qui était borgne, en le croisant lui dit sur un ton fielleux : Comment vous portez-vous ? Réponse de Talleyrand: « Comme vous voyez madame ». Est-ce là un jugement discriminatoire à l’endroit d’une femme handicapée? Les plaisanteries sur les newfies et les belges sont les mots d’esprit des peuples. À ce jeu, à long terme, personne n’est épargné. 

    Les histoires de newfies semblent avoir perdu la cote au Québec, comme les histoires belges en France. Plusieurs s’en réjouiront, mais par quoi les remplacera-t-on ? Rivarol, un homme du midi se moquait des Européens du Nord : « ces gens que le soleil regarde de travers », lesquels répliquaient en se moquant de l’incurie des méridionaux et en les regardant du haut de leur richesse, richesse qu’ils s’empressent d’étaler quand ils deviennent propriétaires de résidences secondaires dans le Sud, ce qui leur attire une pluie de quolibets. Pour bien des méridionaux, encore aujourd’hui, la civilisation s’arrête à Valence. Une amie d’Avignon, particulièrement fière d’appartenir au Midi, sentant que je pourrais lui reprocher d’être chauvine, m’a dit un jour: « Est-ce notre faute si nous sommes nés sous le plus beau soleil du monde? » Je vous envie madame, mais je préfère mes vallons verts, à vos garrigues brûlées. Avez-vous déjà rencontré un jardinier qui préfère les tomates du potager voisin aux siennes?

    Dans les sociétés traditionnelles, en l’absence de lois et de policiers, on avait souvent recours à des châtiments symboliques prenant l’allure de fêtes, les charivaris par exemple.

    Les humains, peuples et individus, ont un besoin impérieux d’exercer la faculté qui les distingue des autres vivants : le jugement conscient de lui-même. C’est par cet exercice que les langues se développent, que les goûts et les manières se raffinent, au risque de causer des blessures d’amour propre au passage. Ainsi va la vie et la règle sociale qu’elle suscite, laquelle tolère bien des impuretés et des grossièretés. Cette règle sociale, il faut certes la tempérer par la règle de droit et la règle morale mais en se souvenant qu’en «la broyant sous les meules de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l'état d'atomes interchangeables et anonymes. »



    [1] Edmund Burke, Réflexion sur la révolution de la France, livres Google, format PDF, p 178.

    [2] Didier Éribon, De près et de loin, Claude Lévi-Strauss, Éditions Odile Jacob, Paris, 1988

    [3] http://www.revueargument.ca/article/1969-12-31/280-pourquoi-et-comment-la-philosophie-disparaitra.html

    [4] Alain Troyas et Valéry Arraud, Du narcissisme de l’art contemporain Éditions L’Échappée, Paris 2017, p.11

     

    Date de création : 2017-04-19 | Date de modification : 2017-04-26
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    L'auteur

    Jacques Dufresne

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